14.01.2012
Morceaux choisis - A.Akhmatova

Anna Akhmatova
N’essaie pas de me faire peurNe me parle pas du destin qui te menaceNi de la tristesse sans fin de ce pays. Voici notre première fêteEt cette fête a nom rupture.Tant pis.Nous n’attendrons pas l’aube.La lune pour nous n’aura pas divagué. Je vais te donner aujourd’huiCe qu’on n’a jamais vu au monde:Mon reflet sur l’eau, vers le soir,Quand le ruisseau n’a pas sommeil;Un regard qui n’a pas aidéL’étoile filante à trouverLe chemin qui ramène au ciel;L’écho de cette voix sans forceQui était fraîche cet été... Pour que tu puisses supporter d’entendreDans les datchas les médisances des corbeaux.Pour que les jours du mois d’octobreTe soient plus doux que la douceur de mai.Mon ange, souviens-toi de moi.Au moins, tant que n’est pas tombéeLa première neige,souviens-toi.Anna Akhmatova, La course du temps - Requiem / Poèmes sans héros et autres poèmes (coll. Poésie/Gallimard, 2007)
00:20 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Anna Akhmatova, Littérature étrangère, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature; poésie |
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30.05.2011
Editions La Dogana, Chêne-Bourg (Suisse)
Collectif: Un visa donné à la parole - Trente ans d'édition (La Dogana, 2011)
Ce n'est pas par le nombre de publications que nous souhaitons nous distinguer, mais par leur qualité et la cohérence des choix. Et pour cette même raison que la poésie demeure à nos yeux - au sein des discours scientifiques, didactiques ou idéologiques dont nous sommes trop souvent devenus la proie - une des rares paroles à la fois légère, durable et nécessaire, nous avons accordé un soin particulier à l'aspect extérieur de nos livres; afin d'aboutir à une sorte de point d'équilibre entre la petite masse de papier, de toile et d'encre et l'énorme densité des oeuvres qui s'y trouvent inscrites.
Ainsi s'exprime Florian Rodari pour célébrer les trente ans de sa maison d'édition. Je ne vais pas vous raconter l'histoire de La Dogana, puisque - dans ces mêmes colonnes - un article lui a déjà été consacré par le passé, de même que plusieurs livres parmi lesquels ceux d'Ossip Mandelstam, Anna Akhmatova et Philippe Jaccottet. Par la critère de recherche sur ce site, vous pouvez les découvrir, les lire ou relire, si le coeur vous en dit. Ce petit cadeau fait à tous les passionnés de poésie est un catalogue illustré de toutes les publications de cet éditeur - 80 titres - entrecoupé par des textes inédits d'Yves Bonnefoy, Pierre-Alain Tâche, Jacques Réda, Philippe Jaccottet, Jean-Pierre Lemaire, Fréderic Wandelère, Alain Madeleine-Perdrillat et Angelika Kirchschlager. De l'autre côté du miroir, une autre résonance conclut ce bel anniversaire, avec Muriel Bonicel: Impressions d'une libraire à Montparnasse.
Florian Rodari peut être fier de son travail d'éditeur passionné, minutieux, insensible au rythme effréné des mondes, comme ces vagues de l'âme unissant une communauté d'artisans qui, refusant toute compromission, en scellent toute la beauté et l'authenticité.
00:01 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Anna Akhmatova, Littérature étrangère, Littérature francophone, Littérature italienne, Littérature suisse, Philippe Jaccottet, Yves Bonnefoy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; poésie; essais; musique classique; livres |
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27.01.2011
Devoir de vacances 2/3
Bloc-Notes, 27 janvier / Les Saules
Ma bibliothèque n'est pas immuable. Une succession de lignes, de traits d'union, de fulgurances, dont le dénominateur commun n'est pas le passé, mais au contraire une superposition de regards sur le monde dont je tire une force souterraine qui me projette dans l'avenir et fait de moi ce que je suis aujourd'hui: un tissu de passions, de métamorphoses, de contradictions.
