21.05.2012
Luigi Carletti
Bloc-Notes, 21 mai / Les Saules

Plantons le décor. Nous sommes à Rome, de nos jours, dans un ensemble résidentiel dont les différentes habitations, convergent vers une piscine commune. Son nom: la Villa Magnolia. Paisible, avec ses chênes verts, péchers, cèdres, oliviers, cyprès et magnolias, une fois franchi le grand portail de fer forgé. Les gens qu'on y côtoie sont de ceux que l'on s'attend à trouver en pareil endroit: Lele et Lorena Mortella, de prospères commerçants; Nino Laporta, un avocat; Flaminia Devoto, une blonde presque rousse, grande et mince, avec des yeux qu'on dirait des feux de signalisation; enfin Rosario Sangiusti, le maître nageur, un incorrigible bavard.
Mais l'homme qui nous intéresse - le narrateur - se nomme Filippo, fils du défunt général Evandro Ermini. Une famille respectable et sans histoires qui, pourtant, a vécu deux drames. Le premier: le suicide de la mère de Filippo. Le second: l'accident dont, à bord d'une moto, il fut lui-même victime dans sa jeunesse - un chauffard ayant pris la fuite - le laissant invalide, pour toujours. Auprès de lui, veille Isidro, l'Indispensable, un péruvien secret et dévoué à sa famille dont le pendentif, un oeil-de-tigre, inspire paix et prospérité.
Et voici que surgit dans cette communauté un nouveau personnage, Rodolfo Raschiani, un architecte dit-on: grand, presque chauve, l'allure d'un homme déterminé. Puis deux voyous agressant la belle Flaminia, éconduits par Rodolfo, qu'on retrouve un peu plus tard carbonisés dans leur voiture. Filippo est intrigué par ce séducteur, fascinant et raffiné dont le signe caractéristique peut se résumer à un dos ravagé par trois scarifications entre les omoplates et dont chaque entaille mesure au moins vingt centimètres. Inconnu de la planète Internet, qui est-il donc, cet homme si vite devenu indispensable à tous? Un exécuteur des basses oeuvres, un homme de la Mafia, un soldat de l'ombre?
Il semble tout connaître de la Villa Magnolia, de ses résidents et surtout de Filippo avec lequel il veut entretenir une relation privilégiée. Sincère ou manipulateur? Avec cette amitié naissante - bien qu'obscure - Filippo voit ressurgir les fantômes de son passé: Christina, la petite amie de sa jeunesse - avant l'accident - qui embaumait la ferveur et l'inconscience, aujourd'hui fiancée à l'ingénieur Raniero Genovese; Alessia, la belle de Lombardie et ancienne camarade d'études, qui s'invite dans sa vie, avec une boîte de chocolats et une bouteille de champagne.
Mais surtout, à propos du drame qui a cloué le destin de Filippo, Rodolfo sait... Dès lors tout bascule dans ce décor qui rappelle le film d'Alfred Hitchcock, Fenêtre sur cour, mais avec des protagonistes plus complexes dont les frontières entre le bien et le mal sont trompeuses au fil d'une histoire captivante comme une partie d'échecs où chaque personnage tient sa place, réservant son lot de surprises ou de révélations, jusqu'à la dernière ligne, avec ces mots, Levàntate hermano, dont le sens n'échappe qu'à ceux - paresseux - qui ont sauté directement à la conclusion du livre!
Peut-on considérer comme un ami celui qui fouille dans votre passé et vous met à nu? Un type qui se démène pour vous sauver la peau, et qui la sauve pour de bon? Parce que vous lui êtes utile? Un homme qui vous insulte parce que votre horizon est bouché? Parce que vous fuyez le passé et craignez l'avenir?
Mais il arrive que les dieux fassent preuve de clémence, à moins que l'oeil-de-tigre n'inverse, mystérieusement, le cours un peu trop prévisible du destin...
Luigi Carletti est journaliste et travaille dans de nombreux quotidiens du groupe L'Espresso. Il est l'auteur de cinq romans, dont Prison avec piscine est le premier traduit en France.
Luigi Carletti, Prison avec piscine (Liana Levi, 2012)
site Internet de l'auteur - http://www.luigicarletti.com
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17.04.2012
Thomas Sanchez
Thomas Sanchez, King Bongo (Coll. Série Noire/Gallimard, 2005)
Cuba, 1957. L'île, tenue par les américains, exhibe scandaleusement ses hôtels de luxe et ses boîtes de nuit. La police politique traque la rébellion menée par Castro. Des bombes explosent. La fête est partout. Des gens disparaissent. N'importe qui peut être un autre et des mendiants dirigent la ville tandis que de faux puissants ne sont que des façades. Cuba reste un mystère. King Bongo, qui croyait tout connaître de son île, la redécouvre brutalement. Sa soeur aussi noire de peau qu'il est blanc, a disparu lors d'un attentat d'une violence rare. Tout le monde la cherche. Personne ne semble avoir la moindre idée et cela sent le vaudou. Elle qui dansait à rendre fous les hommes s'est évanouie dans les odeurs de poudre et les tables brisées. King Bongo le sait, elle est tout près de lui. Il a grandi avec elle. Elle est sa soeur. Il ne la lâchera pas...
On se croirait dans une fête qui n’en finit pas, avec ses casinos, ses danseuses – dont la Panthère , qui joue un rôle clé dans l’histoire – et ses voitures de luxe. Mais aussi avec ses complots politiques, ses relents de corruption et ses bains de sang… Une atmosphère troublante, servie par une intrigue envoûtante à souhait !
Disponible également en coll. Folio Policier (Gallimard, 2007)
Par l'auteur deLe jour des abeilles(coll. Folio/Gallimard, 2002), son chef d'oeuvre.
