17.04.2012
Thomas Sanchez
Thomas Sanchez, King Bongo (Coll. Série Noire/Gallimard, 2005)
Cuba, 1957. L'île, tenue par les américains, exhibe scandaleusement ses hôtels de luxe et ses boîtes de nuit. La police politique traque la rébellion menée par Castro. Des bombes explosent. La fête est partout. Des gens disparaissent. N'importe qui peut être un autre et des mendiants dirigent la ville tandis que de faux puissants ne sont que des façades. Cuba reste un mystère. King Bongo, qui croyait tout connaître de son île, la redécouvre brutalement. Sa soeur aussi noire de peau qu'il est blanc, a disparu lors d'un attentat d'une violence rare. Tout le monde la cherche. Personne ne semble avoir la moindre idée et cela sent le vaudou. Elle qui dansait à rendre fous les hommes s'est évanouie dans les odeurs de poudre et les tables brisées. King Bongo le sait, elle est tout près de lui. Il a grandi avec elle. Elle est sa soeur. Il ne la lâchera pas...
On se croirait dans une fête qui n’en finit pas, avec ses casinos, ses danseuses – dont la Panthère , qui joue un rôle clé dans l’histoire – et ses voitures de luxe. Mais aussi avec ses complots politiques, ses relents de corruption et ses bains de sang… Une atmosphère troublante, servie par une intrigue envoûtante à souhait !
Disponible également en coll. Folio Policier (Gallimard, 2007)
Par l'auteur deLe jour des abeilles(coll. Folio/Gallimard, 2002), son chef d'oeuvre.
06:43 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature policière, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature: roman; livres |
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15.04.2012
Voix de femmes 1b
Bloc-Notes, 15 avril / Les Saules
Ci-dessous, voici quelques oeuvres photographiques choisies parmi une centaine illustrant ce tour du monde de la littérature féminine intitulé Voix de femmes - Anthologie / Poèmes et photographies du monde entier, témoignant de la diversité d'expression, de talent et de la sensibilité de toutes les femmes.
Brigitte Grignet

Jane Evelyn Atwood

Rania Matar

Elina Brotherus

Gillian Laub

Véronique de Viguerie

Erhan Turgut et Lionel Ray: Voix de femmes - Anthologie / Poèmes et photographies du monde entier (Turquoise, 2011)
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Voix de femmes 1a
Bloc-Notes, 15 avril / Les Saules

Il est des livres que je voudrais porter à la connaissance du plus grand nombre, tant ils sont beaux, tant ils sont réussis, tant ils sont porteurs de germes d'espoir, de talents méconnus et expriment un formidable élan capable de résonner dans le coeur de tous. Tel est l'impression que laisse cet ouvrage intitulé Voix de femmes - Anthologie / Poèmes et photographies du monde entier.
Chargé de la réalisation de ce travail éditorial exceptionnel, Erhan Turgut, journaliste, graphiste et dessinateur de presse turc, a déjà collaboré à un autre projet similaire auprès du même éditeur: Non à la guerre - Anthologie / Poésies du monde - Photographies - Histoire qui sera évoqué ultérieurement; et c'est au poète Lionel Ray que revient le mérite de la sélection de ces oeuvres glânées sur les cinq continents, avec un constant souci d'exemplarité et d'éclat. 343 poétesses sont présentées dans Voix de femmes, 477 poèmes, 162 pays et peuples, 49 femmes photographes et 104 photographies de femmes à travers le monde.
Une entreprise tentée par bon nombre d'auteurs et d'éditeurs par le passé mais qui, la plupart du temps, s'est heurtée à une difficulté: celle d'accorder une place, à tout prix, aux écrivains d'un pays peu visité mais souvent au détriment de la qualité des textes, ou au contraire exposant toujours de mêmes auteurs déjà largement représentés dans d'autres anthologies. Rien de tel dans ce volume équilibré dans son choix, dans son classissisme ou sa modernité.
Avec une joie simple et sans fausse modestie, j'observe que plus de 350 poèmes de ce recueil me sont totalement inconnus, qu'ils élargissement mon horizon, me projettent vers d'autres cultures et me sensibilisent à des expressions de la douleur, de la révolte ou de l'amour dont il eut été triste que je ne les découvre pas avant de tirer ma révérence.
Cet ouvrage célèbre aussi la richesse créative des femmes: leur imagination, leur enracinement et leur courage fréquemment masqués, dépréciés et craints dans le paysage culturel, ici comme ailleurs, aujourd'hui comme hier.
Voix de femmes se présente sous la forme d'un album de 384 pages, grand format, relié, sur papier glacé avec parfois des textes sur deux colonnes. J'ajoute que son prix - 38 euros - est plus que raisonnable pour un ouvrage illustré d'une si grande qualité.