Pêle-mêle, dans cette caverne d'Ali-Baba aux trésors souvent relégués aux oubliettes, des curiosités telle La Gana de Jean Douassot et Ravages de Violette Leduc voisinent Le monde désert de Pierre-Jean Jouve ou Le vertige d'Alexandre Kalda, témoins d'amours malheureuses. Un peu plus loin, Le journal d'un curé de campagne de Georges Bernanos me rappelle qu'il a failli m'expédier très jeune au séminaire!
Sur mon fauteuil, je réserve un espace pour les livres auxquels je veux - depuis près d'un an - consacrer une notice qui me refuse encore le premier mot: Réelles présences de George Steiner, Comme personne de Hugo Hamilton, Les dents du topographe de Fouad Laroui, Le cortège de la mort d'Elizabeth George. Je note aussi dans ce recensement laborieux, certaines absences, telles les classiques Vaubourdolle ou les classiques Larousse de la première heure - avec lesquels j'ai découvert le théâtre de Jean Racine ou les poèmes d'Alfred de Musset, d'Alphonse de Lamartine, de Victor Hugo - et qui ont disparu lors d'un déménagement. D'autres plus récents manquent à l'appel, parce que les aimant beaucoup, je les ai souvent offerts, jusqu'à mon dernier exemplaire, sans y prendre garde. C'est le cas, par exemple, du roman de Frédérique Deghelt, La grand-mère de Jade ou le recueil d'Yves Bonnefoy, Dans le leurre du seuil.
Dans ma bibliothèque, le fil rouge de tous ces écrits épars demeure, depuis mes premières découvertes - Les fleurs du mal de Charles Baudelaire et Les nourritures terrestres d'André Gide - celui de la poésie qui transcende toutes choses dans la proximité et la distance, appréhende le réel et lui donne un sens dont semble bannie toute cécité. Je revisite, dans ce monde à part qui se dévoile avec parcimonie à l'oreille inattentive, ces discrets messagers que sont Paul Verlaine, Louis Aragon, Philippe Jaccottet, Paul Eluard, Rainer-Maria Rilke, Anna Akhmatova, Ossip Mandelstam et bien d'autres.
Restent enfin, dans ce chaos en mouvement, les auteurs auxquels je voue une tendresse particulière et qu'à coup sûr, j'emporterais dans mes bagages sur une île déserte, tant leur richesse m'est inépuisable: William Shakespeare, Albert Camus, René Char - bien sûr! - et... La Bible. Qui l'eût cru?
Ite missa est...
(à suivre)
00:02 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Albert Camus, Anna Akhmatova, Bloc-Notes, Louis Aragon, Paul Eluard, Philippe Jaccottet, Rainer-Maria Rilke, René Char, William Shakespeare, Yves Bonnefoy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : auteurs; littérature; livres |
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02.01.2011
Anna Akhmatova 1b
Anna Akhmatova
La folie déjà de son aile
Recouvre la moitié de mon âme,
Et l'abreuve d'un vin brûlant
Et l'entraîne dans la sombre vallée.
Et j'ai compris, c'est à elle
Que je dois céder la victoire,
Prêtant l'oreille à mon propre
Délire comme à celui d'un autre.
Et elle ne me laissera
Rien emporter avec moi
(J'aurai beau la supplier,
Et l'accabler de prières):
Ni les yeux terribles de mon fils -
Souffrance devenue pierre, -
Ni le jour de l'orage,
Ni l'heure du revoir en prison,
Ni la fraîcheur aimée des mains
Ni l'ombre inquiète des tilleuls,
Ni ce bruit ténu, lointain -
Paroles d'ultime consolation.
extrait de Requiem, in L'églantier fleurit et autres poèmes (La Dogana, 2010)
10:02 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Anna Akhmatova, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature; poésie |
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Anna Akhmatova 1a
Anna Akhmatova, L'églantier fleurit et autres poèmes (La Dogana, 2010)
Dans la même présentation soignée où ont vu le jour, en édition bilingue, Les élégies de Duino de Rainer-Maria Rilke - traduction: Philippe Jaccottet -, Quarante-sept poèmes d'Emily Dickinson - traduction: Philippe Denis -, Simple promesse d'Ossip Mandelstam - traduction: Philippe Jaccottet, Louis Martinez et Jean-Claude Schneider -, Hyperion de John Keats - traduction: Paul de Roux - et Les solitudes de Gongora - traduction: Philippe Jaccottet -, c'est au tour d'Anna Akhmatova de faire l'objet d'une magnifique anthologie, L'églantier fleurit et autres poèmes.
