08.05.2012
La citation du jour
Jean-Michel Maulpoix

Le poète est l'ombre portée d'un grain de sable dans le désert.
Jean-Michel Maulpoix, Domaine public (Mercure de France, 1998)
image: Le désert de Simpson, Australie (dinosoria.com)
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30.04.2012
La citation du jour
Denis Diderot

Le beau opposé à joli, est grand et noble: on l'admire. Le joli est fin, délicat: il plaît.
Denis Diderot, Sur l'origine et la nature du beau - Oeuvres (Bibliothèque de la Pléiade/Gallimard, 1946)
image: Portrait d'une jeune femme élégante Belle Epoque - XIXe siècle (proantic.com)
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24.04.2012
La citation du jour
Louis Aragon

La vie est un voyageur qui laisse traîner son manteau derrière lui, pour effacer ses traces.
Louis Aragon, Les voyageurs de l'impériale (coll. Folio/Gallimard, 1972)
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27.03.2012
La citation du jour
Georges Perros

Je ne suis ni de droite ni de gauche. Je suis dans la merde. Ca ne porte pas toujours bonheur.
Georges Perros, Papiers collés III (Gallimard, 1978)
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11.03.2012
La citation du jour
René Char

Malgré la fenêtre ouverte dans la chambre au long congé, l'arôme de la rose reste lié au souffle qui fut là. Nous sommes une fois encore sans expérience antérieure, nouveaux venus, épris. La rose! Le champs de ses allées éventerait même la hardiesse de la mort. Nulle grille qui s'oppose. Le désir resurgit mal de nos fronts évaporés. Celui qui marche sur la terre des pluies n'a rien à redouter de l'épine, dans les lieux finis ou hostiles. Mais s'il s'arrête et se recueille, malheur à lui! Blessé au vif, il vole en cendres, archer repris par la beauté.
René Char, Le front de la rose - La parole en archipel (Bibliothèque de la Pléiade/Gallimard, 1983)
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02.01.2012
La citation du jour
Alexandre Vialatte
Les paroles s'envolent, les écrits restent. Où passent-ils? C'est le secret du mois de janvier... Dès le départ des hirondelles, tant de livres affluent de toutes parts chez les critiques, par le train, le bateau ou l'avion. Ils s'y constituent en piles simples, puis en piles doubles, ensuite en murs, ensuite en cubes, enfin en troncs de pyramides. Ils s'y chevauchent, s'y enjambent et s'y soudent. Souvent aussi, ils se détachent: un bruit mat réveille le critique, c'est le livre qui vient de tomber. Ces chutes finissent par combler les passages entre les cubes et les tours. Il faut déblayer à la pelle comme dans un village où la neige bouche les rues, creuser des tranchées pour le trafic. Le critique y circule, grippé, cherchant le talent comme une aiguille dans le foin, une tisane à la main, une bougie dans l'autre (ou alors une torche électrique), pour relever des titres au passage en se retenant d'éternuer. Ici, le futur Goncourt gémit sous une colonne de deux mêtres de haut; là, le futur Femina sort la tête d'un grand cube où il va périr emmuré: l'Interallié appelle du haut d'une pyramide; le Renaudot étouffe entre deux romans-fleuves; un coup de talon involontaire écrase un prochain lauréat. C'est affreux. Moins que l'éternuement. L'éternuement déclenche des avalanches. Tout ce qui était en haut tombe au sol... Il y aurait un remède, si le livre était plus lourd. On en ferait des colonnes plus stables, des pilastres plus pompéiens, des cathédrales plus byzantines. On en tirerait de petits cloîtres gothiques, propices à la méditation, où le critique se promènerait à l'aise, en rond, et soutenu par les Muses.
Alexandre Vialatte, Almanach des quatre saisons (Julliard, 1981)
image: http://www.canstockphoto.fr
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30.12.2011
La citation du jour
Jean-Michel Maulpoix

Deuil blanc de la neige. La terre est veuve du ciel. Voilà enfin visible cela que nous ne pouvons toucher des mains: ce froid entre nos paumes; de l'espace et du temps tombé. Mourir délivre sa peau blanche et sous nos yeux se fait douceur; mourir à ce moment pour l'âme comme pour l'oeil n'est plus idée de pourriture mais une farine légère, ou la poudre de sucre d'une enfance retrouvée, un linge où s'endormir, une rêverie de fourrure et de traîneaux, plus rien de sombre ni de menaçant: la disparition très douce des débris, des brisures et des voix.
Jean-Michel Maulpoix, Pas sur la neige (Mercure de France, 2004)
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24.12.2011
La citation du jour
Thérèse de Jésus (Thérèse d'Avila)

Vous aurez appris, comment la soie vient d'une semence qui ressemble à de petits grains de poivre. Pour moi je n'ai jamais vu cette semence, mais j'ai entendu parler de ce que je vous raconte, et si ce que je vous dis n'est pas exact, je n'en suis pas responsable. Or, dès que les mûriers commencent à se couvrir de feuilles, cette semence se met, elle aussi à prendre vie sous l'action de la chaleur; et tant que l'aliment qui doit la soutenir n'est pas prêt, elle demeure comme morte. C'est donc avec des feuilles de mûrier que se nourrissent les vers qui viennent de cette semence. A peine ont-ils grandi, qu'on place devant eux de petites branches, où avec leurs petites bouches ils filent la soie qu'ils tirent d'eux-mêmes; ils font ainsi de petites coques très étroites, où ils se renferment. C'est là que ces vers qui sont grands et difformes trouvent la fin de leur vie; puis de cette coque elle-même sort un papillon blanc très gracieux. (...) Les ailes lui ont poussé; comment se contenterait-il de marcher à pas lents lorsqu'il peut voler?
Sainte Thérèse de Jésus, Le château de l'âme - Oeuvres complètes (Seuil, 1949)
image: Chiesa di Santa Maria dei Carmini, Venise
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04.12.2011
La citation du jour
Alexandre Vialatte