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09.04.2012
Giuseppe Genna
Bloc-Notes, 9 avril / Les Saules

Certains livres sont à prendre ou à laisser, tant ils véhiculent des images extrêmes, destabilisantes, une thématique dont on ne sait que penser jusqu'à la fin dernière qui n'en est pas tout à fait une. Tel est le cas de L'année-lumière de Giuseppe Genna, faux roman policier, fiction documentaire, oeuvre onirique préfigurant les temps futurs, faux roman philosophique aux multiples clefs ouvrant les portes sur le mensonge des siècles? A chacun de choisir l'étiquette qui convient, même si, en définitive, ce bouquin inclassable est peut-être tout cela à la fois. Car il faut le suivre, Giuseppe Genna, et l'histoire qu'il nous raconte n'est pas évidente. Alors, commençons par le début, l'intrigue.
L'histoire démarre avec un personnage redoutable, Mentor. On pourrait dire qu'il est dépourvu d'imagination, de créativé, de désir et pourtant, il est aussi redoutable qu'un cobra. Dirigeant influent dans une multinationale des télécommunications - la Komtel - il est malin, pratique un humour dévastateur, ancré dans une réalité où seuls les colossaux bénéfices de l'entreprise lui tiennent lieu de croyance. C'est son jeu d'échecs à lui, sa raison d'être, son emblème de trahison permanente. Bref, rien de shakespearien chez lui. Amoureux de sa femme Maura - une quadragénaire peu préparée aux renversements du destin - il éprouve un certain soir, en face d'elle, le choc de sa vie: Elle est étendue, inerte, elle semble de cire. Une dépouille disposée pour la veillée. Il la secoue, ça ne sert à rien. Il hurle. Puis sent qu'elle est chaude, pas froide. Elle est dans le coma. Que lui est-il donc arrivé?
Mais d'autres soucis rongent Mentor: Nelson Kinnock tout d'abord, administrateur délégué de la Komtel anglaise, qui rêve de mettre fin au trafic d'influences de Mentor et du Prophète, son alter ego de la branche italienne; l'Affairiste ensuite, venu d'Afrique du Sud, afin de provoquer la chute de Mentor et qui en Maura reconnaît les traits de sa propre épouse Antonya, emportée par un cancer, ce qui va compliquer sa mission.
Le dénominateur commun de toutes les secousses sismiques de cet étrange roman est, en point de mire, le pouvoir dont les tentacules gagnent l'économie, la religion, la politique et s'insinue jusque dans les plus fragiles ou les plus basses oeuvres tel un virus mortel. Tout le monde cache des secrets. Les secrets sont la première marchandise, le premier objet d'échange. C'est l'argent à l'état réel. C'est le moteur du scandale. Le moteur de la tragédie. La tragédie, c'est le scandale qui explose.
Davantage qu'un récit de plus sur les coulisses de la finance, L'année-lumière ouvre à cette parodie du réel qui, à grand renfort d'images, de campagnes marketing et de slogans publicitaires, impose les contours d'une humanité vitrifiée, futuriste, dont l'âme rigidifiée n'est pas sans rapport avec la mer blanche d'Arkhangeslk que Mentor explore à la fin de ce livre: Le pôle magnétique est là, non loin, l'axe de rotation de la planète fore la croûte de glace éternelle. Qui est en train de fondre dans une progression incessante. La précession advient ici, secrète, dans les nuits boréales. Le soleil est toujours bas, ne fait pas fondre les glaces. Chaque rayon de soleil qui arrive ici est une chaîne de lumière froide, condensée dans l'air raréfié.
D'une construction très originale - parfois un peu déroutante - L'année-lumière est servi par une langue acide et explosive et des images fortes, au service d'un autre chapitre à ce meilleur des mondes possibles, alternant avec des moments de pure poésie dans la dernière partie du roman où émerge même - au-delà de la fin, Giuseppe Genna dixit - le Cardinal qui à l'issue du Conclave, apparaît sous les traits de Benoît XVI: Il est seul et ouvre son manteau, et sous son manteau il n'y a pas de corps, et on voit l'univers et toutes les étoiles.
Un monde d'enfer ou de grâce? A travers l'histoire de Maura échappant à ces foyers de mythologie contemporaine - le mensonge érigé en dogme de survie - Giuseppe Genna laisse au lecteur le dernier mot. Et il ne saurait être ni noir, ni blanc...
Giuseppe Genna, né à Milan en 1969, a déjà publié en langue française Sous un soleil de plomb en 2004 et La peau du dragon en 2006, tous deux parus aux éditions Grasset.
Giuseppe Genna, L'année-lumière (Métailié, 2012)
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25.03.2012
Donna Leon
Bloc-Notes, 25 mars / Les Saules

Comme souvent dans les enquêtes de Brunetti, l'histoire démarre sur un rythme lent, celui du quotidien qui s'égrène de manière apparemment anodine, au fil d'une soirée chez les Falier, parents influents de son épouse Paola. Il y fait la connaissance de Franca Marinello, une femme bizarre au sourire défiguré et aux expressions indéchiffrables. Fascinante et cultivée - elle l'entretient des Géorgiques de Virgile et de Cicéron - elle est aussi l'épouse de Maurizio Cataldo, avec lequel le comte Orazio Falier hésite à s'associer. Tout naturellement, ce dernier demande à Guido de se renseigner discrètement sur ce personnage. Un travail routinier, sauf que Franca confie du bout des lèvres à notre commissaire quelques frayeurs liées aux affaires de son époux, et que dans la même semaine un transporteur routier est retrouvé assassiné.
