30.09.2011

Anne Serre

debutants.jpgAnne Serre, Débutants (Mercure de France, 2011)

La vie réserve parfois des surprises, agréables et douloureuses à la fois, pour Thomas et Anna, impossibles pour Guillaume, le mari de cette dernière depuis vingt ans. Leur couple ne voguait pas à la dérive: leur amour encore à vif, le désir tel un signe visible de leur union heureuse. Pourtant, leur histoire se lézarde, comme une mécanique trop bien huilée ne suscitant plus l'étonnement, la folie: Elle avait toujours cru qu'ils parlaient la même langue. Or, elle commence à comprendre: lorsqu'il dit aimer il veut dire être amoureux, plein de désir et d'émoi. Elle, non. Lorsqu'elle dit aimer elle veut dire englober ou être à l'intérieur de l'autre, le connaître dans presque toutes ses nuances, se sentir pleinement heureux avec lui. 

Un roman léger et délicat sur le coup de foudre, sur le vieillissement et l'amour éprouvé envers deux hommes dont l'un - le malheureux Guillaume - s'excluera de lui-même, muré dans son incompréhension, son entêtement, sa possessivité. Une approche du sentiment amoureux célébré comme une liberté à deux qui préfère la brûlure de l'imprévu à un bonheur trop bien orchestré. Etre jeune dans le regard de l'autre, n'est-ce pas le bien le plus précieux au monde?    

00:02 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres | |  Facebook |

29.09.2011

La citation du jour

Iouri Dombrovski

dombrovski.gif

Une porte de fer, basse et étroite, le mit à la rue. Une rue parfaitement déserte. Mais tout un côté en était occupé par la Grande Maison; des centaines de fenêtres, des rideaux aux fenêtres, et beaucoup de gens derrière les rideaux. Il s'engagea dans une allée de silence et de fraîcheur; parfumée aux aiguilles de pin et au sable surchauffé. Sur les terrains de jeux, le vent balançait des chevaux de bois, dragons aux formes tortillées, pommelés de rouge et de noir. Quelqu'un ronflait sous la tonnelle. O monde de douceur et de paix... Il trouva un banc à l'écart, s'assit, s'appuya au dossier et sentit comme des myriades de moustiques vrombir dans sa tête. Il ne me manquerait plus que de tomber malade! pensa-t-il, et il se perçut soudain mortellement las, pour la vie, peut-être.

Iouri Dombrovski, La faculté de l'inutile (Albin Michel, 1979)

28.09.2011

Le poème de la semaine

Claude Faux

Je marche au pas qui me convient
J'ai tout mon temps On ne m'attend
Plus et plus rien ne me retient
J'ai tout le temps d'user mon temps
 
Je marche au pas qui me convient
Je m'arrête où j'en ai envie
Je dis c'est mal je dis c'est bien
J'ai tout le temps d'user la vie
 
Ne prenez pas vos airs de juges
Ne me faites pas la leçon
Nous avons chacun nos refuges
Chacun pour soi dit la chanson
 
Chacun pour soi Pas de quoi rire
Pas de quoi non plus pleurnicher
Parlez Mais qu'avez-vous à dire
Qui n'ait été cent fois prêché
 
Dans vos bouches les mots ont l'air
De terriblement s'ennuyer
Ils fuient comme pour oublier
Qu'ils ont eu de si mauvais pères
 
Quelques traces de craie dans le ciel,
Anthologie poétique francophone du XXe siècle

27.09.2011

Jean-Pierre Otte

9782260017622.gifLa vie amoureuse des fleurs dont on fait les parfums (Julliard, 2009)

 

Sur les bancs de mon école, j’aurais bien voulu connaître un instituteur qui ressemble à Jean-Pierre Otte, car il raconte l’amour dans la nature comme d’autres la mythologie, avec une érudition impressionnante et une curiosité communicative. Ses livres se dévorent comme un roman – lisez L’épopée amoureuse du papillon chez le même éditeur – alliant la subtilité de ses observations à un style fluide, poétique, léger qui m’enchante et se prête à merveille aux langages de l’amour, omniprésent dans tous ses textes. Entre la violette, le papillon et la femme qui fascine l’auteur au propre comme au figuré, mon cœur balance avec allégresse !

