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15/02/2013

La citation du jour

Calliste II 

citation; livres

Voulez-vous apprendre la vérité? Prenez modèle sur le joueur de cithare. Il incline légèrement la tête de côté, prête l'oreille au chant tandis que sa main manie l'archet et que les cordes se répondent harmonieusement. La cithare émet sa musique et le cithariste est transporté par la suavité de la mélodie.

Petite philocalie de la prière du coeur, traduite et présentée par Jean  Gouillard (coll. Livre de vie/Seuil, 1968)

image: Abbaye de Cluny (www.narthex.fr)

Morceaux choisis - Carlos Liscano

Carlos Liscano 

littérature; récit; morceaux choisis; livres

Un jour on fait une fête. On annonce à l'un de nos camarades de cellule que sa femme, détenue ailleurs, vient de mettre au monde une petite fille. La mère et l'enfant se portent bien. Les yeux du père se remplissent de larmes. Nous le serrons sur notre coeur, nous chantons en son honneur, nous plaisantons.

Alors le père, plein de décision, fait quelque chose que personne ne peut croire. Il trouve une aiguille et du fil, ôte sa chemise et commence à la couper en morceaux. Puis il prend un marqueur. Il est merveilleusement adroit de ses mains. En une demi-heure il a fabriqué une poupée, à grands yeux, longs cils, lèvres rouges. C'est son cadeau pour la petite qui vient de naître. La poupée a l'air belle. C'est la première fois, et jusqu'ici la seule, que je vois naître une poupée. Une poupée unique, née des mains d'un homme, parmi des hommes.

Carlos Liscano, Le fourgon des fous (coll. 10-18/UGE, 2008

traduit du sud-américain par Jean-Marie Saint-Lu

14/02/2013

Zoyâ Pirzâd

9782843043918.gifZoyâ Pirzâd, Comme tous les après-midi (Zulma, 2007)

Retenez le nom de cette jeune Iranienne : elle en vaut la peine ! Dans ce recueil de nouvelles traduites du persan, ses personnages observent la vie quotidienne avec beaucoup de poésie, de grâce et de douceur, particulièrement dans L’hiver, Le banc d’en face ou Une vie. Une fenêtre ouverte sur un univers étranger et familier à la fois, qui ne manque pas de séduction.

Egalement disponible en coll. Livre de poche (LGF,2009)

05:28 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | | |

10/02/2013

Anton Tchekhov

9782845451254.gifAnton Tchekhov, Des larmes invisibles au monde (Editions des Syrtes, 2006)

On l'a assez répété : Tchékhov est un grand réaliste. Même quand il cultive le rire, ses personnages, veules, irresponsables, banals, falots, ont une présence qui s'impose parce que l'auteur, par sa lucidité, nous fait accepter leur manque de lucidité, par sa compassion leur absence de courage, leurs apitoiements et leur vanité.

Courageuse décision de l’éditeur de publier les nouvelles inédites de cet incontournable classique qui distille sa mélancolie au fil des pages. Les textesL’ennui de la vieetLa rivièresurtout, sont des pages poignantes qui côtoient - dans un univers certes différent – le monde de Maupassant.

06:00 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; nouvelles; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

09/02/2013

Markus Zusak

9782266171045.gifMarkus Zusak: La voleuse de livres (Pocket Jeunesse, 2007)

 

 La Mort vous raconte une histoire : La deuxième guerre mondiale dans l’Allemagne nazie, au cœur de la famille Hubermann et de leur petite fille adoptive, Liesel, qui cherche à comprendre le monde qui l’entoure, apprend à lire pour conjurer le sort, et dont la Mort voudrait bien, mais sans parvenir à s’en emparer. Un récit bouleversant d’humanité pour adolescents et adultes qui célèbre l’amour de la lecture, de la solidarité entre les hommes, avec infiniment de poésie et d’originalité.