Un lien existe-t-il entre les deux enquêtes? Vengeances, règlements de comptes, Mafia? La signorina Elettra et le sergent Vianello jouent à nouveau un rôle important dans cet épisode, mais en habile scénariste, Donna Leon y introduit de nouveaux protagonistes tels le major Guarino et Claudia Griffoni qui assiste Brunetti dans cette aventure. Enfin, Donatella Falier, par ses confidences, donne un éclairage particulier à cette plongée dans le monde de l'argent sale, du trafic des déchets et de la criminalité, suggérant à son beau-fils de ne pas se laisser égarer par les évidences... Et le sourire figé de Franca Marinello, quel secret y est donc enfoui? Vous le saurez dans les dernières pages de ce roman au dénouement tout à fait innatendu qui colle à une réalité évoquée par ailleurs dans le dernier document de Roberto Saviano, Le combat continue - Résister à la mafia et à la corruption et laisse apparaître ces dossiers d'affaires classées dont à aucun moment on ne viendrait à souhaiter la réouverture. Et pourtant, ils recèlent dans leurs pages la clef qui donne tout son sens au titre étrange de ce livre: La femme au masque de chair...
Une réussite et un bien sympathique divertissement pour tous les amoureux de Venise!
Donna Leon, La femme au masque de chair (Calmann-Lévy, 2012)
Roberto Saviano, Le combat continue - Résister à la mafia et à la corruption (Laffont, 2012)
image: Les enquêtes de Brunetti - série TV, avec Uwe Kockisch (Guido Brunetti) et Julia Jäger (Paola Brunetti)
20:27 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature italienne, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; policier; livres |
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09.03.2012
Benjamin Black
Benjamin Black, Les disparus de Dublin (coll. 10/18, 2011)
Voici un roman policier vraiment sensationnel, écrit par un certain Benjamin Black, pseudonyme de John Banville, auteur de La mer chez Robert Laffont. Comme dans une certaine tradition britannique, l'intrigue sert à révéler une réalité sociale. Ici, un trafic d'orphelins, orchestré par qui? Je n'en dirai rien, ce serait vraiment dommage! Sachez toutefois que l'Eglise catholique y joue un rôle plutôt inquiétant et que le personnage de Quirke, médecin légiste, veuf, secrètement amoureux de sa belle-soeur depuis toujours, porté sur la bouteille et nouveau venu sur la scène du crime - en traduction française - est particulièrement réussi, attachant, humain, autant qu'un certain Thomas Lynley créé par Elizabeth George, ce qui ne constitue pas le plus banal des compliments. Un style éblouissant, des caractères originaux, des liens familiaux complexes, une histoire qui, de Dublin à Boston, ne fléchit à aucun moment, voilà qui suffit à notre bonheur...
17:43 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; policier; livres |
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05.03.2012
Lawrence Block
Lawrence Block, L'amour du métier (coll. Points/Seuil, 2001)
Keller nous revient après une longue absence. Qui donc s'en plaindrait? Tueur à gages, il aime le travail bien fait, cherchant avant toute chose que son client soit satisfait. Avec minutie, il scrute les lieux favorisant le passage à l'acte, rencontre - incognito - ses victimes afin de savoir à qui il apportera une forme de délivrance... Car il est attendu, quelque part au bout d'un irréparable délit. Tôt ou tard, on reconnaît en lui le messager des mauvaises nouvelles, ce qui ne manque pas d'attrister Keller qui, la plupart du temps, éprouve une empathie certaine pour sa cible du jour. Alors, il explique à la manière d'un confesseur, qu'il pourrait épargner ses victimes, mais que cela entraînerait un tas de complications pour tout le monde, l'envoi d'un autre tueur et l'angoisse de leur arrêt de mort qui s'éterniserait... Or il veut leur apporter la paix, définitivement! Pourtant, avec l'âge, Keller sent monter en lui la lassitude. L'amour passerait-il par là? L'heure de la retraite et de la reconversion auraient-elles sonné? Un roman policier - vous l'aurez compris - à l'humour noir qui déclenche des fous rires, et quelques frayeurs aussi... Très original!
06:37 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; policier; livres |
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01.03.2012
Andrea Camilleri 1b
Bloc-Notes, 1er mars / Les Saules
Voici donc un extrait de l'épisode Le champ du potier, d'après Andrea Camilleri, réalisé par la RAI avec Luca Zingaretti.
Andrea Camilleri, Le champ du potier (Fleuve Noir, 2012)
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Andrea Camilleri 1a
Bloc-Notes, 1er mars / Les Saules

Salvo Montalbano est de retour, en pleine forme, malgré un commissariat à l'ambiance plutôt tendue, avec un Mimi Augello méconnaissable, irascible, amer: allez savoir pourquoi... Pour corser le tout, sur la terre d'une carrière non loin de Vigàta, un corps est retrouvé dans un sac, en trente morceaux. Mais voilà que le sac disparaît, puis réapparaît. Qu'est-ce que cela signifie?
Même si, à chacune de ses rencontres avec la sulfureuse Dolorès - la veuve du mort - notre sympathique commissaire se croit assis sur une chaudière susceptible de mettre à mal son approche rationnelle de l'enquête, il ne cédera pas au chant des sirènes... Une fois n'est pas coutume! Il se désintéresse pourtant de cette affaire - en apparence - qu'il confie officiellement à Mimi Augello, déléguant ses recherches à Fazio, tout à fait dérouté par l'attitude froide ou indifférente de Montalbano: un jeu auquel il doit se prêter sans comprendre ce qui lui arrive.