Traduits par Marion Graf et José-Flore Tappy - avec le texte original en regard - ces poèmes rendent hommage à l'un des plus grands auteurs russes du siècle dernier. Anna Akhmatova, elle-même traductrice de Victor Hugo, de Rabindranath Tagore et de Giacomo Leopardi, dans un style à la fois empreint d'un lyrisme inoubliable et d'une concision impressionnante. Amie d'Ossip Mandelstam, d'Amedeo Modigliani, de Joseph Brodsky, son oeuvre toute entière est un cri d'amour et de douleur dont Le requiem et Poème sans héros - traduction: Jean-Louis Backès, coll. Poésie/Gallimard - sont un témoignage bouleversant sur les horreurs du stalinisme.
Au poète Robert Frost qui lui rend visite dans sa datcha en 1962, elle écrit : J'ai tout eu: la pauvreté, les voies vers les prisons, la peur, les poèmes seulement retenus par cœur, et les poèmes brûlés. Et l'humiliation, et la peine. Et vous ne savez rien à ce sujet et ne pourriez pas le comprendre si je vous le racontais....
Elle s'éteint en 1966, à l'âge de 77 ans, et son oeuvre intégrale n'est publiée que vingt ans plus tard, à Moscou...
sources: http://fr.wikipedia.org/wiki/Anna_Akhmatova
10:01 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Anna Akhmatova, Littérature étrangère, Philippe Jaccottet, Rainer-Maria Rilke | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; poésie; livres |
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11.10.2010
Clémence Boulouque
Clémence Boulouque, Nuit ouverte (Flammarion, 2007)
Connaissez-vous l’histoire de Régina Jonas, première femme rabbin ordonnée à Berlin en 1935, déportée et assassinée à Auschwitz en décembre 1944 ? Non ? Alors lisez vite ce très beau roman qui prête la voix à cette disparue et nous dévoile en contrepoint, le parcours ambigu de la famille d’Elise Lermont, la narratrice, de Champagne à Paris sous l’Occupation. Outre un tableau de la pensée juive de cette époque émaillé de citations jamais pesantes – Benjamin, Rilke, Celan, Mandelstam ou Akhmatova - ce récit nous révèle le comportement des entreprises champenoises pendant la guerre et l’interrogation de son héroïne, bien au-delà de ce contexte historique précis, nous interpelle tous : Comment accepter les siens, ni plus lâches ou désinvoltes que d’autres, se réconcilier avec eux dans le souvenir et le pardon ? Aux liens de notre sang qui parfois nous écrasent par le poids de la culpabilité filiale, ceux de notre choix – pour Elise, il s’agit de Régina Jonas - peuvent-ils nous délivrer de la honte, nous propulser dans l’avenir avec force et nous épanouir, malgré les blessures irréparables du temps ?
08:10 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Anna Akhmatova, Clémence Boulouque, Littérature francophone, Rainer-Maria Rilke | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature; récit; livres |
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21.06.2010
Le questionnaire Marcel Proust - 2/3

suite...
Mes auteurs favoris en prose?
William Shakespeare (d'accord, c'est du théâtre, mais...), H.B. Stendhal, Emily Brontë, Thomas Hardy, Albert Camus, François Mauriac, puis Bernard de Clairvaux, Thérèse d'Avila, Fiodor Dostoievski, Alexandre Dumas, Louis-Ferdinand Céline, Jean Giono, André Malraux, George Steiner, Leonardo Sciascia, Primo Levi, Vincenzo Consolo, Erri de Luca, Guido Ceronetti, Thomas Bernhard, Antonio Munoz Molina et j'en oublie...
Mes poètes préférés?