Si vous êtes sensibles à la poésie, demandez à vos amis qu'ils vous offrent cette anthologie pour votre anniversaire, et si vous n'avez pas la patience d'attendre, cherchez-la ou commandez-la auprès de votre libraire préféré: elle vous réservera des moments de rare plénitude et ne quittera sans doute pas votre bibliothèque de si tôt...
Erhan Turgut et Lionel Ray: Voix de femmes - Anthologie / Poèmes et photographies du monde entier (Turquoise, 2011)
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03.03.2012
Morceaux choisis - Silvina Ocampo
Silvina Ocampo

Silvina Ocampo, Poèmes d'amour désespérés (Editions José Corti, Avril 2010)
traduction de l'espagnol : Silvia Baron Supervielle
11:39 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature sud-américaine, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; poésie; livres |
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02.03.2012
Morceau choisis - Pablo Neruda
Pablo Neruda

Ne m'ôte pas la rose,le fer que tu égrènesni l'eau qui brusquementéclate dans ta joieni la vague d'argentqui déferle de toi.
De ma lutte si dureje rentre les yeux lasquelquefois d'avoir vula terre qui ne changemais, dès le seuil, ton riremonte au ciel, me cherchantet ouvrant pour moi toutesles portes de la vie.
A l'heure la plus sombreégrène, mon amour,ton rire, et si tu voismon sang tacher soudainles pierres de la rue,ris: aussitôt ton rirese fera pou mes mainsfraîche lame d'épée.
Dans l'automne marinfais que ton rire dressesa cascade d'écume,et au printemps, amour,que ton rire soit commela fleur que j'attendais,la fleur guède, la rosede mon pays sonore.
Moque-toi de la nuit,du jour et de la lune,moque-toi de ces ruesdivagantes de l'île,moque-toi de cet hommeamoureux maladroit,mais lorsque j'ouvre, moi,les yeux ou les referme,lorsque mes pas s'en vont,lorsque mes pas s'en viennent,refuse-moi le pain,l'air, l'aube, le printemps,mais ton rire jamaiscar alors j'en mourrais.
Pablo Neruda, Les vers du capitaine - dans: Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée (coll. Poésie/Gallimard, 1998)
traduit par Claude Couffon et Christian Rinderknecht
image: Edouard Boubat, Enfants de dos face vitrine, Paris 1948
21:44 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature sud-américaine, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; poésie; livres |
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20.11.2011
Norma Huidobro
Norma Huidobro, Le lieu perdu (Liana Levi, 2009)
Sous un soleil de plomb, quelque part en Argentine, se déroule cette poignante histoire d’amour au temps de la dictature. Entre Marita et Matilde, compagne d’un militant recherché par l’inquiétant et vulnérable Ferroni, Le lieu perdu scelle aussi l’histoire d’une amitié indéfectible face à la répression militaire. Avec une plume fine et subtile, l’auteur distille tour à tour la suspicion, la crainte, le désir, la cruauté ou la folie dans un récit tendu à l’extrême, intense et envahissant comme un orage imprévu et dévastateur.
Disponible également en collection de poche Piccolo (Liana Levi, 2010)
11:30 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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13.09.2011
Wendy Guerra
Wendy Guerra, Mère Cuba (Stock, 2009)
Hommage au courage des femmes trop longtemps vouées au silence, ce roman qui oscille entre fiction et documentaire, évoque surtout Cuba et s’étend sur trois générations. Il se lit avec un plaisir contagieux et malgré son cortège de désillusions, de critiques, de révoltes, laisse s’exprimer, parfois avec légèreté et humour, la passion viscérale de l’auteur pour un pays qu’elle n’a jamais voulu quitter et dont elle dit, dans une interview, qu’elle est une terre entourée d'eau et de beaucoup de silence … Un récit intense, chaleureux et grave dont le personnage central, Nadia, incarne l’espérance de sa génération ainsi que toute la complexité de l’âme cubaine. Une belle réussite littéraire!
Egalement disponible en format de poche (Livre de poche/LGF, 2011)
01:12 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature: roman; livres |
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10.09.2011
Carlos Liscano
Carlos Liscano, L'écrivain et l'autre (coll. 10-18/UGE, 2011)
Avec cet essai, Carlos Liscano, en proie à la paralysie de la plume, à l’impossibilité de donner corps à un nouveau roman, s’interroge sur le métier d’écrivain, son lien à la littérature, de même que son rapport à la liberté, à la vie réelle, à la solitude, à la création.
De l’écriture, il nous dit qu'elle est : Une petite goutte à peine tombée du compte-gouttes. La faire couler, la pousser avec la pointe de la plume. Trouver une forme qui rappelle quelque chose, un visage, une situation. Puis la perdre parce qu’une autre ligne la traverse. Et repartir à la recherche, essayer à nouveau de trouver dans le noir sur le blanc autre chose que le hasard ou l’ennui.