Dans ce nouvel épisode - et c'est rare - notre ami Salvo, avec l'aide de sa séduisante amie Ingrid, tire les ficelles depuis le début de l'histoire. A la fin de cette partie d'échecs à la sicilienne, il règlera en un seul coup les deux mystères qui le hantent, que ses souvenirs de catéchisme vont éclairer: le mort découvert sur la terre argileuse, et l'inexplicable attitude de son précieux collaborateur, Mimi. Tout cela, avec une générosité de coeur invisible à ses proches. De plus, dans cette enquête, l'humour n'est jamais tout à fait absent, avec le concours de l'inénarrable Catarella. Autre réussite, tous les personnages récurrents de la série des Montalbano y jouent un rôle important, et comme ils sont terriblement attachants, pourquoi bouder notre plaisir?
Une dernière remarque: si vous maîtrisez la langue italienne et le dialecte sicilien, ne manquez pas de vous procurer la collection DVD des aventures de Montalbano, réalisées pour la RAI, dont 22 épisodes sont disponibles. Fidèles aux romans de Andrea Camilleri, ils ont été partiellement diffusés sur les chaînes TV françaises. Luca Zingaretti est très convaincant dans le rôle de Montalbano, de même que Cesare Bocci dans celui de Mimì Augello, Peppino Mazzotta dans le rôle de Fazio, sans oublier Angelo Russo qui interprète le rôle de Catarella. Isabell Sollman, enfin, est une Ingrid pleine de charme. Seule réserve: Katharina Böhm, pas vraiment crédible en Livia, la fiancée éternelle de Salvo...
En annexe, vous pouvez visionner un extrait de cet épisode, Le champ du potier, déjà diffusé à la télévision italienne!
Andrea Camilleri, Le champ du potier (Fleuve Noir, 2012)
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25.02.2012
Alexandra Marinina
Alexandra Marinina, La septième victime (Seuil, 2011)
présenté par Anne-Claude Thorin - Payot Libraire, Nyon
Anastasia Karmenskaïa, officier de la police de Moscou, est invitée à une émission télévisée en direct sur Les femmes aux métiers extraordinaires. Il faut dire qu'en Russie elles sont en tout et pour tout trois officiers dans la brigade criminelle. Nastia convainc son amie Tatiana, juge d'instruction et auteur de romans policiers populaires, de la suivre dans l'aventure. A quelques minutes de la fin de l'émission, juste derrière un spectateur occupé à poser une question à Nastia, surgit une pancarte: Puisque tu es si intelligente, devine où tu vas rencontrer la mort...
Pour la première fois, Anastasia Kamenskaïa, la super enquêtrice moscovite, tremble et lutte contre un ennemi brillant, glacial et déterminé. Ce polar angoissant nous entraîne dans l’univers des arts, des intellectuels et de la désillusion post-communiste. Excellent!
également disponible en format de poche (coll. Points/Seuil, 2012)
07:20 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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14.02.2012
Aline Kiner
Aline Kiner, Le jeu du pendu (coll. Piccolo/Liana Levi, 2012)
Paru en 2011, Le jeu du pendu est - dans le domaine du roman policier - l'un des meilleurs titres francophones de ces dernières années! L'auteur nous embarque en Lorraine où, un certain 24 décembre 1944, le petit village de Varange est le théâtre d'une pendaison au cimetière, celle de Johann Ziegler au vieux chêne du lieu. Un écriteau est posé, visible de tous, au pied de l'arbre. On peut y lire en grandes lettres: La corde pour les collabos... Soixante ans plus tard, une jeune fille, Nathalie, est retrouvée ligotée, avec une corde nouée autour du corps - comme la statue du Dieu piteux au cimetière - et étouffée sauvagement dans la boue d'une ancienne mine de la région.
Solidement documenté - les archives consultées, mais aussi les témoignages des habitants de cette région de la Moselle - Le jeu du pendu nous restitue, à travers des personnages complexes et attachants ces heures douloureuses de l'après-guerre où l'atmosphère était pire que pendant l'Occupation. Les familles qui rentraient d'exil retrouvaient leurs maisons sans dessus dessous, les jardins dévastés, les meubles volés par les voisins. On se traitait de collabos. Tant de haine...
Mais la Lorraine, c'est aussi le souvenir de la fermeture des mines de fer qui réveillent bien des blessures, exposées avec une rare sensibilité: Adolescente, Sarah avait souvent insisté pour que son père l'emmène au fond. Elle voulait voir, disait-elle. Seulement voir, une fois, où il travaillait. Il aurait pu. Certains le faisaient. Mais il n'avait pas voulu. La nuit presque totale, le vacarme des engins, le froid pénétrant, l'humidité. La poussière, ocre, du minerai qui leur collait à la peau et leur valait ce nom de gueules jaunes. Ce n'était pas un monde pour les enfants.L'odeur de la boue... Quand on était imprégné de cette odeur, jamais on ne s'en débarrassait. Elle ressortait, en même temps qu'une trace jaunâtre, sur le col des chemises blanches qu'on portait en été. Fille de mineur, Aline Kiner - originaire de cette région - sait de quoi elle parle et apporte de précieuses explications dans sa postface pour les lecteurs qui ont passé à côté de cette page d'histoire de France.
L'intrigue policière qui repose sur les épaules des deux enquêteurs, Simon Dreemer - muté du service des SRPJ de Metz - et Jeanne Modover - qui renoue avec le pays de son enfance - ne laisse aucun répit et débouche, comme dans tout bon roman policier, sur un dénouement tout à fait inattendu. Un vrai plaisir le lecture où la recherche du meurtrier se mêle à une peinture sociale de la Lorraine, particulièrement convaincante.