00:26 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; récit; livres | |  Facebook |

25.09.2011

La musique sur FB

Bloc-Notes, 25 septembre / Les Saules

musique classique

Chers amis,

L'aventure continue sur La scie rêveuse avec la rubrique La musique sur Facebook, inaugurée en février 2011, fruit d'amitiés, de découvertes, d'échanges, de partages empreints de vibrations communes. Pour y accéder, rendez-vous sur la colonne de droite en page d'accueil sous catégories puis sous La musique sur Facebook, enfin en bas de page cliquez sur toutes les notes pour retrouver les 162 extraits choisis consacrés à la musique classique, dont 22 nouveaux titres ajoutés aujourd'hui. J'y mentionne l'origine, c'est-à-dire l'auteur de la publication, mais sans le nom complet ou le pseudonyme en entier, par souci de confidentialité. L'autre moyen consiste à copier le lien suivant: 

http://lasciereveuse.hautetfort.com/la-musique-sur-facebook/

De ce fait, le sous-titre de La scie rêveusebloc-notes littéraire, est devenu bloc-notes culturel, terme mieux approprié. L'horizon s'est ainsi ouvert à d'autres émotions, pourtant bien complémentaires au langage. Pour des raisons pratiques, ce domaine qui m'est aussi cher que celui de la littérature, n'apparaît pas dans les publications récentes. Si le coeur vous en dit, visitez ainsi de temps à autres La musique sur Facebook, afin d''y consulter de nouveaux extraits, probablement tous les quinze jours...

J'aimerais posséder la même capacité pour accorder les mots et mes pensées, ce qui me passe par la tête et ce que j'écris. J'aimerais réussir à écrire avec la même correspondance parfaite qui s'établit entre une note écrite et une note jouée. Tiziano Scarpa

Belle promenade musicale! 

Avec toutes mes amitiés, 

Claude

citation: Tiziano Scarpa, Stabat mater (Bourgois, 2011)

Photographie: www.ladepeche.fr

23:18 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Bloc-Notes, Musique classique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : musique classique; facebook | |  Facebook |

24.09.2011

Guy Goffette

9782070125951.gifGuy Goffette, Presqu'elles (Gallimard, 2009)

 

Il est des femmes qui, irrésistiblement, attisent la curiosité. On les voit, on les imagine, on les surprend ou on les invente … Dans ce registre, sur le ton de la confidence et avec l’œil d’un peintre de l’éphémère  – il obtient le Grand Prix de Poésie de l’Académie Française en 2001 - Guy Goffette esquisse dix portraits de femmes saisies entre rêve et réalité : L’une en tailleur rouge qui ressemble à un Modigliani, telle autre avec sa jupe d’écolière sage dont le regard se noie dans le paysage, ou encore celle à la bouche ronde qui ajuste des mannequins dans une vitrine. Amoureux du langage et du corps féminin, il immortalise sous nos yeux émerveillés ces instants volés que nous éprouvons tous un jour ou l’autre, avec le sourire énigmatique de celui qui dissimule aux autres ces incomparables moments de grâce !

06:39 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; récit; livres | |  Facebook |