Plus loin, sur le métier, il ajoute : Nous, les petits écrivains, nous savons que nous avons les mêmes inquiétudes et les mêmes souffrances que les grands. Cela ne fera pas de nous des grands, jamais. Mais nous ne pouvons que le reconnaître et continuer.
Même chez nous autres, qui nous essayons - maladroitement la plupart du temps - à la correspondance, aux papiers d’opinion ou aux passions partagées, le miroir qui nous est tendu prête à réfléchir : Ecrire sur l’écrivain et sur la littérature, est-ce de la littérature ? Ce n’est peut-être qu’un prétexte, raconter pour se raconter. Parce que c’est aussi de cette façon qu’on peut prétendre à devenir un autre, qu’on peut prétendre à dire : Je suis là, j’essaie de raconter la seule chose qui ait vraiment du sens, à savoir le combat contre la mort, le désir ardent de tout voir avant de disparaître, de laisser un témoignage de ce que j’ai vu.
L’écrivain et l’autre respire d’une sincérité, d’une recherche, d’une lucidité dont bien des auteurs actuels – francophones, surtout ! – enfermés dans un système d’écriture ou une construction littéraire privée de sens, pourraient s'inspirer, eux qui n’ont bien souvent plus rien à nous dire. Ce qu’on pourrait désigner comme le mensonge en littérature, à soi-même pour commencer, envers le lecteur ensuite...
05:53 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature: essai; livres |
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26.07.2011
La rentrée littéraire 3/3
Bloc-Notes, 26 juillet / Les Saules

Contrairement aux années précédentes, les titres littéraires traduits cet automne sont en augmentation de 7.3 %. Une bonne nouvelle. Sachez cependant qu'à l'heure actuelle, un roman sur trois à peine est d'origine étrangère! Très attendus, je vous signale brièvement les nouvelles parutions de Paul Auster, Sunset Park (Actes Sud), Mario Vargas Llhosa, Le rêve du Celte (Gallimard) et Arturo Pérez-Reverte, Cadix ou la diagonale du fou (Seuil). Deux autres écrivains révélés tout récemment feront sans doute le bonheur de leurs fans: Sofi Oksanen - l'auteur de Purge, Prix Femina Etranger 2010 - avec Les vaches de Staline (Stock) et David Vann - l'auteur de Sukkwan Island, Prix Médicis Etranger 2010 - avec Désolations (Gallmeister).
Pour ma part, de même que pour la littérature d'expression française, quelques curiosités ont retenu mon attention et je vous les partage avec plaisir ci-dessous, avant d'en parler plus longuement sur La scie rêveuse lors de leurs parutions, entre août et octobre 2011.
Traduite pour la première fois dans notre langue, Michela Murgia, avec Accabadora (Seuil) nous entraîne en Sardaigne, dans les années 50. Une vieille couturière, Tzia Bonaria y accueille Maria, d'origine modeste et lui apprend le métier. Cette dernière est intriguée par les absences de Tzia, sa mère adoptive dont le surnom d'Accabadora - la dernière mère - cache un lourd secret bouleversant le coeur de Maria... Un face-à-face fascinant entre ces deux femmes, ainsi qu'une plongée intime dans les coutumes berçant cette histoire avec beaucoup de sobriété et de poésie.
Toujours en Italie, voici un nouveau roman de Alessandro Piperno, Persécution (Liana Levi). L'auteur de Avec les pires intentions raconte le destin de Leo Pontecorvo, un professeur de médecine et père de famille respecté issu de la bourgeoisie juive romaine et qui voit un jour le sol se dérober sous ses pieds en apprenant par le journal télévisé que l'un de ses fils est accusé d'avoir tenté de séduire une gamine de 12 ans. Sérieux et disctret, rien ne l'a préparé à cet événement qui dresse, en filigrane, les frontières ambiguës de la justice. Un texte envoûtant.
Deux autres romans italiens méritent un coup de chapeau: Le lent sourire de Caterina Bonvicini (Gallimard). Il dit la maladie, l'amitié, le parcours nécessaire du deuil unissant Clara la narratrice et Lisa au-delà de la mort, qui survient au sein d'un groupe d'amis trentenaires. Malgré la gravité du sujet, ce livre célèbre la vie, débarassée de ses artifices encombrants ou inutiles. Une heureuse surprise.
Avec Francesco de Filipppo, enfin, L'offense (Métailié/Noir) se situe à Naples, avec en toile de fond un petit jeune de 21 ans, Gennaro, issu des quartiers pauvres de la ville qui découvre, sous ses yeux, les trafics honteux de la drogue, des armes et des êtres humains, dans les entrailles de la camorra qui, un jour, croise sa route... Comment peut-il s'en sortir, tout seul? Un roman noir plein de tendresse et de fureur.