Si vous ne l'avez déjà fait, découvrez vite Aline Kiner: vous ne le regretterez pas une seconde...
image: Aline Kiner (http://www.lyceesaintvincent.fr)
06:13 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature francophone, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; policier; livres |
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29.01.2012
Santo Piazzese
Santo Piazzese, Le souffle de l'avalanche, Seuil, 2005)
Troisième opus de cet auteur sicilien – dont les deux premiers sont malheureusement indisponibles – Le souffle de l’avalanche nous fait pénétrer au cœur de l’âme sicilienne, inquiétante et fantastique, avec le meurtre de la Zisa que le commissaire Spotorno s'efforce d'élucider. Par un pouvoir des mots et des situations convaincantes, nous nous laissons envoûter par les rues de Palerme où une Dame Blanche, très pâle, apparaît et disparaît au gré des événements qui conduisent au cimetière des Rotoli. Un roman policier ? L'un des meilleurs crûs italiens, à considérer davantage comme un roman à la Simenon, séduisant par son atmosphère et ses personnages complexes dont émerge peu à peu le véritable héros de ce livre, la Sicile, dans le sang et les larmes.
00:02 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature italienne, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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19.01.2012
Donna Leon
Donna Leon, La petite fille de ses rêves (coll. Points/Seuil, 2012)
Donna Leon nous partage pour la dix-septième fois une enquête policière de Guido Brunetti, amorcée sous de bien mauvais auspices. Alors qu'il vient d'enterrer sa mère, Antonin Scallon, un de ses anciens camarades d'école devenu prêtre et dont il goûtait somme toute peu la compagnie, sollicite son aide à propos d'un religieux, Leonardo Mutti, présumé charlatan, qui, jouant sur la corde sensible des adeptes de sa secte, semble les inciter à léguer leurs biens pour de nobles causes... ou la sienne? Mais, tandis que Brunetti s'interroge sur ces deux hommes d'église dont les motivations éveillent en lui une méfiance instinctive, un événement tragique vient occuper la devant de la scène: une jeune fille - douze ans à peine, probablement gitane - est repêchée dans le canal, apparemment tombée d'un toit. Accident, fuite ou meurtre? Dissimulées sur sa personne, le légiste découvre une alliance et une montre en or...
Contrairement à d'autres épisodes, plusieurs personnages secondaires contribuent à cerner les eaux troubles de la vie vénitienne, dont le fidèle sergent Vianello, la signorina Elettra - secrétaire du vice-questeur Patta - et la comtesse Nadia Falier, belle-mère de Brunetti. Abordant les sujets délicats de la politique, du clergé, de l'immigration, chacun à sa manière un peu philosophe et désabusé, contribuera à pousser Brunetti, subtil et ébranlé par ce que son regard discerne avec amertume, dans la bonne direction... Une des enquêtes les plus fines et sombres de Donna Leon, dont pourtant je serais heureux de savoir ce que vous pensez de son dénouement...
07:14 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature italienne, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; policier; livres |
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29.12.2011
Brian Freeman
Brian Freeman, Jamais je ne reviendrai (Presses de la Cité, 2007)
Rachel a dix-sept ans et la beauté du diable. Aussi sa disparition suscite-t-elle bien des questions à Duluth, petite ville paisible du Minnesota. Fugue ? Enlèvement ? Meurtre ? Tout est possible avec cette adolescente sulfureuse. Pour l'inspecteur Jonathan Stride, cette enquête a le goût amer du déjà-vu. Un an plus tôt, il n'a pas réussi à retrouver Kerry, une autre jeune fille disparue sans laisser de traces... Mais les deux affaires sont-elles liées ? Aidé par Maggie, femme flic au caractère bien trempé, Stride devra fouiller la vie tumultueuse de Rachel. Et ce qu'il découvrira fera voler en éclats toutes ses certitudes...
Le héros de ce roman, l’inspecteur Jonathan Stride, hanté par le souvenir de sa première épouse décédée d’un cancer, enquête sur la disparition de cette jeune lycéenne (la seconde en peu de temps qui le conduira des forêts enneigées du Minnesota aux boîtes de nuit de Las Vegas. Jamais à court de rebondissements, diabolique et déroutant, ce polar palpitant rappelle l'atmosphère propre à Michael Connelly.
Auteur de Las Vegas Baby, Brian Freeman avec Jamais je ne reviendrai - également disponible en coll. Pocket (2008) - a été traduit en seize langues. et vendu dans quarante-six pays.
00:18 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature: roman; livres |
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10.12.2011
Andrea Camilleri
Andrea Camilleri, Un été ardent (Fleuve Noir, 2009)
D'abord il y a une invasion de cafards, puis de souris, et enfin de rats : la villa que le commissaire Montalbano a trouvée à Vigàta pour les amis de sa fiancée Livia semble vraiment maudite. La série de catastrophes atteint son paroxysme lorsque le petit garçon du couple disparaît, pour être finalement retrouvé sain et sauf dans un sous-sol dont même les locataires ignoraient l'existence. Mais une autre découverte y attend le commissaire: le cadavre d'une jeune fille du village disparue plusieurs années auparavant. Dans la chaleur étouffante du mois d'août en Sicile, Montalbano se lance dans une nouvelle enquête dont la progression est perturbée par la soeur jumelle de la défunte, la ravissante Adriana...
Le plus beau compliment que l’on peut adresser à Camilleri, c’est qu’on ne se lasse pas de découvrir les multiples facettes de la personnalité complexe de son flic – le plus célèbre de la péninsule – Montalbano, et que l’originalité de ses enquêtes demeure au rendez-vous, après tant d’années ! De plus, les personnages qui l’entourent contribuent à notre plaisir : Ses coéquipiers Fazio et Catarella, sans oublier sa compagne Livia dont les scènes de ménage sont légendaires … Enfin, il y a la Sicile, le soleil, une chaleur étouffante qui exacerbe les passions, comme cet épisode ne manquera pas de vous en convaincre !