Charles Baudelaire, Paul Verlaine, Giacomo Leopardi, René Char, Philippe Jaccottet, Maurice Chappaz, Paul Eluard, Louis Aragon, Henri Michaux, Rainer-Maria Rilke, Ossip Mandelstam, Anna Akhmatova, Fernando Pessoa, Mahmoud Darwich, J.K.B. von Eichendorff, Emily Dickinson, les auteurs de la Bible.
Mes héros dans la fiction?
Heatcliff ("Les hauts de Hurlevent"), Edmond Dantès ("Le comte de Monte Cristo"), Prospero (La tempête).
Mes héroïnes favorites dans la fiction?
Cathy ("Les hauts de Hurlevent"), Tatiana ("Le songe d'une nuit d'été"), puis la Tosca et Carmen.
Mes compositeurs préférés?
Wolfgang-Amadeus Mozart, Franz Liszt, Jean-Sébastien Bach, Franz Schubert, Gustav Mahler, Ludwig van Beethoven, Frédéric Chopin, John Coltrane et (pour la chanson...) Barbara.
07:55 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Albert Camus, Anna Akhmatova, Antonio Munoz Molina, Erri de Luca, François Mauriac, Guido Ceronetti, H.B. dit Stendhal, Le questionnaire Marcel Proust, Louis Aragon, Louis-Ferdinand Céline, Mahmoud Darwich, Maurice Chappaz, Paul Eluard, Philippe Jaccottet, Rainer-Maria Rilke, René Char, William Shakespeare | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : autobiographie |
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14.06.2010
Philippe Jaccottet
Philippe Jaccottet, D'autres astres, plus loin, épars - Poètes européens du XXe siècle (La Dogana, 2005)
Comme dans Une constellation tout près - consacrée aux poètes d'expression française, chez le même éditeur - Philippe Jaccottet nous invite à prendre notre bâton de pèlerin pour le suivre au pays des poètes. Il y a, bien sûr, les incontournables, tels Rilke, Machado, Lorca, Celan, Pessoa, Mandelstam, Akhmatova ou Tsvetaeva, mais dont les textes, choisis avec soin, sont souvent méconnus. Il en est d'autres, rarement évoqués: par exemple Blok, Raine, Trakl, Penna pour n'en citer que quelques-uns. Aussi bel objet que le précédent recueil cité, cette anthologie deviendra bien vite votre livre de chevet, ainsi qu'une fenêtre ouverte sur le monde...
20:58 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Anna Akhmatova, Littérature francophone, Littérature suisse, Philippe Jaccottet, Rainer-Maria Rilke | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature; poésie; livres |
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02.05.2010
Ossip Mandelstam
Ossip Mandelstam, Nouveaux poèmes 1930-1934 (Allia, 2010)
D'Ossip Mandelstam, poète russe contemporain d'Anna Akhmatova et de Marina Tsvetaïeva, on connaît surtout son texte le plus célèbre, Le bruit du temps (coll. Titres/Bourgois) et Le voyage en Arménie (Mercure de France). Il faut y ajouter la magnifique anthologie Simple promesse (La Dogana). Le présent recueil reprend des poèmes écrits avant sa terrible fin de vie: Arrêté une première fois en 1934 pour ses critiques contre Staline, il est condamné à cinq ans de travaux forcés en 1938 pour des activités jugées contre-révolutionnaires avant de mourir d'humiliations et de mauvais traitements près de la Kolyma en cette même année, son corps jeté dans une fosse commune.
Entre autres élégies de la langue allemande, de la poésie russe, de l'âme arménienne, on peut découvrir ces vers poignants: A tes frêles épaules sous les coups de rougir, sous les coups de rougir, sous le gel de brûler. A tes mains enfantines de soulever les fers, de soulever les fers et tresser les cordages. A tes tendres pieds nus d'aller nus sur le verre, d'aller nus sur le verre et le sable sanglant. Mais à moi en ton nom, cierge noir de brûler, cierge noir de brûler, et ne pouvoir prier.
07:51 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Anna Akhmatova, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; poésie; livres |
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