05.02.2012
Vous avez dit 2 euros ?
Bloc-Notes, 5 février / Les Saules

Si je ne fais erreur, c'est en 2006 que les éditions Gallimard lancent la collection Folio 2 euros, qui, comme vous le constatez, aborde à prix tout à fait raisonnable les grands noms de la littérature ou de la philosophie de tous les temps, de tous les horizons: de Lucrèce à Renée Vivien, de Miguel de Unanumo à Ian McEwan, de Lao-Tseu à Mario Soldati. 330 titres parus à ce jour, pour la plupart des nouvelles ou extraits d'oeuvres plus importantes, parfois difficiles d'accès dans une autre version.
Les anthologies, au nombre d'une quinzaine environ, jouissent d'une succès mérité. Parmi elles Que je vous aime, que je t'aime! consacré aux plus belles déclarations d'amour. Vous pouvez y retrouver, entre autres, celles d'Ovide, de Madeleine de Scudéry, de William Shakespeare, ou d'Emily Brontë. Dans 1, 2, 3... bonheur! c'est le bonheur en littérature qui est célébré, sous la plume de J.M.G. Le Clézio, André Gide, Oscar Wilde ou Guy de Maupassant. Enfin, Leurs yeux se rencontrèrent nous immerge dans les plus belles premières rencontres en littérature: Guillaume de Lorris, Ernest Hemingway, Louis Aragon ou Alessandro Baricco sont invités dans ce recueil par ailleurs consacré à bien d'autres auteurs.
Parmi les publications récentes, citons L'art du baiser dans la littérature, recueil où figurent Louise Labé, Violette Leduc, Arundhati Roy, David Foenkinos ou encore Pablo Neruda, avec ces vers immortels: Ce qu'il t'en aura coûté de t'habituer à moi, à mon âme esseulée et sauvage, à mon nom que tous chassent. Tant de fois nous avons vu s'embraser l'étoile du Berger en nous baisant les yeux et sur nos têtes se détordre les crépuscules en éventails tournants. Mes paroles ont plu sur toi en te caressant.
Sur un tout autre registre, Ne nous fâchons pas! nous entraîne à l'art de se disputer au théâtre, en compagnie de Molière, Beaumarchais, Alfred de Musset, Edmond Rostand, Georges Feydeau et Eugène Ionesco. Un régal! Pour terminer, Au pied du sapin nous plonge dans les contes de Noël. Cette anthologie est probablement l'une des plus originales, car outre les textes les plus célèbres, on prend plaisir à lire, sur ce thème, Jean Giono, Théophile Gautier, Luigi Pirandello, Fédor Dostoievski ou Alphonse Allais.
Ces Folio à 2 euros, dont la variété des titres est impressionnante, seront la compagnie idéale des voyageurs en transport public, en train et - quand le printemps puis l'été seront des nôtres - à bouquiner sur un banc, au bord d'un lac ou d'une rivière, comme la jeune fille de la photographie...
Collection Folio 2 euros (Gallimard)
image: Les humeurs de Bernard, Comment faire une pause?
(http://les-humeursdebernard.over-blog.com/article-comment-faire-une-pause-72371682.html)
19:34 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Bloc-Notes, Littérature espagnole, Littérature étrangère, Littérature francophone, Littérature italienne, Louis Aragon, William Shakespeare | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; nouvelles; poésie; correspondance; livres |
|
Facebook |
06.06.2011
Le Passe Muraille
Le Passe Muraille, no 86, juin 2011

Dans son éditorial, Jean-Louis Kuffer cite Friedrich Hölderlin, qui disait que les poètes seuls donnent à ce qui dure une assise éternelle, ce qu'on se répète à la lecture de certains auteurs dont l'engagement, dans la vie de la Cité, ne se borne pas qu'à des postures visant à se faire bien voir. Tel Guido Ceronetti auquel est fait la part belle dans ce nouveau numéro. Le Passe Muraille, dans cette célébration, demeure ainsi fidèle à sa vocation de passeur, au propre comme au figuré.