Egalement disponible en coll. Pocket (Pocket, 2010)
01:18 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Andrea Camilleri, Littérature étrangère, Littérature italienne, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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19.11.2011
Jules Grasset
Jules Grasset, Minuit à Sain-Germain (Héloïse d'Ormesson, 2008)
Démodé, le roman policier à la Simenon? Pas vraiment ! Pour preuve ce petit bijou de Jules Grasset, avec une intrigue (jeune femme légère assassinée dans un palace, un mystérieux carnet de notes et des collections fétichistes !) captivante dès les premières lignes et qui tient en haleine jusqu’au bout. Les personnages sont crédibles, originaux, et on retrouve avec plaisir le très sympathique et sagace commissaire Mercier, déjà présent dans le titre précédent de cet auteur, Les violons du diable qui a obtenu le Prix du Quai des Orfèvres 2004 – une distinction rare pour un auteur qui est d’abord… médecin !
10:43 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature francophone, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature: roman; livres |
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23.10.2011
Donna Leon
Donna Leon, Requiem pour une cité de verre (Calmann-Lévy, 2009)
Certains attendent fébrilement, chaque année, le Tour de France ou la Coupe d’Europe des Champions ; d’autres, au même rythme saisonnier, ne résistent pas au dernier roman policier d’Elizabeth George ou de Donna Leon ! Et comme ils ont raison… Dans cette nouvelle enquête du commissaire Brunetti, vous découvrirez le monde des verriers de Murano avec, en toile de fond, un scandale écologique. Entre l’impuissance de la police et les rouages complexes de la politique, les romans de Donna Leon s’achèvent souvent dans l’amertume – comme dans la réalité ? – mais il n’en est rien cette fois-ci : le coupable sera bel et bien appréhendé, pour le bonheur de son héros toujours aussi attachant.
Disponible également en collection Points (Seuil, 2010)
01:28 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature: roman; livres |
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15.10.2011
Patricia MacDonald
Patricia MacDonald, Rapt de nuit (Albin Michel,2008)
Certains auteurs ont le don de jouer avec nos nerfs, y mettant un malin plaisir et beaucoup d’habileté, jusqu’au dénouement. C’est le cas le Patricia MacDonald. Dans ce roman, nous suivons Tess, témoin de l’enlèvement de sa sœur, que l’on retrouvera violée et assassinée. Sur la foi de son témoignage, un coupable est arrêté, puis exécuté. Seulement voilà : vingt ans plus tard, il s’avère que l’ADN n’appartient pas au meurtrier. L’enquête – au point mort – reprend, et Tess va s’acharner à retrouver le véritable tueur… Suspense garanti !
Egalement disponible en coll. Livre de poche (LGF, 2009)
07:20 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature: roman; livres |
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04.10.2011
Michael Connelly
Michael Connelly, Echo park (Seuil, 2007)
C'est devenu une obsession : tous les six mois, Bosch ressort le dossier Gesto. En treize ans d'enquête, il n'a rien pu trouver : ni indice, ni suspect, pas même le corps de la jeune victime. Un jour enfin le coupable passe aux aveux, mais Bosch se méfie : pour lui, l'homme n'est rien d'autre qu'un imposteur talentueux doublé d'un bouc émissaire idéal. Une dernière fois, Bosch reprend l'enquête...
Bosch est de retour, face à un serial killer qui est prêt à avouer les meurtres de personnes disparues – dont un, treize ans auparavant, non résolu par H.B. – à la seule condition que sa condamnation à mort soit convertie en peine de prison à vie. Mais qui est-il ? Un manipulateur ? Un mythomane ? Une plongée vertigineuse dans l’enfer de l’âme humaine pour un Connelly particulièrement réussi.
également en format de poche (coll. Points/Seuil, 2008)
06:35 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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06.09.2011
Loriano Macchiavelli
Loriano Macchiavelli, Bologne ville à vendre (Métailié, 2006)
En Italie, il y des commissaires plus célèbres que d’autres : En Sicile, vous trouvez Montalbano, héros des romans de Andrea Camilleri; à Venise, vous marchez sur les traces de Brunetti, mis en scène par Donna Leon; à Bologne, enfin, Sarti Antonio est incontournable mais peu connu, découvert par le grand public voici quelques années avec Les souterrains de Bologne de Loriano Macchiavelli - chez Métailié également - et qui connut un vif succès. De ces trois policiers, ce dernier est peut-être le plus atypique, le plus complexe, le plus attachant, avec ses intuitions, son humour désabusé, sa parfaite connaissance -et méfiance - des rouages de la politique, des finances et du pouvoir. Et l’amour de sa ville, malgré tout. L’intrigue de ce roman est envoûtante, plus vraie que nature pour tous les amoureux de cette Italie ambiguë où vérité et mensonge se confondent parfois à s’y méprendre… Un polar inventif et original!
23:15 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Andrea Camilleri, Littérature étrangère, Littérature italienne, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature: roman; livres |
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29.08.2011
Gianrico Carofiglio
Bloc-Notes, 29 août / Curio

Guido Guerrieri n'est pas tout à fait un avocat comme les autres. Outre sa passion pour les livres et les voyages, il pratique la boxe, confiant à son sac - quand une nostalgie douce le gagne au souvenir de ses amours, Tiziana, Margherita et Sara - ses contradictions, ses humeurs, ses interrogations.
Son métier, il l'exerce à Bari, dans les Pouilles, avec l'aide de Consuelo et de Pasquale. Et voici qu'un de ses confrères, Sabino Fornelli, lui demande de s'occuper d'une affaire banale à priori, celle de la disparition de Manuela, une étudiante, six mois plus tôt. Reprenant officieusement l'enquête, il ne décèle aucune négligence et ne trouve pas l'ombre d'une nouvelle piste. Au point mort, c'est au fil de ses rencontres avec les amis, les témoins et les familiers de la victime que la lumière, au moment le plus inattendu, lui fournira une réponse implacable, dans le sillage de Caterina, un personnage clef dont le charme ne laisse pas indifférent Guido Guerrieri, méfiant certes, mais non pas moins homme...
