10.11.2011
Stefan Zweig
Stefan Zweig, Amok - Lettre d'une inconnue - Les ruelles au clair de lune (coll. Livre de poche/LGF, 2010)
Trois nouvelles pour célébrer l’amour, dont la Lettre d’une inconnue qui par sa force émotionnelle et le talent de Stefan Zweig, évoquent le déchirement d'une passion amoureuse, de sa fièvre inextinguible et de sa quête de l’absolu. La version intégrale de ce texte, lu par Claude Berman et enregistré par Livraphone en 2005, est absolument bouleversante. Enfin, la couverture de la présente édition est signée Christian Lacroix!
Une nouvelle traduction a vu le jour sous la plume de Alzir Hella, Olivier Bournac et Françoise Toraille (Stock, 2009), chaleureusement recommandée!
05:54 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Stefan Zweig | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; nouvelles; livres |
|
Facebook |
11.08.2011
André Pieyre de Mandiargues
André Pieyre de Mandiargues, Nouvelles complètes (Coll. Quarto/Gallimard, 2009)
Voici enfin exhumé de ses injustes cendres, l’un des auteurs les plus marquants du XXe siècle. Outre ses romans La motocyclette, Le lis de mer ou La Marge – chez le même éditeur – c’est bel et bien dans la nouvelle que ses talents d’orfèvre de la langue française s’expriment avec un talent incomparable. Lisez surtout, dans la présente édition, Le soleil des loups et Le Musée noir célébrant la fascination de l’interdit, le fantastique, les transgressions du désir. Un érotisme noir, lumineux ou terrifiant.
Tout écrivain, tout artiste, avouera, s'il ne cache pas son jeu, qu'il cherche à créer une certaine beauté, aussi originale qu'il se pourra. Moi, je suis particulièrement sensible à ce que William Butler Yeats appelle la beauté terrible. C'est cette beauté-là, quand l'occasion s'y prête, que je cherche à faire naître. André Pieyre de Mandiargues
07:43 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans André Pieyre de Mandiargues, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature; nouvelles; livres |
|
Facebook |
17.04.2011
Erri de Luca 1a
Bloc-Notes, 17 avril / Les Saules

Sa mère avait été abattue par un chasseur. Dans ses narines de petit animal se grava l'odeur de l'homme et de la poudre à fusil. Lui, c'est un chamois qui a grandi tout seul, sans règles, a rejoint un troupeau et s'y est imposé. Devenu le roi des chamois, un matin de novembre, vieillissant, il sent que l'heure de la fin de sa suprématie est proche, malgré son instinct de survie. Il sait, au crépuscule de sa vie, qu'il va devoir affronter cet autre roi, le chasseur braconnier, cet ermite des montagnes, dont le temps lui semble aussi compté et qui n'accepte pas l'idée de mourir: Les voix continueront quand son harmonica se taira. La vie sans lui est déjà en chemin. (...) Sa canne en cerisier est munie d'une pointe en fer pour goûter le sol, elle a le son ami des pas d'un aveugle.
Entre l'homme et l'animal - deux créatures libres, solitaires et justes - le face à face aura bel et bien lieu, après tant d'années de ruses, d'observations silencieuses, de stratégies déjouées dans l'air raréfié de la haute montagne...
Métaphore de la vie, ce court récit de 70 pages pourrait être lu en une heure, mais tel une pierre brute qui prend du temps à épouser les contours de la main et se joue des jeux d'ombre ou de lumière sur le fil mystérieux des saisons, l'intensité et la signification de chaque mot impose la patience, la respiration, la lenteur. Plaisir rare de lecture, d'amour et de poésie mêlés, cernant - d'une écriture aussi ascétique que le physique de l'écrivain - avec une infinie douceur la montagne, le coeur et l'âme, plus facétieuse que la volonté de l'homme, sous la forme d'un papillon blanc qui passant de l'arme de l'homme à la corne du chamois donne un sens au récit dans tout ce qu'il effleure.