Sommaire du Passe-Muraille no 86, Juin 2011 - "Guido Ceronetti ou le désespoir tonique":
p.1
Editorial, "Le poète dans la Cité", par Jean-Louis Kuffer
Guido Ceronetti, "Entre ombre et lumière", par Anne-Marie Jaton
p.3
Guido Ceronetti, "Un poète de la blessure de vivre", par Fabio Ciaralli
Guido Ceronetti, "A travers la vie et les oeuvres du Maestro", par Jean-Louis Kuffer
p.4
Guido Ceronetti, "Une visite au Maestro", par Jean-Louis Kuffer
p.5
Blaise Cendrars, "Une bibliothèque fantôme", par René Zahnd
p.6
Bruno Pellegrino, "Une bone nouvelle", par Jean-Louis Kuffer
Dany Laferrière, "La minute où tout bougea", par Claude Amstutz
p.7
Corinne Desarzens, "Un exorcisme poétique", par Pascal Ferret
Jean-François Schwab, "Scènes de la vie des gens", par Jean-Louis Kuffer
p.8
Inédit, "Aux éboulis du Temps", par Philippe di Maria
p.9
Erri de Luca, "La leçon du papillon", par Claude Amstutz
Claire Keegan, "De la vie, poisons et contrepoisons", par Claire Julier
p.10
L'épistole, "Lettre de Bethléem", par Pascal Janovjak
Rosa Montero, "Si belle et si sombre", par Claude Amstutz
Chronique, "L'amour résurrection", par Frédéric Rauss
p.11
Carnet nomade, "L'oeil du crocodile", par René Zahnd
Raphaël Enthoven, "Rayonnante sagesse", par Claude Amstutz
p.12
Inédit, "Hubert le baron", par Pascal Rebetez
20:30 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Erri de Luca, Guido Ceronetti, Jean-Louis Kuffer, Le Passe Muraille, Littérature espagnole, Littérature étrangère, Littérature francophone, Littérature italienne, Littérature suisse, Rosa Montero | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
05.06.2011
La citation du jour
Rosa Montero

L'amour n'est rien d'autre que la nécessité pressante de se sentir avec un autre, de se penser avec un autre, de cesser de subir l'insupportable solitude de celui qui se sait vivant et condamné. Et donc, nous cherchons dans l'autre non pas qui est l'autre, mais une simple excuse pour imaginer que nous avons rencontré une âme soeur, un coeur capable de palpiter dans le silence assourdissant qui se trouve entre les battements du nôtre, pendant que nous courons à travers la vie ou que la vie court à travers nous jusqu'à nous achever.
Rosa Montero, Belle et sombre (Métailié, 2011)
08:35 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans La citation du jour, Littérature espagnole, Rosa Montero | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : citations; livres |
|
Facebook |
08.05.2011
Rosa Montero
Bloc-Notes, 8 mai / Les Saules

Si vous aimez qu'on vous raconte des histoires où la magie, le rêve et la lumière crue de la réalité se fondent en un ballet aux desseins imprévisibles, lisez vite le dernier roman de Rosa Montero qui, comme dans Instructions pour sauver le monde - déjà commenté dans ces colonnes - déploie ses talents de conteuse incomparable, dans un foisonnement de vie extrêmement attachant.
Dans Belle et sombre, Baba évoque pour nous le monde de l'enfance d'une toute jeune fille retirée de l'orphelinat qui aboutit dans un quartier marginal au sein d'une famille de saltimbanques. Elle grandit ainsi, sous la protection de Dona Barbara la grand-mère, une femme de caractère; d'Amanda, sa tante et de son mari au mauvais oeil Segundo; de Chico son cousin, témoin silencieux et d'Airelai, la naine partagée entre son imagination fertile et sa magie; enfin de Maximo, ce père absent, admiré de tous, dont Baba est persuadée qu'un jour, il reviendra la chercher.
Ce récit allégorique s'ouvre sur la confidence de Dona Barbara faite à Baba qui imprègne toute l'ambiance du livre: Quand je suis née, le monde a commencé. (...) Il va finir, mais toi, tu inventeras un monde nouveau. Même si le décor est souvent menaçant ou sordide, Baba saura le nourrir de mille rêves et senteurs, avec l'aide d'Airelai - le personnage le plus émouvant de Belle et sombre -, ses malles, ses accessoires de magie, ses robes brodées d'étincelles de lumière, ses aventures extraordinaires: Nous sommes capables de nous raconter, et même de nous inventer notre propre existence. (...) La première chose que tu dois savoir c'est que, quand quelqu'un s'est gagné un destin et s'est attiré une infortune, la seule façon de l'éviter, c'est de la remplacer par une autre sorte de malheur. C'est-à-dire qu'il faudra choisir entre la grâce et la douleur. (...) J'ai finalement choisi, et j'ai préféré la grâce. Parce que je préfère la connaissance, même avec les malheurs, à un bonheur stupide et sans conscience.