Hors des conventions du genre, ce roman mêle une intrigue palpitante à des considérations philosophiques non dénuées d'humour qui accentuent son originalité: Seul ce qui est provisoire peut atteindre la perfection. Ou encore: Les enquêteurs capables de détecter les mensonges comptent parmi les plus stupides. Ce sont ces enquêteurs-là que les bons menteurs abusent avec le plus de facilité et le plus de plaisir.
Gianrico Carofiglio, magistrat, écrivain et homme politique, est né à Bari, en 1961. Plusieurs de ses livres sont disponibles en traduction française: Témoin involontaire (coll. Rivages/Noir, 2007), Les yeux fermés (Rivages, 2008), Le passé est une terre étrangère (Rivages, 2009) et Les raisons du doute (coll. Points/Seuil, 2011).
Quand j'écris ou lis un roman, ce sont les héros, plus que l'intrigue, qui retiennent mon attention. Plus que les trames enchevêtrées, j'aime les histoires dont les personnages ne vous abandonnent pas, une fois la lecture terminée. J'aime les personnages contradictoires, qui mêlent force et fragilité, sérieux et ridicule, fanfaronnerie et courage. Et j'aime les décors qui reflètent leur naturel changeant. Le silence pour preuve est un roman policier, quoique totalement atypique. Mais c'est surtout un voyage de découverte dans une ville nocturne, silencieuse et indéchiffrable. Gianrico Carofiglio
Gianrico Carofiglio, Le silence pour preuve (Seuil, 2011)
00:02 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Bloc-Notes, Littérature étrangère, Littérature italienne, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman: policier; livres |
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12.08.2011
Francesco De Filippo
Francesco De Filippo, L'offense (Métailié, 2011)
Comment donc peut-il s’en sortir à Naples, Gennarino Sorrentino? A 21 ans à peine, le voilà paralysé par la peur, entraîné dans une guerre de clans qui n'est pas la sienne, ne sachant comment faire pour qu’une étincelle puisse le purifier du dedans et libérer une énergie autre que celle de la culpabilité, de l’horreur ou de la mort. Issu d'un milieu modeste, il se trouvait plutôt du bon côté de la barrière et, un peu trop naïf ou enthousiaste, n'a pas très bien compris les choses, quand Don Rafaele a honoré la promesse faite à son père - au cas où les siens reposeraient sous quatre planches - de veiller sur lui et de lui offrir une brave petite, Pamela, pour fonder une famille, et vivre mieux... Mais un petit service en entraîna un autre, puis encore un autre, et maintenant, ce gamin des rues se trimballe sous l'ombre menaçante de Don Rafaele aux côtés de Paolini, un fou dangereux aux pulsions perverses et meurtrières. Aujourd'hui, il est à bout de forces, il pleure comme jamais depuis son enfance, les pieds dans une mare de sang... A quoi donc peut-elle désormais servir, sa vie tenue en laisse derrière des murailles invisibles, loin de sa femme Pamela et de ses deux minots prêts à embarquer pour l’Argentine?
Ils ont tout démoli, Gennari. Ils ont mis du poison partout, de tous les côtés, comme si ceux qui habitent là étaient des rats, et pourtant ils ont survécu, tout empoisonnés qu'ils étaient.
Davantage qu’un polar, ce roman est une radiographie effrayante d’une certaine réalité napolitaine, déconseillée aux âmes sensibles...
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26.07.2011
La rentrée littéraire 3/3
Bloc-Notes, 26 juillet / Les Saules

Contrairement aux années précédentes, les titres littéraires traduits cet automne sont en augmentation de 7.3 %. Une bonne nouvelle. Sachez cependant qu'à l'heure actuelle, un roman sur trois à peine est d'origine étrangère! Très attendus, je vous signale brièvement les nouvelles parutions de Paul Auster, Sunset Park (Actes Sud), Mario Vargas Llhosa, Le rêve du Celte (Gallimard) et Arturo Pérez-Reverte, Cadix ou la diagonale du fou (Seuil). Deux autres écrivains révélés tout récemment feront sans doute le bonheur de leurs fans: Sofi Oksanen - l'auteur de Purge, Prix Femina Etranger 2010 - avec Les vaches de Staline (Stock) et David Vann - l'auteur de Sukkwan Island, Prix Médicis Etranger 2010 - avec Désolations (Gallmeister).
Pour ma part, de même que pour la littérature d'expression française, quelques curiosités ont retenu mon attention et je vous les partage avec plaisir ci-dessous, avant d'en parler plus longuement sur La scie rêveuse lors de leurs parutions, entre août et octobre 2011.
Traduite pour la première fois dans notre langue, Michela Murgia, avec Accabadora (Seuil) nous entraîne en Sardaigne, dans les années 50. Une vieille couturière, Tzia Bonaria y accueille Maria, d'origine modeste et lui apprend le métier. Cette dernière est intriguée par les absences de Tzia, sa mère adoptive dont le surnom d'Accabadora - la dernière mère - cache un lourd secret bouleversant le coeur de Maria... Un face-à-face fascinant entre ces deux femmes, ainsi qu'une plongée intime dans les coutumes berçant cette histoire avec beaucoup de sobriété et de poésie.
Toujours en Italie, voici un nouveau roman de Alessandro Piperno, Persécution (Liana Levi). L'auteur de Avec les pires intentions raconte le destin de Leo Pontecorvo, un professeur de médecine et père de famille respecté issu de la bourgeoisie juive romaine et qui voit un jour le sol se dérober sous ses pieds en apprenant par le journal télévisé que l'un de ses fils est accusé d'avoir tenté de séduire une gamine de 12 ans. Sérieux et disctret, rien ne l'a préparé à cet événement qui dresse, en filigrane, les frontières ambiguës de la justice. Un texte envoûtant.