23.09.2011

In memoriam

Bloc-Notes, 23 septembre / Les Saules

littérature: essais; conférences; livres

La jeunesse de ma grand-mère paternelle semble tout juste tirée d'un roman d'Emile Zola. Issue d'un milieu modeste, elle quitta l'école à l'âge de quatorze ans, pour apporter sa contribution financière à la famille. A son père, plutôt, un pilier de bistrots qui l'attendait en fin de semaine à la sortie de sa blanchisserie, pour lui piquer ses sous. Pas d'études donc, ni d'instruction particulière sinon pratique, comme pour bon nombre de femmes de son époque. Je l'ai toujours connue penchée sur France Dimanche, Ici Paris, Le Détective ou La Feuille d'Avis de Lausanne - devenu par la suite 24 Heures - qui occupaient ses après-midis quand elle nous rejoignait cinq ou six fois par an, pour une quinzaine de jours. Ou plongée dans les romans à l'eau de rose, signés Delly ou Max Du Veuzit que je lui offrais à son anniversaire et à Noël. Une manière comme une autre de réhabiliter cette notion de bonheur qui lui avait été refusée. Un événement pourtant allait chambouler ses habitudes: Une émission TV - en noir et blanc, dans les années 60/70 - intitulée Préfaces, magazine culturel d'une quarantaine de minutes produit par la Télévision Suisse Romande, en collaboration avec l'ORTF, présentée par Albert Zbinden et Guy Dumur, réalisée par Maurice Huelin.

Préfaces consacra en première partie de l'émission des dossiers passionnants à Jean Cocteau, Marcel Jouhandeau, Michel Simon, Joseph Kessel, Henry de Montherlant, Françoise Sagan ou Ivo Andric - pour n'en citer que quelques-uns - avant de cèder la place, dans un salon où l'on n'entendait pas même bourdonner une mouche, à Henri Guillemin et ses rendez-vous littéraires. Ce catholique engagé, professeur au Caire puis à Bordeaux avant la guerre de 39-45, fuyant la France en 1942 pour s'établir en Suisse - à Neuchâtel - devint pour la petite histoire attaché culturel à l'ambassade de France jusqu'à sa retraite, en 1962. Boudé par les intellectuels français pour sa vision anticonformiste et passionnée, il n'accèda jamais à ce vieux rêve: devenir professeur à La Sorbonne.

Ma grand-mère donc - pour laquelle j'ai toujours éprouvé une immense tendresse - malgré ses études embryonnaires, était vive, intelligente, curieuse. Elle n'a raté aucune des émissons de Henri Guillemin et était capable de résumer chacune de ses interventions - une quinzaine de minutes - avec un lumineux sourire. Je me souviens particulièrement de son évocation de Pascal - pourtant pas facile à décrypter - qui l'avait captivée. Il avait réussi là où tous - notre entourage et les autres - avaient échoué: susciter la soif d'apprendre, aiguiser la curiosité, traquer la vérité...

Une même ferveur chez ma mère, par contre impregnée de littérature et qui m'a transmis entre autres sa passion pour les auteurs russes du XIXe siècle. Préfaces fut pour elle un moment exceptionnel de télévision: elle applaudissait quand Henri Guillemin parlait d'Emile Zola, d'Alphonse de Lamartine, de François Mauriac ou de Charles Péguy avec son drapeau tricolore à la main... Elle lui a écrit plusieurs fois, fière de brandir les réponses du maître à ses interprétations ou critiques. Quant à moi, je me rappelle qu'il avait ressuscité Jules Vallès, tombé à cette époque en désuétude: au lendemain de sa présentation - j'étais alors apprenti libraire - tout le monde voulait découvrir cet illustre inconnu de la Commune, comme s'il s'agissait du dernier lauréat d'un prix littéraire! Plus tard, il m'avait entraîné sur les traces d'un auteur étonnant aujourd'hui - hélas! - oublié: Jean Sulivan, prêtre-écrivain de l'après-guerre, auteur de Car je t'aime ô Eternité et Devance tout adieu.

Avec Henri Guillemin, cela nous amusait de compter les coups. Un peu injustement - parfois, souvent - contre André Gide, par exemple ou pire encore, contre Jean-Jacques Rousseau. Cela dit, son plus grand mérite fut de populariser la littérature - au sens noble du terme - sur les ondes ou à la télévision, de l'avoir rendue accessible hors de la sphère privilégiée des universitaires, avec une élocution et une force de conviction qui n'ont jamais été égalées depuis, pas même par Alain Decaux ou plus tard Bernard Pivot.

Bien sûr qu'il peut lui être reproché d'avoir pris des libertés avec l'histoire, d'avoir été fasciné ou au contraire indigné par certains écrivains et hommes politiques, mais en revanche, sceptique devant les modèles préfabriqués, il aimait chercher ce qui se cache derrière les choses et cela incitait son auditoire à dépasser avec lui les apparences, les lieux-dits, fut-ce dans une autre direction que la sienne, au coeur de l'homme, loin des abstractions.