06:53 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

08/02/2013

Morceaux choisis - Rabindranath Tagore

Rabindranath Tagore

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N'as-tu pas entendu son pas silencieux? Il vient, vient, vient à jamais. A chaque moment, à chaque âge, à chaque jour, à chaque nuit, il vient, vient, vient à jamais. J'ai chanté plus d'un chant sur plus d'un monde, mais dont chaque note toujours proclamait: il vient, vient, vient à jamais. Dans les jours embaumés de l'avril ébloui, par le sentier de la forêt, il vient, vient, vient à jamais. Dans l'angoisse orageuse des nuits de juillet, sur le tonnant chariot des nuées, il vient, vient, vient à jamais. D'une peine à une autre peine, c'est son pas sur mon coeur qu'il oppresse; quand luit ma joie, c'est au toucher d'or de son pied.   

Rabindranath Tagore, L'offrande lyrique, dans: Daniel-Ange, Les feux du désert vol. 2 / Silences (Rémy Magermans, 1973)

image: michelpicard772.skyrock.com

07:48 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature; poésie; anthologie; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

04/02/2013

Milena Magnani

littérature: roman; livresMilena Magnani, Le cirque chaviré (Liana Levi, 2009)

 

Branko le hongrois débarque un jour avec son camion dans un camp tzigane où survivent des roms et migrants d’Europe Centrale, quelque part en Italie. Il n’y est pas le bienvenu. Cela pourrait être le début d’un roman de plus à ajouter sur la liste déjà longue consacrée aux exilés, aux mal aimés, aux déracinés. Pourtant, il n’en est rien, car au-delà de la détresse qui se mêle à la poésie, de la violence qui côtoie le burlesque, de la difficulté de vivre qui résiste à la pauvreté, Milena Magnani nous tend par l’intermédiaire de ce clown triste un miroir, celui de la mémoire, des intolérances, des rêves, des trahisons. Aux côtés de la petite Senija et d’Ibrahim – deux enfants à l’affût de l’histoire de Kék Circusz, le cirque du grand-père de Branko, réduit depuis la guerre à quelques boîtes dérisoires – vous serez envoûtés par l’humanité bouleversante qui se dégage de ce récit où l’espoir entretient des liens invisibles capables de modifier notre regard sur le monde. Une atmosphère qui n’est pas sans rappeler le film sublime d’Akira Kurosawa, Dodes’Kaden. Un voisinage culturel qui n’est vraiment pas usurpé !

07:56 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Littérature italienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature: roman; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

03/02/2013

Julio Cortazar

9782070291342.gifJulio Cortazar, Marelle (Coll. Imaginaire/Gallimard, 1979)

 

Marelle est une sorte de capitale, un de ces livres du XXe siècle auquel on retourne plus étonné encore que d'y être allé, comme à Venise. Ses personnages entre ciel et terre, exposés aux résonances des marées, ne labourent ni ne sèment ni ne vendangent : ils voyagent pour découvrir les extrémités du monde et ce monde étant notre vie c'est autour de nous qu'ils naviguent... (Florence Delay)


L’originalité de ce roman tient à sa construction littéraire. Il peut être lu de la première à la dernière page, ou alors selon un ordre suggéré par l’auteur à la page 7: Une spirale sans fin... Méditation sur le temps, la vie, l’amour et le Paris des années 50, ce roman hantera longtemps votre mémoire, de même que son personnage central, Sybille, sublime!

08:12 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

30/01/2013

Penelope Fitzgerald

littérature: roman; livresPenelope Fitzgerald, L'affaire Lolita (Quai Voltaire, 2005)

Décédée en 2000 à l’âge de 83 ans, Penelope Fitzgerald a écrit ce court roman dans les années 1950. Traduit pour la première fois en langue française, il nous raconte, dans un style british un peu désuet, les tribulations de cette veuve et la destinée de sa librairie dont l’affaire Lolita n’est qu’un prétexte aux règlements de compte dans un village britannique hostile à la modernité, aux individualismes et aux ruptures de ban. Le ton est léger, l’observation des mentalités fine, et l’humour montre parfois le bout de son nez ! L’histoire, en revanche, demeure un constat de société sévère et qui n’a sans doute pas changé aujourd’hui. Une découverte.