Non sans mentionner Scintillation, le nouveau roman de John Burnside (Métailié) - l'auteur de La maison muette et Les empreintes du diable - je termine ce rapide tour d'horizon avec Dire son nom de Francisco Goldman (Bourgois), écrit en l'honneur de son épouse Aura Estrada, morte en 2007, se brisant la nuque en faisant du bodysurf sur la côte mexicaine. Tenu pour responsable de l'accident, rongé par la culpabilité et le chagrin, Francisco se décide à raconter leur histoire, celle d'une perte insurmontable bien sûr, mais aussi le récit d'un couple plein de charme, drôle et singulier, qui émeut à chaque ligne: un hymne à l'amour et à la vie. L'un des plus beaux textes de cette rentrée littéraire!
Une rentrée à laquelle je reproche seulement - du bout des lèvres - de n'être pas follement gaie...
image: Caterina Bonvicini
22:44 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Bloc-Notes, Caterina Bonvicini, Littérature étrangère, Littérature italienne, Littérature policière, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; livres |
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23.07.2011
Antonio Skarmeta
Antonio Skarmeta, Le ballet de la victoire (Grasset, 2006)
Angel, un voleur occasionnel et romantique, et le légendaire Vergara, un artiste des coffres-forts, viennent d'être libérés de prison à l'occasion d'une amnistie décrétée par le Président du Chili. Le jeune Angel, en possession d'un plan génial, persuade le vieux truand de se joindre à lui pour vider les caisses d'un ancien chef de la police de Pinochet. Tous deux veulent protéger Victoria, une lycéenne qu'ils ont rencontrée. Fragile et inquiète depuis que son père a été assassiné pendant la dictature, elle rêve de devenir danseuse étoile... Destins croisés d'un célèbre vétéran de la cambriole, d'un voleur qui a soif de vengeance et d'une future ballerine dans le Chili d'après Pinochet, ce magnifique roman est tour à tour poignant, drôle, violent. Une critique sociale, certes, mais surtout une très belle histoire d'amour et d'amitié.
Egalement disponible en coll. Livre de Poche (LGF,2008)
00:01 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature: roman; livres |
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21.07.2011
Thomas Eloy Martinez
Thomas Eloy Martinez, Le chanteur de Tango (Gallimard, 2006)
On dit qu'il ne chante plus que dans quelques cabarets malfamés du port. On dit aussi qu'il est très malade mais qu'il chante parfois dans un vieux bar du centre-ville. Certains affirment qu'ils l'ont entendu chanter dans un square de Palerme, l'ancien quartier italien, et d'autres vont jusqu'à dire qu'il se produit inopinément sur les marchés populaires des faubourgs. Bruno Cadogan regarde perplexe la carte de Buenos Aires et essaie de déceler la logique qui commande les dernières apparitions de Julio Martel. Car ce légendaire chanteur de tango à la voix obscure et envoûtante, l'homme qui n'a jamais voulu enregistrer de disques, est bien plus qu'un mythe urbain. Martel est un artiste accompli qui ne laisse rien au hasard et qui dessine par sa présence - et son absence - une autre carte de la ville, les traits d'une énigme. Volontaire, résolu, le jeune Américain est prêt à tout pour le rencontrer et pour l'entendre chanter ces étranges morceaux dont il est le seul à connaître les paroles et le sens. Mais sa quête va le conduire là où il ne l'attend pas : au cœur même de l'insurrection populaire de 2001 qui fait chuter les présidents les uns après les autres. Bruno Cadogan se trouve ainsi emporté par le tourbillon de l'histoire dans un Buenos Aires rebelle et assoiffé de justice où la voix de Julio Martel est devenue l'un des symboles de l'espoir.
Parti à la recherche de ce mythique chanteur de tango, notre jeune américain découvre Buenos Aires, sa magie, sa littérature, mais aussi sa part d'ombre - le temps des colonels, l’immigration clandestine - avec ses destins rattrapés par l’histoire contemporaine. Une heureuse découverte.
Egalement disponible en coll. Folio (Gallimard, 2007)
02:54 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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05.07.2011
Ernesto Sabato
Ernesto Sabato, Héros et tombes (Coll. Points/Seuil 1996)
Alejandra embrase l'esprit, le coeur et le corps de Martin. Elle a pour ancêtres des héros de la révolution et des fous. Il est le fils d'une prostituée et d'un artiste raté. Leur amour sera fulgurant, leur destinée cruelle. A travers eux, c'est toute une vision de l'Argentine et de son histoire qui surgit: sa démesure, ses fantômes et son improbable salut... Paru autrefois sous le titre de Alejandra, ce roman est sans nul doute l’un des plus importants de la littérature argentine et mêle tous les genres : L’histoire d’un amour déchirant et éternel, la quête d’identité d’un pays, la révélation du Mal qui attire et détruit. Sa modernité n’a pas pris une seule ride et sa thématique demeure universelle. Un livre qu’on ne peut abandonner qu’à la dernière page, à regret ! Un de mes livres préférés...