La barbarie des hommes, sourde et omniprésente dans toutes les histoires d'Airelai, nous vaut quelques pages inoubliables: J'ai été témoin d'horreurs au-delà des mots. J'ai vu des boiteux lapidés parce qu'ils étaient boiteux, des noirs brûlés vifs parce qu'ils étaient noirs, des vieillards affamés par leurs enfants, des filles violées par leurs propres pères. J'ai vu égorger pour un paquet de cigarettes et éventrer au nom de Dieu. Il y a des gens qui se délectent de cet enfer et je les connais bien, parce que je me suis souvent vue obligée de cohabiter avec eux. (...) Mais moi je possède la grâce et je suis puissante. C'est pour ça que je leur ai toujours survécu. De toutes les cruautés que j'ai connues, la plus répandue est celle de celui qui ignore qu'il est cruel. Les êtres humains sont comme ça: ils détruisent et torturent, mais ils se débrouillent pour se croire innocents.
C'est encore Airelai qui lui livrera, à propos de l'amour, ses confidences en clair-obscur: La passion est une maladie de l'âme qui vous fait irrémédiablement perdre votre liberté. Il n'y a pas de passion sans esclavage, et si vous aimez quelqu'un sans ce sens de la défaite, sans cette dépendance anxieuse de l'être aimé, alors c'est que vous ne l'aimez pas pour de vrai. L'amour est la drogue la plus forte et la plus perverse de la nature. C'est un mal lumineux, qui vous dupe avec ses étincelles de couleur pendant qu'il vous dévore. Mais une fois que vous avez connu la vie fébrile de la passion, vous ne pouvez pas vous résigner à retourner au monde gris de la vie raisonnable.
Dans l'ombre inquiétante du Portugais et de l'homme-requin, dont le rapprochement avec Segundo n'augure rien de bon, Baba grandit, se fortifie sans renoncer à ses rêves. Avec son ami Chico, dans ce monde de la nuit où les taches de sang les plus obscures se mélangent au besoin effréné de gagner sa liberté, Baba cherchera et attendra son père, de même que l'étoile magique prédite par la naine: cette boule de feu aveuglante qui dévorera d'un seul coup toute l'obscurité et préfigurera une vie heureuse.
La douceur et l'horreur sont si proches l'une de l'autre, dans cette vie si belle et si sombre...
Tout simplement magnifique!
Rosa Montero, Belle et sombre (Métailié, 2011)
publié dans Le Passe Muraille no 86 - juin 2011
11:22 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Bloc-Notes, Le Passe Muraille, Littérature espagnole, Rosa Montero | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
|
Facebook |
06.03.2011
Andrés Barba
Bloc-Notes, 6 mars / Les Saules

Andrés Barba - l'auteur de Versions de Teresa, de Et maintenant dansez et de La Ferme Intention, auprès du même éditeur - est âgé de 26 ans à peine, quand il publie La soeur de Katia, un roman tout à fait bouleversant.
Toujours proche des fêlés de la vie, au sens moral autant que physique, il nous raconte, sous le regard d'une adolescente de quatorze ans dont nous ne saurons rien ou presque - pas même son nom - l'histoire de sa famille: un père inconnu, une grand-mère en fin de vie, une mère prostituée, enfin Katia, sa soeur aînée strip-teaseuse dans un club de Madrid et droguée. Le résumé d'un parfait mélodrame, me direz-vous... Or, il n'en est rien, car ainsi que développé dans son plus récent roman Versions de Teresa déjà présenté ici, l'écriture d'Andrés Barba est de celles qui ressemble à une corde tendue à l'extrême, vibrante, simple témoin involontaire de la fragilité de ces existences qui refusent de se briser sur le sol à la manière de funambules qui ont trop vite grandis et osent leurs pirouettes sans filet, juste pour sentir le frémissement de la vie qui les engloutit, les traverse ou les unit. Pas de place pour les apitoiements. Le regard si particulier que l'auteur jette sur ses personnages suggère au contraire une foule de questions gagnant le lecteur par une attention pleine d'empathie aux détails infinis du quotidien.
