17.02.2012
La citation du jour

Nadia Tuéni
Tu as sali la mer par tendresse, Etranger, mais tu ne savais pas qu’elle est espace vide, qu’elle est tout ce qui reste du chemin nécessaire à la respiration des bibles, au pacte entre nous et nous, à la mort fertile et qui devient jardin de sommeil et d’eau pour délivrer les races, nécessaire au sens de chaque pierre dont je suis la neige royale, pour que la terre apprenne à vivre avec son double, ne plus connaître absence. Etranger, le sable est langage du monde, nos pieds ont déchiffré ce qui brûle ton soleil et t’empêche d’être libre comme enfant. Etranger, voilà pourquoi ce soir sous les murs derniers de l’Asie, j’offre mon corps mobile au rasoir de la vague.
Nadia Tuéni, Oeuvres poétiques complètes (Éditions Dar An-Nahar, 1986)
01:42 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans La citation du jour, Littérature francophone, Nadia Tuéni | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; poésie; livres |
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04.02.2012
La citation du jour
René Char

Il y a la beauté qui est la vérité réussie des choses, leur dimension harmonieuse, et le bonheur qui tombe comme la foudre d'un ciel qu'on croyait sans surprise, cerné de toutes parts par des étoiles, les mêmes qui troublent peut-être l'esprit de ceux qui habitent de l'autre côté de la nuit. Comment agir pour être heureux, toujours davantage, sans trébucher, sans vieillir et sans perdre courage? Sans courir trop vite devant son amour avec la crainte de ne plus l'apercevoir en se retournant? Nous abordons cette envie comme un mur de flammes mais sommes cendres avant de l'avoir franchi.
René Char, Trois coups sous les arbres - Claire (Bibliothèque de la Pléiade/Gallimard, 1983)
image: John William Waterhouse - http://spleen-et-ideal.over-blog.fr/article-19097088.html
04:37 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans La citation du jour, Littérature francophone, René Char | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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23.01.2012
La citation du jour

Colette
A l'écart des êtres qui, remplis à la hâte de moi, me laissent creuse, et la joie tirée, loin des pléthoriques, pires, de qui j'ai tôt fait de repousser l'indigeste apport, s'élargit une zone où je m'ébats avec mes pairs. J'en ai un peu plus que je n'espérais. Ils émergent de la plus funeste jeunesse, la deuxième. Ils perdent leur sérieux, et acquièrent une notion juste de ce qui est guérissable, à commencer par l'amour. Ils administrent ingénieusement, chaque jour, l'espace compris entre une aube et l'aube suivante, et sont aventureux en esprit. Ils aperçoivent, comme moi, ce qu'il y a de pernicieux dans le travail quotidien, et ils ne rient pas quand je leur cite la boutade d'un grand journaliste qui mourut jeune et sur sa tâche: L'homme n'est pas fait pour travailler et la preuve c'est que ça le fatigue. Pour tout dire, ils sont frivoles, comme furent cent héros. Ils sont laborieusement devenus frivoles. Et ils secrètent au jour le jour leur propre morale, ce qui me les rend plus intelligibles encore, et les colore diversement.
Colette, Le pur et l'impur (coll. Livre de poche/LGF, 2004)
06:23 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans La citation du jour, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature; essai; livres |
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14.01.2012
La scie rêveuse
Bloc-Notes, 14 janvier / Les Saules