C'est le mois de novembre, l'homme entend tomber le rideau métallique de l'hiver. Dans les nuits où le vent arrache les arbres les plus exposés à leurs racines, la pierre et le bois de la cabane se frottent entre eux et lancent une plainte. Le feu fait claquer des baisers de réconfort. L'âpreté extérieure donne des coups d'épaule, mais la flamme allumée garde unis le bois et la pierre. Tant qu'elle brille dans le noir, la pièce est une forteresse. Et l'harmonica est là aussi pour dominer le bruit de la tempête. (...) Pendant les nuits de lune, le vent agite le blanc et envoie des oies sur la neige, un vieux moyen pour dire qu'à l'extérieur se promènent des fantômes. Il les connaît, à son âge les absents sont plus nombreux que ceux qui sont restés. A sa fenêtre, il regarde passer leur blanc d'oie sur la neige nocturne.
Aussi mordante et douce que le vent qui nous pousse à travers les sentiers escarpés, l'histoire s'achève sur une victoire - que j'éprouve beaucoup de peine à ne pas vous révéler - qui ressemble à une défaite... Lisez Le poids du papillon, et vous comprendrez!
Ce texte est suivi de la Visite à un arbre - 10 pages à peine - célébration d'un pin des Alpes, à 2'200 mètres d'altitude: En montagne, il existe des arbres héros, plantés au-dessus du vide, des médailles sur la poitrine des précipices. Tous les étés, je monte rendre visite à l'un d'entre eux. Avant de partir, je monte à cheval sur son bras au-dessus du vide. Mes pieds nus reçoivent la chatouille de l'air libre au-dessus de centaines de mètres. Je l'embrasse et le remercie de durer.
Magistral! Dans ma besace de randonneur solitaire, Le poids du papillon de Erri de Luca rejoint Sentiers sous la neige de Mario Rigoni Stern et La promenade sous les arbres de Philippe Jaccottet: Trois livres qui me font presque regretter d'en parler tant la justesse de ton, la beauté de la langue et leur habit qui me sied si bien, suffisent à mon bonheur, partagé avec vous...
Erri de Luca, Le poids du papillon (Gallimard, 2011)
Mario Rigoni Stern, Sentiers sous la neige (La fosse aux ours, 2000)
Philippe Jaccottet, La promenade sous les arbres (Bibliothèque des arts, 2009)
publié dans Le Passe Muraille no 86 - juin 2011
13:41 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Bloc-Notes, Erri de Luca, Le Passe Muraille, Littérature étrangère, Littérature italienne, Philippe Jaccottet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; nouvelles; livres |
|
Facebook |
04.03.2011
Alexandre Tisma
Alexandre Tisma, Une nouvelle que je n'ai pas écrite (Le Serpent à Plumes, 2007)
La soirée devenait de plus en plus inhospitalière et froide, l'humidité des nuages bas s'était muée en neige, nous allions d'une rue à l'autre, traversions - par des ponts qui m'étaient inconnus - la Vlatava toute ridée de vagues, franchissions des distances toujours plus grandes entre les hôtels qui se faisaient plus rares. J'étais en pardessus, la tête couverte d'un bonnet, mais l'homme et la femme étaient légèrement vêtus, nu-têtes, et ne montraient pourtant, contrairement à moi, aucun signe d'impatience : ils marchaient d'un pas égal, et leurs paroles murmurées, légères, harmonieuses, prononcées tantôt par lui, tantôt par elle, s'entrelaçaient avec délicatesse entre leurs deux têtes penchées l'une vers l'autre.
Au contraire de L’école d’impiété paru chez le même éditeur, ces nouvelles qui révèlent les différentes facettes d'Alexandre Tisma - l'un des plus grands écrivains serbes du XXe siècle - sont empreintes de douceur, même si le regard de l’auteur sur le monde et les hommes demeure cruel et désespéré.