A l'opposé d'une peinture sociale, ce roman, comme dans un théâtre aux ombres trompeuses, met en lumière un petit monde de gens ordinaires, assoiffés d'amour et en ignorant le prix, baladés au gré de sentiments qui les dépassent, avec ses heurts, ses silences, ses non-dits, ses attentes. Un des passages poignants affecte la soeur de Katia, tombée sous le charme d'un jeune américain, John Turner, qui lui délivre un message porteur de douloureux prémices d'avenir: Dieu t'aime... à elle qui semble n'avoir jamais été aimée, et de ce fiasco, elle sortira grandie, dépourvue de rancune, attendrie, réchauffée: Le printemps était arrivé avec la rapidité inattendue d'une bonne nouvelle qui survient en pleine désolation. Les rues ne tardèrent pas à se remplir de nouveau de touristes aux vêtements gais avec leur appareils photo. C'était agréable de les regarder passer avec leurs chemises d'Italie, leurs chaussures de Hollande, leurs yeux d'Angleterre, si lointains il y a peu et maintenant si proches qu'elle aurait pu les toucher en tendant les bras. Comme leurs parfums étaient incroyables, et leurs sourires, leur façon de s'embrasser en pleine rue, de se dire qu'ils s'aimaient.
Autre temps fort de ce livre, servi par des dialogues percutants, cruels et tendres à la fois: la grand-mère, sujette à des accès de démence, progressivement atteinte de la maladie d'Alzheimer et qui meurt apaisée auprès de sa fille comme ces mouettes d'un endroit d'Angleterre: Elles avaient aussi leurs lois, elles aimaient elles aussi, elles avaient des petits, elles leur cherchaient de la nourriture et, elles aussi, elles mourraient.
Katia quant à elle, révoltée contre la famille en général et sa mère en particulier, traverse la vie avec rage, mais avec drôlerie aussi - telle la description amusante de son numéro de scène avec Mora - ravie de retrouver sa soeur, comme une lueur dans la nuit des moments difficiles: Quand elle se glissa sous les draps, elle sentit la douce chaleur du corps de Katia et se serra contre elle. Le monde reprit forme, statique et simple, quand elle sentit la main de Katia lui caresser le dos. Elle ferma les yeux. Elle aurait aimé crier qu'elle était heureuse.
Même si certains thèmes récurrents plutôt sombres secouent cette délicate leçon d'amour sur fond de solitude - la nudité révélée comme un mensonge à découvert, la religion fabriquant la honte et la culpabilité, le corps voué à une inévitable déchéance au fil du temps - l'approche en demeure chaleureuse et s'ouvre à maintes réconciliations possibles dont la soeur de Katia fait figure de présence consolatrice avec ses mots simples et ses gestes empreints de douceur.
Décidément, Andrés Barba est un auteur qui mérite d'être mieux connu et partagé!
Andrés Barba, La soeur de Katia (Bourgois, 2006)
20:04 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Andrés Barba, Bloc-Notes, Littérature espagnole, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
|
Facebook |
22.02.2011
Andrés Barba
Bloc-Notes, 22 février / Les Saules

Andrés Barba n'est pas le dernier venu sous nos latitudes francophones, puisque trois de ses livres - deux romans et un recueil de nouvelles -, La soeur de Katia (2001), Et maintenant dansez (2004), La Ferme Intention (2002) ont déjà été publiés aux éditions Christian Bourgois. Pourtant, ce jeune prodige des lettres, né en 1975 à Madrid - certainement l'un des écrivains les plus personnels de sa génération - demeure injustement méconnu.
Certains refrains traversent toute son oeuvre, dont l'incommunicabilité entre les êtres, qui détruit dans sa réalité cruelle les uns et déconstruit le château de cartes imaginaire des autres; la force souterraine des émotions entre vide et plein inspirant davantage de crainte que de libération; la maladie enfin, image incontournable de la déchéance physique et préfiguration de la forme humiliante de la mort rejoignant les deux thèmes précédents à laquelle répond en écho une vision plutôt féroce de la religion catholique. Sur le plan romanesque, un personnage central catalyse tout le désir et l'imaginaire des autres, et dans son dernier roman, Versions de Teresa, c'est particulièrement le cas.
De quoi s'agit-il? Du besoin d'amour, de la fascination du désir et de la mise à nu des sentiments. Parlant très peu, enfermée en quelque sorte dans un monde inaccessible à ses proches - sa mère et sa soeur Veronica - Teresa, une adolescente de 14 ans, est de surcroît une handicapée physique. Dans un camp de vacances, elle fait la connaissance de Manuel, un moniteur trentenaire mal dans sa peau qui semble touché par la grâce de cette jeune fille. Quant à Veronica, qui éprouve pour sa petite soeur une tendresse bien réelle - mais concurrente face à sa mère et Manuel - ne ressent-elle pas le besoin de prendre sa revanche, dans cette relation à trois personnages - incapables de s'aimer eux-mêmes - qui dévie vers une transgression obscure et inacceptable? Pour qui?