La scie rêveuse va faire peau neuve: Désormais, outre les rubriques régulières que vous avez pu découvrir sur ce blog - La citation du jour, Le poème de la semaine, le Bloc-Notes, In Memoriam ou La musique sur FB - verront le jour dans un proche avenir, Au bar à Jules consacré aux humeurs du temps qui passe, Morceaux choisis qui présentera des extraits de livres - déjà actif sur Facebook depuis plusieurs mois - et La prière du coeur, une anthologie dévolue aux grandes figures de l'élévation spirituelle. Enfin, Musica présente s'efforcera de proposer - sans commentaire ainsi que La musique sur FB mais intégré dans les notes récentes au contraire de cette dernière - un florilège des interprètes du classique.
A ce jour, La citation du jour regroupe 75 évocations, Le poème de la semaine 116 titres, et La musique sur FB 300 extraits. La rubrique In memoriam - actuellement 8 chroniques - deviendra plus fréquente, alors que Les pièces de Shakespeare - 6 présentations - prendra un cours plus régulier.
En revanche, les nouveautés littéraires subiront peut-être une cure d'amaigrissement - ce qui n'est pas sûr! - car ma retraite professionnelle, fin février de cette année, modifiera sans doute sensiblement mon regard sur le livre, même si - cela est en revanche une certitude - la passion demeure, inchangée, fertile et légère...
J'appelais de mes voeux la parution du chef-d'oeuvre de l'écrivain véritable: un livre blanc, constitué de pages blanches, sans un seul mot. Au lecteur d'y lire ce qu'il voudrait, au gré de sa plus grande liberté. Driss Chraibi - Le monde à côté (coll. Folio/Gallimard, 2003)
photographie: Driss Chraïbi (maroculture.blog.ca)
00:36 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Au bar à Jules, Bloc-Notes, In memoriam, La citation du jour, La musique sur Facebook, La prière du coeur, Morceaux choisis, Musica présente, Musique classique, Quelques traces de craie dans le ciel - Anthologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité |
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12.01.2012
La citation du jour
Philippe Jaccottet

On ne peut pas porter sur ses épaules tout le fardeau de la douleur du monde. Suffit (?) qu'on n'aggrave pas celui des proches et en soulage une petite part quand cela se peut. Suffit (?) qu'on essaie au moins de porter seul le sien. Mais on peut, mais sûrement on doit porter le non-fardeau des moindres éclaircies encore aperçues, le contre-fardeau des lueurs pour les encore vivants.
Philippe Jaccottet, Trois proses (Revue Europe no 955-956, novembre-décembre 2008)
00:01 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans La citation du jour, Littérature francophone, Littérature suisse, Philippe Jaccottet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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02.01.2012
La citation du jour
Alexandre Vialatte
Les paroles s'envolent, les écrits restent. Où passent-ils? C'est le secret du mois de janvier... Dès le départ des hirondelles, tant de livres affluent de toutes parts chez les critiques, par le train, le bateau ou l'avion. Ils s'y constituent en piles simples, puis en piles doubles, ensuite en murs, ensuite en cubes, enfin en troncs de pyramides. Ils s'y chevauchent, s'y enjambent et s'y soudent. Souvent aussi, ils se détachent: un bruit mat réveille le critique, c'est le livre qui vient de tomber. Ces chutes finissent par combler les passages entre les cubes et les tours. Il faut déblayer à la pelle comme dans un village où la neige bouche les rues, creuser des tranchées pour le trafic. Le critique y circule, grippé, cherchant le talent comme une aiguille dans le foin, une tisane à la main, une bougie dans l'autre (ou alors une torche électrique), pour relever des titres au passage en se retenant d'éternuer. Ici, le futur Goncourt gémit sous une colonne de deux mêtres de haut; là, le futur Femina sort la tête d'un grand cube où il va périr emmuré: l'Interallié appelle du haut d'une pyramide; le Renaudot étouffe entre deux romans-fleuves; un coup de talon involontaire écrase un prochain lauréat. C'est affreux. Moins que l'éternuement. L'éternuement déclenche des avalanches. Tout ce qui était en haut tombe au sol... Il y aurait un remède, si le livre était plus lourd. On en ferait des colonnes plus stables, des pilastres plus pompéiens, des cathédrales plus byzantines. On en tirerait de petits cloîtres gothiques, propices à la méditation, où le critique se promènerait à l'aise, en rond, et soutenu par les Muses.
Alexandre Vialatte, Almanach des quatre saisons (Julliard, 1981)
image: http://www.canstockphoto.fr
07:52 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Alexandre Vialatte, La citation du jour, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : citations; livres |
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30.12.2011
La citation du jour
Jean-Michel Maulpoix