06:14 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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19.06.2011
La citation du jour
Hector Bianciotti
Un livre ne s'adresse pas aux vivants, encore moins aux générations à venir; il veut consoler les morts, leur rendre justice, leur accorder une dignité, parachever leur vie - la foule des morts qui dévale de partout, nous entoure, se presse, et parfois entre en nous, nous remplissant d'un bavardage qui cherche les mots justes et une cadence pour qu'enfin l'on entende ce qu'ils avaient à nous dire. Ecrire, c'est suivre leur pas sans trace, leur donner la parole, devenir leur écrivain public. Les morts en ont besoin, qui s'égarent sans fin dans un rêve plus grand que la nuit.
Hector Bianciotti, Sans la miséricorde du Christ (Gallimard, 1983)
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25.03.2011
Le Passe Muraille
Le Passe-Muraille, no 85, mars 2011

En préambule à ce nouveau numéro, Jean-Louis Kuffer nous parle - à propos de la naissance d'une nouvelle collaboration du Passe Muraille avec les éditions d'Autre Part - de nos désirs respectifs de passeurs, ajoutant: cela seul compte en effet, sur fond de saturation et d'empoigne, de gros tirages et de battage: que passent de nouvelles voix à travers le bruit... Telle est bien la vocation de ce journal depuis ses origines, et le sommaire de cette édition, une fois encore je l'espère, ne vous décevra pas sur ce point.
Sommaire du Passe-Muraille no 85, Mars 2011 - "Une nouvelle voix":
p.1
Editorial, "D'autre part, entre passeurs...", par Jean-Louis Kuffer
Inédit, "Le soleil", par Douna Loup
p.3
In memoriam, "Georges Haldas: La cotte des mots de Georges", par Georges Nivat
In memoriam, "Georges Haldas a rendu son passeport", par Serge Molla
p.4
In memoriam, "Georges Haldas: l'état de poésie ou la relation plénière", par Matthias Tschabold
p.5
Philip Roth, "L'effet papillon", par Matthieu Ruf
Andrés Barba, "Une force convulsive", par Claude Amstutz
p.6
Michel Layaz, "Vers la légèreté", par Pierre-Yves Lador
Nicolas Bouvier et Thierry Vernet, "Le fétiche de l'amitié", par Sébastien Meyer
p.7
Etienne Barilier, "La grâce, le vice et la vertu", par Pierre-Yves Lador
Jean-Yves Dubath, "Une épopée intimiste", par Jean-Louis Kuffer
Alain Bagnoud, "Bohème de province", par Jean-Louis Kuffer
p.8
Frédéric Jaccaud, "Plongée dans l'abîme", par Jean-François Thomas
In memoriam, "Anne-Lise Grobéty: dernier silence d'une musicienne", par Bruno Pellegrino
p.9
Poèmes inédits, "Horlogerie minutieuse de la mémoire", par Hughes Richard
p.10
Jean-Pierre Guéno, "L'âme des lettres", par Claire Julier
Xavier Mauméjean, "Magicien de l'uchronie", par Jean-François Thomas
p.11
Mathias Zschokke, "Un candide alémanique", par Jean-Louis Kuffer
Philippe Muray, "La prétention au bonheur", par Antonin Moeri
p.12
Jean-Louis Kuffer, "Comme un nouveau souffle", par Antonin Moeri
Pour s'abonner et communiquer: http://www.revuelepassemuraille.ch/
00:01 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Andrés Barba, Jean-Louis Kuffer, Le Passe Muraille, Littérature étrangère, Littérature francophone, Littérature sud-américaine, Littérature suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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17.01.2011
Elsa Osorio
Elsa Osorio, Tango (Métailié, 2007)
L'histoire d'une ville et d'une musique à travers la saga de deux familles socialement opposées. A Paris, au Latina, Luis invite Ana à danser le tango. Elle est française et elle aime la danse autant qu'elle déteste la patrie de ses parents, l'Argentine. Il est argentin de passage à Paris pour tenter d'échapper à une crise économique et psychologique. Un projet de film sur le tango va les réunir...
Amours, joies et peines, sur fond de rivalités sociales, peuplent ce roman dont le tango, emblème poétique et politique, est le cœur. Beaucoup de charme émane de ce récit dont on prend plaisir à découvrir la destinée des nombreux protagonistes, chaleureux, parfois extrêmes, mais toujours passionnés. Une myriade de personnages, de désirs et de sentiments qui rappellent furieusement… le tango !