06:14 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; nouvelles; livres |
|
Facebook |
16.12.2010
Anton Tchekhov
Anton Tchekhov, Des larmes invisibles au monde (Editions des Syrtes, 2006)
On l'a assez répété : Tchékhov est un grand réaliste. Même quand il cultive le rire, ses personnages, veules, irresponsables, banals, falots, ont une présence qui s'impose parce que l'auteur, par sa lucidité, nous fait accepter leur manque de lucidité, par sa compassion leur absence de courage, leurs apitoiements et leur vanité.
Courageuse décision de l’éditeur de publier les nouvelles inédites de cet incontournable classique qui distille sa mélancolie au fil des pages. Les textes L’ennui de la vie et La rivière surtout, sont des pages poignantes qui côtoient - dans un univers certes différent – le monde de Maupassant.
00:58 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; nouvelles; livres |
|
Facebook |
19.11.2010
Robert Walser
Robert Walser, Vie de poète (Zoé, 2006)
Toute l’originalité de l’auteur est condensée dans ces récits qui parlent des poètes et dont Marie - l’une des histoires - est la plus belle illustration : Fascination de l’imaginaire, solitude du créateur, mais aussi instants de bonheur qui surprennent chez cet auteur réputé austère. Son style unique admiré par Kafka et Walter Benjamin, tient dans ce que son regard voit du monde et des êtres sans se fixer dans l’espace ou le temps, comme un passage vers un éternel ailleurs qui attire au cœur de ses ancrages éphémères.
Egalement disponible en livre de poche (coll. Points/Seuil, 2010)
00:33 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Franz Kafka, Littérature francophone, Littérature suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; nouvelles; livres |
|
Facebook |
06.11.2010
André Pieyre de Mandiargues
André Pieyre de Mandiargues, Le musée noir (Coll. Imaginaire/Gallimard, 1990)
Marceline Caïn : on eût dit qu'elle était mêlée de cendre, de sable et de sang. À quatorze ans, elle n'aimait rien ni personne qu'un gros lapin jaune-orange, touffu, qu'elle appelait Souci. Tous les matins, en cette fin de printemps déjà brûlante, Marceline à peine vêtue et lavée courait ouvrir la porte découpée dans le flanc de la caisse où l'on mettait à dormir Souci pendant la nuit. Et la douceur inaugurale par laquelle elle faisait commencer chaque jour de sa vie était de précipiter la tête et les deux bras à l'intérieur de cette caisse chaude, où les derniers relents de tabac disparaissaient sous une quantité d'effluves domestiques qui, tous ensemble, font la véritable odeur de lapin...
Atmosphère lourde, sensuelle, voire inquiétante pour ces nouvelles dont Le sang de l’agneau est l’une des plus achevées. Par un des meilleurs auteurs français modernes, à l’univers proche du fantastique, mêlant les symboles de la vie, du sexe et de la mort avec l’exercice d’une beauté de la langue incomparable.
03:29 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans André Pieyre de Mandiargues, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; nouvelles; livres |
|
Facebook |
18.10.2010
Alexandre Tisma
Alexandre Tisma, L'école d'impiété (Coll. Motifs/Serpent à Plumes, 2007)
Il n'y a pas que la guerre dans ces nouvelles, même si, partout et soudain, elle surgit en filigrane. Il y a surtout ces hommes et ces femmes en situation violente de choix, comme ce malheureux père qui fixe hébété toute une nuit son réveil, sachant que selon toute vraisemblance sa famille sera anéantie au matin. Que doit-il faire ? Terrible monologue intérieur de cet homme face à sa vérité absolue, monstrueuse, à laquelle il n'est pas question de se soustraire. Ces quatre récits prendront immédiatement place parmi les témoignages les plus terribles qu'ait inspirés la Seconde guerre mondiale.
Sur fond de guerre, ces nouvelles témoignent de l’indignation, de la terreur et des humiliations de tout un peuple. La pire des nuits, l’une de ces quatre histoires, est particulièrement poignante et insoutenable. Avec Ivo Andric et Borisav Stankovic, l’un des plus grands auteurs serbes de ce temps.