Deux autres romans italiens méritent un coup de chapeau: Le lent sourire de Caterina Bonvicini (Gallimard). Il dit la maladie, l'amitié, le parcours nécessaire du deuil unissant Clara la narratrice et Lisa au-delà de la mort, qui survient au sein d'un groupe d'amis trentenaires. Malgré la gravité du sujet, ce livre célèbre la vie, débarassée de ses artifices encombrants ou inutiles. Une heureuse surprise.
Avec Francesco de Filipppo, enfin, L'offense (Métailié/Noir) se situe à Naples, avec en toile de fond un petit jeune de 21 ans, Gennaro, issu des quartiers pauvres de la ville qui découvre, sous ses yeux, les trafics honteux de la drogue, des armes et des êtres humains, dans les entrailles de la camorra qui, un jour, croise sa route... Comment peut-il s'en sortir, tout seul? Un roman noir plein de tendresse et de fureur.
Non sans mentionner Scintillation, le nouveau roman de John Burnside (Métailié) - l'auteur de La maison muette et Les empreintes du diable - je termine ce rapide tour d'horizon avec Dire son nom de Francisco Goldman (Bourgois), écrit en l'honneur de son épouse Aura Estrada, morte en 2007, se brisant la nuque en faisant du bodysurf sur la côte mexicaine. Tenu pour responsable de l'accident, rongé par la culpabilité et le chagrin, Francisco se décide à raconter leur histoire, celle d'une perte insurmontable bien sûr, mais aussi le récit d'un couple plein de charme, drôle et singulier, qui émeut à chaque ligne: un hymne à l'amour et à la vie. L'un des plus beaux textes de cette rentrée littéraire!
Une rentrée à laquelle je reproche seulement - du bout des lèvres - de n'être pas follement gaie...
image: Caterina Bonvicini
22:44 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Bloc-Notes, Caterina Bonvicini, Littérature étrangère, Littérature italienne, Littérature policière, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; livres |
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22.07.2011
Loriano Macchiavelli
Loriano Macchiavelli, Derrière le paravent (Métailié, 2008)
L'été 1978 est torride à Bologne. Sarti Antonio est chargé de surveiller une exposition de numismatique dans un musée de la ville, il a fait garder les issues en oubliant qu'un vieil aqueduc arrive dans la cour du bâtiment : les trois plus belles pièces sont volées. Sanctionné, le policier est affecté aux rondes de nuit dans le quartier du Pilastro, celui des immigrés récents, tous venus du Sud du pays, de la petite délinquance et de l'impuissance de la loi. Pour lui, l'enfer. Là, il croise le chemin du petit Claudio, futé, vif, élevé par une mère qui plaît beaucoup à notre enquêteur. Peu après, le cadavre de Claudio est découvert une balle dans la tête, sous le seul lampadaire de la rue qui fonctionne. Révolté, Sarti Antonio va s'obstiner à trouver la vérité sous toutes les apparences et, avec son ami le philosophe Rosas, fouiller derrière le paravent des bonnes consciences. Dans un style inimitable, Loriano Macchiavelli suit son personnage, le tarabuste, le malmène, le plaint, l'aime parce qu'il est imparfait et boit autant de café que lui. Et nous, nous l'accompagnons...
Vous n'avez jamais lu Loriano Macchiavelli ? Encore méconnu en traduction française, découvrez-le sans tarder : l’auteur de Bologne ville à vendre et de Les souterrains de Bologne est sans doute le meilleur auteur de romans policiers italiens avec Andrea Camilleri, ce qui n’est pas un compliment exagéré ! Entre les coups bas des pouvoirs en place, une intrigue tortueuse à souhait et un humour désabusé, l’inspecteur Sarti Antonio deviendra vite, pour votre plaisir, un ami privilégié.
00:48 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Andrea Camilleri, Littérature étrangère, Littérature italienne, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature: roman; livres |
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29.05.2011
Georges Simenon
Georges Simenon, Les mémoires de Maigret (Coll. Livre de poche, 1997)
C'était en 1927 ou 1928. Je n'ai pas la mémoire des dates et je ne suis pas de ceux qui gardent soigneusement des traces écrites de leurs faits et gestes, chose fréquente dans notre métier, qui s'est avérée fort utile à quelques-uns et même parfois profitable. Et ce n'est que tout récemment que je me suis souvenu des cahiers où ma femme, longtemps à mon insu, voire en cachette, a collé les articles de journaux qui me concernaient.
Essentiel pour comprendre l’univers de Simenon, ce roman insolite, tout à fait à part dans son oeuvre, met en scène… Simenon lui-même – sous le nom de Georges Sim, son pseudonyme de jeune écrivain – et Maigret ! Une fantaisie à deux voix où se mêlent la démystification du - roman - policier, la pratique de l’auto-dérision et les réflexions sur la complexité de la vie.
07:49 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Georges Simenon, Littérature francophone, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature: récit; livres |
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26.05.2011
Donna Leon
Donna Leon, Dissimulation de preuves (Coll. Points/Seuil, 2008)
On peut être à la fois vieille, égoïste, portant la haine des autres sur soi comme tant d’autres, et franchement mériter d’être assassinée… Mais dans la Sérénissime République, pragmatique et cupide, les apparences sont parfois trompeuses, et il faudra un commissaire Brunetti en grande forme – plus déterminé que jamais - pour dénouer cette affaire typiquement vénitienne. L'une des enquêtes les plus réussies de Donna Leon.
05:34 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature: roman; livres |
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