Egalement disponible en coll. Points (Seuil, 2008)
14:07 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature: roman; livresé |
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03.01.2011
Julio Cortazar
Julio Cortazar, Marelle (Coll. Imaginaire/Gallimard, 1979)
Marelle est une sorte de capitale, un de ces livres du XXe siècle auquel on retourne plus étonné encore que d'y être allé, comme à Venise. Ses personnages entre ciel et terre, exposés aux résonances des marées, ne labourent ni ne sèment ni ne vendangent : ils voyagent pour découvrir les extrémités du monde et ce monde étant notre vie c'est autour de nous qu'ils naviguent... (Florence Delay)
L’originalité de ce roman tient à sa construction littéraire. Il peut être lu de la première à la dernière page, ou alors selon un ordre suggéré par l’auteur à la page 7 : Une spirale sans fin... Méditation sur le temps, la vie, l’amour et le Paris des années 50, ce roman hantera longtemps votre mémoire, de même que son personnage central, Sybille, sublime !
07:44 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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03.12.2010
Ana Clavel
Ana Clavel: Les violettes sont les fleurs du désir (Métailié 2009)
Juliàn éprouve un désir incontrôlable pour sa fille Violeta, mêlant ses rêves, ses silences ou ses besoins de séduction à une réalité insupportable. Alors, afin de ne pas céder à la transgression, il invente une variante de poupées adolescentes, les Violettes. Créées à l’image du modèle, elles connaîtront, lors d’une foire commerciale à Amsterdam, une immense popularité auprès de ceux qui éprouvent les mêmes pulsions que lui … Aux frontières de la philosophie et de l’art – les méditations sur La poupée de Hans Bellmer – ce récit allégorique, érudit, cruel, met à nu les obsessions inquiétantes des hommes, confrontées à l’obscure Confrérie de la lumière éternelle, dont le souci purificateur s’avère aussi fou que les fantasmes de son héros.
Avec ce premier roman singulier, Ana Clavel a obtenu le prestigieux Prix Juan Rulfo en 2005.
publié dans Le Passe Muraille no 80 - décembre 2009
06:09 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Le Passe Muraille, Littérature étrangère, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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27.09.2010
Thomas Sanchez
Thomas Sanchez, Le jour des abeilles (Gallimard, 2001)
Thomas Sanchez s’était fait remarquer il y a plusieurs années par Boulevard des trahisons et plus récemment avec King Bongo, deux romans qui peuvent figurer dans une bibliothèque de polars, même si leur caractère politique ou sociologique les intègre dans un champ beaucoup plus vaste. Avec Le jour des abeilles, il signe son chef d’œuvre avec une romance apparemment banale, sur fond de Seconde Guerre mondiale. Un Américain, professeur d'histoire de l'art, se rend en Europe afin de découvrir pourquoi un célèbre peintre espagnol a abandonné en Provence, pendant la Seconde Guerre mondiale, cette belle Française qui n'était autre que sa muse. La réalité – trompeuse – met en lumière un amour absolu, caché au nom des événements qui le contrarient et dont rien ne parvient à défaire les liens. Deux personnages bouleversants pour une histoire conduite avec beaucoup de pudeur et de sentiments, à la manière d’une enquête policière. Une révélation et... l'un de mes romans préférés!
Egalement disponible en coll. Folio (Gallimard, 2002)
06:20 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature: roman; livres |
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05.09.2010
Hernan Ronsino
Hernan Ronsino, Dernier train pour Buenos Aires (Liana Levi, 2010)
D’abord il y a un salon de coiffure. C’est de là que Vicente, le taciturne, observe. Il observe les ouvriers qui démontent les rails. Des rails qui ne conduiront plus à ce bourg perdu, loin de Buenos Aires. Des rails qui laisseront une balafre dans la terre comme dans les têtes. Ensuite il y a le Don Pedrín, ce bistrot où l’on commente. On commente le film projeté dans l’unique cinéma, et le passé… Pourquoi la Negra a-t-elle pris un jour le train pour Buenos Aires et n’est jamais revenue? Elle avait des jambes sublimes, la Negra Miranda, de quoi faire tourner la tête des jeunes hommes, de quoi rendre fou de jalousie un mari policier… À soi-même ou à d’autres, chacun dit ce qu’il sait, les souvenirs estompés, l’abandon, la vengeance. Et c’est seulement à la dernière ligne que tout prend sens.
En quatre lieux – l’usine, le chemin de fer, le salon de coiffure, le cinéma – dans la périphérie de Buenos Aires, résonnent les voix de la mémoire fragmentée de quatre personnages – en 1973, 1984, 1966 et 1959 – qui, sur fond de châtiment, de trahison, de mort, reconstituent 50 ans de l’histoire collective argentine. Captivant sans verser dans le mélodrame, ce court roman adopte un style volontairement sec, concis, pour décrire un monde hanté par ses fantômes et qui se désagrège face au progrès. Un récit subtilement construit, à la manière d'un puzzle, dont la tension demeure constante jusqu'au dernier mot, chacun des protagonistes ne maîtrisant qu'une part de vérité ou de mémoire - dont Miranda est le centre de gravité - qui ne prend un relief, une signification que par les confidences anecdotiques des uns et des autres. Réunies, elles constituent un regard historique sur les événements. La petite histoire rejoint enfin la grande...