Deuil blanc de la neige. La terre est veuve du ciel. Voilà enfin visible cela que nous ne pouvons toucher des mains: ce froid entre nos paumes; de l'espace et du temps tombé. Mourir délivre sa peau blanche et sous nos yeux se fait douceur; mourir à ce moment pour l'âme comme pour l'oeil n'est plus idée de pourriture mais une farine légère, ou la poudre de sucre d'une enfance retrouvée, un linge où s'endormir, une rêverie de fourrure et de traîneaux, plus rien de sombre ni de menaçant: la disparition très douce des débris, des brisures et des voix.
Jean-Michel Maulpoix, Pas sur la neige (Mercure de France, 2004)
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24.12.2011
La citation du jour
Thérèse de Jésus (Thérèse d'Avila)

Vous aurez appris, comment la soie vient d'une semence qui ressemble à de petits grains de poivre. Pour moi je n'ai jamais vu cette semence, mais j'ai entendu parler de ce que je vous raconte, et si ce que je vous dis n'est pas exact, je n'en suis pas responsable. Or, dès que les mûriers commencent à se couvrir de feuilles, cette semence se met, elle aussi à prendre vie sous l'action de la chaleur; et tant que l'aliment qui doit la soutenir n'est pas prêt, elle demeure comme morte. C'est donc avec des feuilles de mûrier que se nourrissent les vers qui viennent de cette semence. A peine ont-ils grandi, qu'on place devant eux de petites branches, où avec leurs petites bouches ils filent la soie qu'ils tirent d'eux-mêmes; ils font ainsi de petites coques très étroites, où ils se renferment. C'est là que ces vers qui sont grands et difformes trouvent la fin de leur vie; puis de cette coque elle-même sort un papillon blanc très gracieux. (...) Les ailes lui ont poussé; comment se contenterait-il de marcher à pas lents lorsqu'il peut voler?
Sainte Thérèse de Jésus, Le château de l'âme - Oeuvres complètes (Seuil, 1949)
image: Chiesa di Santa Maria dei Carmini, Venise
00:01 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans La citation du jour, Le monde comme il va | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : citations; livres |
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11.12.2011
La citation du jour
Virgile

Je sais une terre qui exhale une vapeur ténue et une flottante buée, qui boit l'humidité, la transpire à son gré, qui se revêt toujours de son vert gazon naturel, et qui n'attaque pas les outils de la rouille due au sel. C'est là qu'un mariage unira dans l'abondance la vigne aux ormes, là que les oliviers feront pleuvoir l'olive. Le maître de cette terre éprouvera qu'elle est propre aux troupeaux et docile au soc aigu. Telle est celle qui laboure la riche Capoue, et la contrée qui est sous le joug du Vésuve, et celle qu'arrose le Clain si funeste à Accera la déserte.
Virgile, Géorgiques (coll. Poésie/Gallimard, 1983)
image: Auguste Préault - Virgile (Musée d'Orsay, 1853)
10:22 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans La citation du jour, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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04.12.2011
La citation du jour
Alexandre Vialatte

On croit au Père Noël, pas à dix Père Noël, pas à cinquante, pas à un syndicat. On a tort de commercialiser; le commerce tue la foi et la poule aux oeufs d'or. Le Noël, la fête des mamans, le jour des pères, entre une journée de détergent et une journée de rasoir à lame bleue. On ne sait plus ce qu'ont été les choses. Elles ne sont plus. La Noël se vend deux mois d'avance. Il faut relire Pourrat pour la retrouver. On ne sait plus ce que purent être une pomme, une rose, une bague, voire un âne, un pâté. C'étaient des trésors spirituels. Ils brillent dans l'ombre du vieux temps, désirs du coeur, désirs de l'âme, hautes récompenses de longues vertus, plaisirs profonds et presque abstraits. On ne sait plus ce que furent la polaire, les Trois Rois, l'étoile du Bouvier. Ni cette tranquillité de la neige de minuit, qui fut une sérénité de l'âme. Ni cette grande nuit d'astres et d'anges qui prit une odeur de jardin quand passa l'étoile du berger. Nous avions tous au fond du coeur je ne sais quel arbre de Noël que les marchands ont mis en vente. Tant pis pour lui, tant pis pour nous, tant pis pour eux. Tout ne se reboise pas.
Alexandre Vialatte, Vialatte à La Montagne (Julliard, 2011)
00:08 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Alexandre Vialatte, La citation du jour, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : citations; livres |
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