Parmi une riche bibliographie, il vaut la peine de lire A vrai dire (1956), L'énigme Esterhazy (1962), L'homme des Mémoires d'Outre-tombe (1965), Sulivan ou la parole libératrice (1977) et Charles Péguy (1981).  

Henri Guillemin nous a quittés en 1992, à l'âge de 89 ans et je suis ému qu'en 2011, un auteur lui consacre un vibrant hommage. Il s'agit de Michel Crépu. Dans son dernier ouvrage, Le souvenir du monde - Essai sur Chateaubriand, il note: Henri Guillemin, un inquisiteur en quelque sorte amoureux de son prévenu, sa manière à lui de l'aimer, multipliant les pièces à charge dans l'espoir d'un rachat de dernière minute, fourni par l'accusé lui-même, si possible malgré lui, bien entendu. Au fond, Guillemin, si acharné en procureur des grandes gloires, ne voulait pas un casier sans tache, ce qu'il voulait c'était pouvoir pardonner. Si la littérature est la littérature, alors qu'elle le prouve. (...) Chez Guillemin, la beauté se gagne au terme d'une entreprise de démolition implacable: à la fin, on veut bien baisser la garde, à condition que la beauté, une fois n'est pas coutume, joue cartes sur table.

Merci pour lui, Michel Crépu: il le vaut bien...

Henri Guillemin, L'énigme Esterhazy (Gallimard, 1962)

Jean Sulivan, Car je t'aime ô Eternité (Gallimard, 1966)

Michel Crépu, Le souvenir du monde - Essai sur Chateaubriand (Grasset, 2011)

 Archives de la TSR: http://archives.tsr.ch/dossier-18esiecle

22.09.2011

Jacques Chessex

9782246733614.gifJacques Chessex, Revanche des purs (Grasset 2008)

 

On oublie trop souvent que Jacques Chessex - outre ses romans et récits – est aussi un des plus grands poètes d’expression française de son temps. Dans ce recueil, lisez Revanche des purs, Faire-part, Cours furet ou Le migrateur pour vous en persuader, sans oublier que l’un de ses plus beaux poèmes nous est donné dans son récit Pardon mère - paru au même moment chez Bernard Grasset également - page 190...

21.09.2011

Le poème de la semaine

Jean-Pierre Schlunegger

Ma plus douce lueur c'est ton corps de feuillage
Et sa limpidité prise aux sources du vent
Odeur de pomme brune et de renard filant
Quand le poids d'une bouche incline vers l'orage
 
Ma plus douce lueur ta peau fière et sauvage
Pays de l'innocence où ma main va rêvant
Ma plus douce lueur mon plus tendre sarment
Quand l'amour et la nuit me soufflent ton image
 
Robe de mon amour marronnier du soleil
Eclair illuminant la voûte du sommeil
En grappes rouge-feu tu flambes sous la pluie
 
Mais quand l'automne triste aux route de bois mort
Abat ses herses de malheur nous sommes forts
Ma plus douce lueur humaine mon amie
 
 
Quelques traces de craie dans le ciel,
Anthologie poétique francophone du XXe siècle

20.09.2011

Véronique Olmi

9782246668619.gifVéronique Olmi, La pluie ne change rien au désir (Grasset, 2005)

Un homme et une femme ont rendez-vous place Saint Sulpice, à Paris. Ils ne sont ni jeunes ni beaux, malmenés par la vie et un peu méfiants. Ils vont passer une après-midi entière dans une chambre d'hôtel et s'offrir un peu d'insouciance. Ce couple retrouvera pour un temps le goût de l'innocence, de l'indulgence et du pardon. Une histoire d’amour comme chacun ou chacune voudrait en vivre au moins une fois dans sa vie ! Une écriture poétique et lyrique pour ce récit passionné qui réchauffe le cœur.

Egalement disponible en coll. Livre de poche (LGF, 2007)


06:37 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres | |  Facebook |

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