Une voix nouvelle, originale et fascinante, à ranger auprès de Norma Huidobro - Le lieu perdu, paru en 2009 chez le même éditeur - qui, sur un autre registre, signe le renouvellement d'une littérature argentine révélatrice de si grands écrivains par le passé.
Hernán Ronsino est né en 1975 à Chivilcoy, quelques mois avant le coup d’État. Sociologue, il enseigne aujourd’hui à l’Université de Buenos Aires. Il est l’auteur de nouvelles et d’un premier roman remarqué: La Descomposición.
07:14 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature: roman; livres |
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02.08.2010
Alejandra Pizarnik 1b
Bloc-Notes, 1er août / Les Saules

Voici quelques extraits des oeuvres poétiques de Alejandra Pizarnik:
Le vent meurt dans ma blessure. La nuit mendie mon sang. (Les aventures perdues)
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Elle saute, chemise en flammes d'étoile en étoile, d'ombre en ombre. Elle meurt de mort lointaine l'amoureuse du vent. (L'arbre de Diane)
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Finies les douces métamorphoses d'une enfant toute de soie, somnambule à présent sur la corniche de brouillard. Son réveil de main qui respire de fleur que le vent fait éclore. (L'arbre de Diane)
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Vis, ma vie, laisse-toi choir, laisse-toi endolorir, ma vie, laisse-toi prendre au noeud du feu, du silence ingénu, des pierres vertes dans la maison de la nuit, laisse-toi choir et endolorir, ma vie. (L'arbre de Diane)
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Si moi j'ose regarder et dire, c'est par son ombre unie, si douce à mon nom là-bas, loin, dans la pluie, dans ma mémoire, par son visage qui brûle dans mon poème, et répand magiquement un parfum de visage aimé disparu. (Les travaux et les nuits)
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J'étais la source de la discordance, la maîtresse de la dissonance, la petite fille de l'âpre contrepoint. Je m'ouvrais et je me fermais dans un rythme animal très pur. (Poèmes inédits)
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Quelqu'un dans le jardin retarde le passage du temps. (Textes de l'ombre)
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Ne plus désirer vivre sans savoir ce qui vit à ma place, ni écrire, puisque pour me blesser, la vie prend des formes si étranges. (Textes de l'ombre)
Alejandra Pizarnik, Oeuvre poétique / traduit par Sylvie Baron Supervielle et Claude Gouffon (Actes Sud, 2005)
00:18 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Bloc-Notes, Littérature étrangère, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature; poésie; livres |
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01.08.2010
Alejandra Pizarnik 1a
Bloc-Notes, 1er août / Les Saules

Oeuvre singulière - semblable à un écrin noir et lumineux à la fois - que celle de la poétesse argentine Alejandra Pizarnik, dont les textes nous sont parvenus grâce à l'intuition et au courage d'éditeurs tels Granit, Actes Sud et José Corti.
Née à Buenos Aires le 29 avril 1936 au sein d'une famille d'immigrants juifs d'Europe Centrale, très tôt, elle perd son père alors que sa mère sombre dans une profonde dépression. Admise en 1954 à la faculté de philosophie, elle abandonne bien vite ce cursus pour se tourner vers la littérature, sa voie véritable. Elle publie ses premiers poèmes à vingt ans à peine, traduit Hölderlin, Michaux, Bonnefoy et Aimé Césaire. Entre 1960 et 1964, elle séjourne à Paris, participe à l'activité culturelle parisienne, rencontre de nombreux écrivains et se lie d'amitié avec - entre autres - André Pieyre de Mandiargues, Julio Cortazar et Octavio Paz. Elle rentre ensuite en Argentine et publie, dans les années suivantes, ses ouvrages les plus importants. Elle obtient la bourse Guggenheim, effectue un séjour bref à New York et - une nouvelle fois - à Paris. Après deux tentatives de suicide en 1970 et 1972, elle se donne la mort le 25 septembre 1972, à l'âge de 36 ans, après avoir passé les cinq derniers mois de sa vie dans un hôpital psychiatrique de Buenos Aires. Dans son Journal, dix ans plus tôt, elle avait noté: Ne pas oublier de me suicider, répondant à cette phrase d'Antonin Artaud accrochée au-dessus de son bureau: Il fallait d'abord avoir envie de vivre...
C'est à Sylvie Baron Supervielle, traductrice de la plupart de ses poèmes, que revient le plus grand mérite d'avoir révélé Alejandra Pizarnik au grand public, en France. Son Oeuvre poétique disponible aux éditions Actes Sud, reprend La dernière innocence, Les aventures perdues, L'arbre de Diane, Les travaux et les nuits, L'enfer musical, Les textes de l'ombre et autres fragments inédits.