Ce récit aux relations complexes n'est en aucun cas un roman sur la pédophilie. Presque lyrique et néanmoins concise, épurée de tout artifice, la langue d'Andrés Barba évite toute complaisance et traduit admirablement la peur de l'interdit, les frontières qui s'amenuisent entre la normalité et la différence, l'insatisfaction intime comme réponse à une obsession assouvie dans ce dernier cercle de la douleur et de la culpabilité de Manuel: Je l'ai utilisée - Teresa - comme une caisse de résonance, où mes propres sentiments étaient amplifiés par les siens. Elle n'était que le vide où résonnaient ces sentiments. Et ça, j'en ai honte.
A cette image se superpose en miroir le jugement impitoyable de Veronica: C'est drôle, nu tu es beaucoup plus moche qu'habillé. (...) La chaleur te fait paraître plus vieux, ou plus fatigué, je ne sais pas. Tes pommettes deviennent toutes rouges. On dirait un enfant vieux. Tes bras sont très longs et tu as les jambes trop poilues. Tu es maigre et petit. Habillé, tu as l'air beaucoup plus fort, plus solide, mais nu et fatigué, il n'y a plus aucune vigueur en toi.
L'amour, un cérémonial de l'exhibition, un concert de mensonges - à soi-même -, ou une leçon de choses apprise pour appréhender le réel? N'inventons-nous pas ceux que nous aimons, quand à nos pulsions ne répond que le silence intérieur - ou le vide - de l'autre? Qui donc est le plus faible et le plus vulnérable, quand le désir s'en mêle: le prédateur ou la victime?
De ces interrogations - et de bien d'autres - ce livre tire sa force convulsive, ténébreuse, désenchantée, tel cet oiseau à l'aile cassée - tout près de la fin du roman - dont le vol n'est plus qu'une agonie circulaire...
Andrés Barba, Versions de Teresa (Bourgois, 2011)
publié dans Le Passe Muraille no 85 - mars 2011
00:12 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Andrés Barba, Bloc-Notes, Le Passe Muraille, Littérature espagnole, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
|
Facebook |
07.06.2010
Antonio Munoz Molina
Antonio Munoz Molina, Fenêtres de Manhattan (Seuil, 2005)
Si ce n’est déjà fait, découvrez vite cet incontournable écrivain espagnol, auteur d'une oeuvre extrêmement personnelle, dont Le vent de la lune, En l'absence de Bianca, Séfarade et Pleine Lune! Sa puissance suggestive et la beauté de sa langue sont telles que, même si vous n’êtes pas attiré par le Nouveau Monde, à la fin de ses déambulations empreintes de sensualité, de contrastes saisissants, d’évocations culturelles, son envoûtement contagieux ne vous inspirera qu’une seule envie : Filer à New York et découvrir ses multiples visages, rues, cafés, salles de concerts, théâtres ou librairies !
Egalement disponible en coll. Points (Seuil, 2008)
08:46 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Antonio Munoz Molina, Littérature espagnole, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; essais; livres |
|
Facebook |
26.01.2010
Rosa Montero
Rosa Montero, Instructions pour sauver le monde (Métailié, 2010)
Un rythme endiablé secoue ce livre magnifique qui nous dit l'absurdité, la beauté et la douleur d'une grande ville, la nuit, avec des personnages aux prises avec la solitude, le désespoir, l'indifférence. Autour de Marias - le chauffeur de taxi qui ne se console pas du décès de son épouse - et de Daniel - le médecin conformiste qui s'invente une vie héroïque sur internet avec Second Life - se greffent peu à peu d'autres silhouettes qui vont, dans une atmosphère oppressante et violente qui monte inexorablement au fil du récit, les confronter à eux-mêmes: Que ce soit Cerveau, l'ancienne scientifique alcoolique, Fatma la prostituée, son protecteur Draco et ses redoutables gardes du corps, ou la belle Luzbella serveuse de l'Oasis, sans oublier le mystérieux Rachid. Non dépourvu d'un sens de l'humour qui sauve des mauvais coups de la vie, ce roman dresse un tableau rageur de la médiocrité et de l'intolérance. Un émouvant soleil noir où l'humanité de chacun reflète pourtant, bien mieux que le large spectre des idéologies, un pied de nez possible au destin.
Les éditions Métailié ont déjà publié, du même auteur, Le territoire des barbares (2002), La folle du logis (2004), La fille du cannibale (2006) et Le roi transparent (2008).
publié dans Le Passe Muraille no 81 - mars 2010
10:37 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Le Passe Muraille, Littérature espagnole, Littérature étrangère, Rosa Montero | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature: roman; livres |
|
Facebook |