00:05 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; nouvelles; livres |
|
Facebook |
02.10.2010
Carson McCullers
Carson McCullers, La ballade du café triste (Coll. Livre de poche, 2000)
Amelia Evans inspire le respect de ses concitoyens : on apprécie autant l'alcool qu'elle distille clandestinement que ses talents de guérisseuse. Le mystère plane cependant autour d'elle... Cette aventure pleine de mystère et d'humour donne son titre à ce recueil de nouvelles très représentatives du talent de Carson McCullers.
Peu d’écrivains ont su, avec autant de simplicité et d’émotion contenue, évoquer ce besoin effréné d’amour, en contrepoint à la solitude, à l’injustice, à la fragilité intérieure des êtres. L’immense écrivain de Le cœur est un chasseur solitaire signe, avec ce livre, un chef-d’œuvre de la littérature américaine.
07:07 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Carson McCullers, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; nouvelles; livres |
|
Facebook |
12.09.2010
Henry James
Henry James, L'autel des morts - Dans la cage (Stock 2004)
Texte emblématique de ce grand écrivain, L’autel des morts croise les territoires du réel et de l’imaginaire, dans un récit qui nous entraîne aux confins de la folie. L’amour, le mysticisme et le deuil se confondent dans une brume incertaine chargée d’émotion, de souffrance, d’aspiration à la paix des âmes. Parmi les morts ou les vivants ? Librement adapté au cinéma par François Truffaut sous le titre La chambre verte, le plus bouleversant et le plus méconnu de tous ses films.
00:24 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; nouvelles; livres |
|
Facebook |
06.06.2010
Sylviane Chatelain
Sylviane Chatelain, Dans un instant (Campiche, 2010)
Il y a dans l'écriture et l'observation du réel, quelque chose de très suisse chez Sylviane Chatelain: Des décors nets dans lesquels se fondent des personnages apparemment sans histoire, soucieux de ne pas déranger ni d'attirer l'attention. Mais tout le talent de l'auteur, rehaussé par des phrases courtes, tient dans l'art d'introduire dans ses récits un grain de sable, anodin au premier abord, mais qui peu à peu déséquilibre des vies trop prévisibles ou sans surprises. Il en est ainsi dans Les géraniums roses, où la disparition d'un pot de géraniums dans le jardin tourne à la crainte et à l'obsession. Dans Le livre aussi, le regard insolite sur un livre balayé par le vent derrière un grillage, ramène à la surface les blessures d'un homme et de son fils. Dans La mariée, une robe jonchant le sol ravive l'échec amoureux du narrateur au fil d'une vie qui s'étire, s'effiloche, respire l'ennui. Dans cet exercice délicat de la nouvelle - Exils ou Dans un instant qui donne le titre à ce recueil - l'auteur nous imprègne de ses thèmes favoris, la filiation, la vieillesse, la fragilité intérieure, d'une plume légère jamais caricaturale ou pesante.
Sylviane Chatelain est née à Saint Imier en 1950. Chez le même éditeur, elle a publié - entre autres - La part d'ombre (1988), De l'autre côté t MS'; font-size: small;">(Prix Schiller 1991), L'étrangère (1999) et Une main sur votre épaule (2006).
18:01 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature francophone, Littérature suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; nouvelles; livres |
|
Facebook |
18.03.2010
B. Traven
B.Traven, Le chagrin de saint Antoine et autres histoires mexicaines (Coll. Poche/La Découverte, 2009)
Maniant tour à tour la poésie (La création du soleil : une légende indienne), l’humour noir (Dynamite), la tragédie et le burlesque (Le chagrin de Saint Antoine) ou encore la peur (Une histoire vraiment sanglante), ce recueil de nouvelles ouvre aux talents multiples de cet auteur mystérieux – lisez l’intéressante préface du traducteur Pascal Vandenberghe à son sujet - connu surtout par le film mythique de John Huston Le trésor de la Sierra Madre avec Humphrey Bogart, dont la fin par ailleurs est bien différente de celle du livre...
00:09 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; nouvelles; livres |
|
Facebook |