Il faut y ajouter aujourd'hui les Journaux 1959-1971, dans la collection Ibériques, chez José Corti, où sa voix cherche dans l'écriture un sens à sa souffrance, à sa solitude intérieure, au sentiment d'abandon qui l'habite et l'entraîne dans un élan de désespoir, de morbidité ou de destruction. Mystique à sa manière, elle ne parviendra pas à réconcilier ces extrêmes convergeant vers une douleur tangible et pourtant si étrangère à elle-même: Fatigue, fatigue, comme une longue caravane...
Hâtez-vous de lire Alejandra Pizarnik. Dans son sillage, vous y croiserez peut-être vos propres fantômes, nus et à découvert...
Alejandra Pizarnik, Oeuvre poétique / traduit par Sylvie Baron Supervielle et Claude Gouffon (Actes Sud, 2005)
Alejandra Pizarnik, Journaux 1959-1971 / traduit par Anne Picard (José Corti, 2010)
23:39 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Bloc-Notes, Littérature étrangère, Littérature sud-américaine, Yves Bonnefoy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; essai; poésie; livres |
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20.02.2010
Carlos Liscano
Bloc-Notes, 20 février / Les Saules

Carlos Liscano ne figure pas parmi les auteurs sud-américains les plus connus et c’est bien dommage, car cet écrivain uruguayen qui a connu treize années de captivité à la suite de son arrestation à Montevideo par le régime militaire en 1972, doit à sa réclusion une immersion dans la littérature qui lui confère un style tout à fait unique, quelque part entre Louis-Ferdinand Céline et Dino Buzzati : Romans, nouvelles, récits, poésie et théâtre.
En France ont paru La route d’Ithaque en 2005 (Belfond et coll. 10/18), Le rapporteur et autres nouvelles en 2005 (coll. 10/18) Le fourgon des fous en 2006 (Belfond et coll. 10/18), L’impunité des bourreaux en 2007 (Bourin) et son chef d’œuvre à ce jour, Souvenirs de la guerre récente en 2007 (Belfond et coll. 10/18).
Il nous revient aujourd’hui avec un essai, L’écrivain et l’autre. Dans ce dernier, en proie à la paralysie de la plume, à l’impossibilité de donner corps à un nouveau roman, Carlos Liscano s’interroge sur le métier d’écrivain, son lien à la littérature, de même que son rapport à la liberté, à la vie réelle, à la solitude, à la création.
De l’écriture, il nous dit qu'elle est : Une petite goutte à peine tombée du compte-gouttes. La faire couler, la pousser avec la pointe de la plume. Trouver une forme qui rappelle quelque chose, un visage, une situation. Puis la perdre parce qu’une autre ligne la traverse. Et repartir à la recherche, essayer à nouveau de trouver dans le noir sur le blanc autre chose que le hasard ou l’ennui.
Plus loin, sur le métier, il ajoute : Nous, les petits écrivains, nous savons que nous avons les mêmes inquiétudes et les mêmes souffrances que les grands. Cela ne fera pas de nous des grands, jamais. Mais nous ne pouvons que le reconnaître et continuer.
Même chez nous autres, qui nous essayons - maladroitement la plupart du temps - à la correspondance, aux papiers d’opinion ou aux passions partagées, le miroir qui nous est tendu prête à réfléchir : Ecrire sur l’écrivain et sur la littérature, est-ce de la littérature ? Ce n’est peut-être qu’un prétexte, raconter pour se raconter. Parce que c’est aussi de cette façon qu’on peut prétendre à devenir un autre, qu’on peut prétendre à dire : Je suis là, j’essaie de raconter la seule chose qui ait vraiment du sens, à savoir le combat contre la mort, le désir ardent de tout voir avant de disparaître, de laisser un témoignage de ce que j’ai vu.
L’écrivain et l’autre respire d’une sincérité, d’une recherche, d’une lucidité dont bien des auteurs actuels – francophones, surtout ! – enfermés dans un système d’écriture ou une construction littéraire privée de sens, pourraient s'inspirer, eux qui n’ont bien souvent plus rien à nous dire. Ce qu’on pourrait désigner comme le mensonge en littérature, à soi-même pour commencer, envers le lecteur ensuite...
A Carlos Liscano revient le mot de la fin : Tout récemment, j’ai de nouveau lu par plaisir. Je sens que c’est là que se trouve tout ce dont j’ai besoin pour vivre. Je commence à comprendre pourquoi je ne peux plus écrire : je n’ai plus rien à dire, mais autrefois je pensais que si. Aujourd’hui, je ne le pense même plus.
Un grand monsieur, ne le pensez-vous pas?
Carlos Liscano, L'écrivain et l'autre (Belfond, 2010)
publié dans Le Passe Muraille no 82 - juin 2010
00:06 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Bloc-Notes, Le Passe Muraille, Littérature étrangère, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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