Egalement disponible en coll. Folio (Gallimard, 2008)

 

00:10 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature: roman; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

27/01/2013

Morceaux choisis - Adolfo Bioy Casares

Adolfo Bioy Casares

littérature; roman; morceaux choisis; livres

La rue était plongée dans le noir. Il fait plus sombre que tout à l'heure, se dit-il. Quelqu'un a dû s'amuser à casser les réverbères. Ou bien ils préparent une embuscade. Regardant avec méfiance les rangées d'arbres, il constata que derrière les premiers troncs il n'y avait personne de caché, mais à la hauteur du troisième la nuit devenait impénétrable. En avançant, il s'exposait à une agression qui, bien qu'il la guettât, serait soudaine. Il fut sur le point de revenir sur ses pas, mais un sentiment de tristesse lui en ôta le courage. Il se souvint de Nestor. Il eut des regrets: On vit sans faire attention, distraitement. S'il réagissait, s'il sortait de sa distraction, il penserait à Nestor, à la mort, à des personnes et à des choses disparues, à lui-même, à la vieillesse. Il se dit: Une grande tristesse vous libère

Indifférent à tout, il se mit à marcher au milieu de la rue, pour, de toute façon, n'être pas surpris. Il crut soudain apercevoir devant lui une vague forme, une masse plus foncée que l'obscurité de la nuit. Il se dit: Un tank. Non, plutôt un camion. Une lumière jaillit à deux pas de lui. Vidal ne détourna pas la tête, ne ferma pas les yeux; il garda le visage levé, impassible. Aveuglé par ce torrent de clarté, il éprouva une jubilation imprévue, , comme si l'éventualité d'une mort si lumineuse l'exaltait à l'égal d'une victoire. Il demeura ainsi quelques instants, concentré sur cette blancheur éblouissante, incapable d'une pensée ou d'un souvenir, immobile. Puis les phares reculèrent et leur faisceau éclaira, dans des plaques rondes, des troncs d'arbres et des façades de maisons. Il put voir que le camion s'éloignait, chargé de gens silencieux, massés contre les flancs rouges, décorés d'arabesques blanches. Il fit le point, non sans orgueil: Peut-être que si j'avais déguerpi comme un lapin, ils m'écrasaient. Peut-être ne s'attendaient-ils pas à ce que je leur tienne tête. 

L'air de la nuit et une certaine satisfaction intime le soulagèrent si bien qu'il n'avait plus mal à la tête. Il pensa aussitôt en termes militaires: L'ennemi repoussé, je reste maître du terrain. Un peu confus, il essaya de traduire les faits plus modestement: Je n'ai pas eu peur. Ils sont partis. Je suis seul. Bien qu'il rentrât maintenant se mettre à l'abri chez Nestor, il ne se montrerait plus désormais (vis-à-vis de personne ni même vis-à-vis de lui-même) pressé de chercher une protection. Comme s'il lui était venu le goût du courage, il avança dans la rue obscure, décidé à ne pas rentrer avant d'avoir marché trois cents mètres. Il se dit que cet exploit était un peu inutile, puisqu'il savait qu'en rentrant chez Nestor, il aurait le sentiment très net de se mettre à l'abri.  

Adolfo Bioy Casares, Journal de la guerre au cochon, dans: Romans (coll. Bouquins/Laffont, 2001)

traduit de l'argentin par Françoise-Marie Rosset 

Hector Bianciotti, La guerre au cochon / article (http://laquinzaine.wordpress.com/2010/11/14/adolfo-bioy-casares-la-guerre%C2%A0au%C2%A0cochon)