On croit au Père Noël, pas à dix Père Noël, pas à cinquante, pas à un syndicat. On a tort de commercialiser; le commerce tue la foi et la poule aux oeufs d'or. Le Noël, la fête des mamans, le jour des pères, entre une journée de détergent et une journée de rasoir à lame bleue. On ne sait plus ce qu'ont été les choses. Elles ne sont plus. La Noël se vend deux mois d'avance. Il faut relire Pourrat pour la retrouver. On ne sait plus ce que purent être une pomme, une rose, une bague, voire un âne, un pâté. C'étaient des trésors spirituels. Ils brillent dans l'ombre du vieux temps, désirs du coeur, désirs de l'âme, hautes récompenses de longues vertus, plaisirs profonds et presque abstraits. On ne sait plus ce que furent la polaire, les Trois Rois, l'étoile du Bouvier. Ni cette tranquillité de la neige de minuit, qui fut une sérénité de l'âme. Ni cette grande nuit d'astres et d'anges qui prit une odeur de jardin quand passa l'étoile du berger. Nous avions tous au fond du coeur je ne sais quel arbre de Noël que les marchands ont mis en vente. Tant pis pour lui, tant pis pour nous, tant pis pour eux. Tout ne se reboise pas.
Alexandre Vialatte, Vialatte à La Montagne (Julliard, 2011)
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14.11.2011
La citation du jour
Jean-Louis Kuffer

Pluie au chalet, combien aimée, comme autrefois avec les miens, je ne sais où, probablement à Grindelwald, dont je me rappelle le souffle glacé des glaciers et l'herbe des prairies entourant le chalet, ou des années auparavant dans la ferme plus frustre de Montricher où nous vivions dans la hantise d'être attaqués par le vagabond Gavillet, ou plus tard dans la haute maison de pierre de Scajano, au Tessin, où j'aimais voir les eaux ruisseler le long des vignes, avant que le soleil ne sèche tout en un clin d'oeil.
Jean-Louis Kuffer, L'Ambassade du Papillon - Carnets 1993/1999 (Bernard Campiche, 2000)
image: Grindelwald (2010)
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03.11.2011
La citation du jour
Bernard de Clairvaux

La charité enferme dans sa nasse largement ouverte des poissons de toute espèce, car tenant compte du temps, elle s'accomode de tous; elle accueille en soi les malheurs et les joies de chacun, car elle a coutume de se réjouir avec ceux qui se réjouissent, de pleurer avec ceux qui pleurent. Mais lorsqu'elle sera parvenue sur la rive, elle rejettera comme de mauvais poissons tout ce qui appartient à la tristesse ou à la souffrance, et ne gardera que ce qui sera sujet de plaisir ou de joie.
Bernard de Clairvaux, Traité de l'amour de Dieu - Oeuvres mystiques (Seuil, 1951)
image: Fontaines-les-Dijon, lieu de naissance de Bernard de Clairvaux (chollet-ricard/panoramio.com)
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09.10.2011
La citation du jour
Paul Valéry

Souffrance. Je n'ai pas un coin pour être seul, pas une chambre personnelle, ni une heure pure de bruit, légère de soucis, sans limite pensée, sans l'idée qui déjà présentement la termine. J'envie le prisonnier d'une cellule qui le préserve et qui dans elle est propriétaire du temps, de la solitude et de la continuité. Pas de silence, de suite, de profondeur sans argent. Pas de noblesse, sans paix et séparation.
Paul Valéry, Les Cahiers (coll. Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2010)
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29.09.2011
La citation du jour
Iouri Dombrovski

Une porte de fer, basse et étroite, le mit à la rue. Une rue parfaitement déserte. Mais tout un côté en était occupé par la Grande Maison; des centaines de fenêtres, des rideaux aux fenêtres, et beaucoup de gens derrière les rideaux. Il s'engagea dans une allée de silence et de fraîcheur; parfumée aux aiguilles de pin et au sable surchauffé. Sur les terrains de jeux, le vent balançait des chevaux de bois, dragons aux formes tortillées, pommelés de rouge et de noir. Quelqu'un ronflait sous la tonnelle. O monde de douceur et de paix... Il trouva un banc à l'écart, s'assit, s'appuya au dossier et sentit comme des myriades de moustiques vrombir dans sa tête. Il ne me manquerait plus que de tomber malade! pensa-t-il, et il se perçut soudain mortellement las, pour la vie, peut-être.
Iouri Dombrovski, La faculté de l'inutile (Albin Michel, 1979)
00:32 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans La citation du jour, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : citations; livres |
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16.09.2011
La citation du jour 1a
Giacomo Leopardi

Comme Anacréon, qui désirait se changer en miroir pour être sans cesse contemplé par celle qu'il aimait, ou en tunique pour la vêtir, en baume pour oindre son corps, en eau pour la baigner, en bandelette pour être serré sur son sein, en perle pour être suspendu à son cou, ou en soulier pour qu'au moins elle le pressât de son pied, de même, moi, je voudrais un moment me transformer en oiseau pour connaître le contentement et la joie qu'ils éprouvent à vivre.
Giacomo Leopardi, Petites oeuvres morales (Allia, 2007)
08:04 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans La citation du jour, Littérature étrangère, Littérature italienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : citations; livres |
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12.09.2011
La citation du jour 1b
Marco Lodoli

Je les observe les uns après les autres, et ils me font penser à des mains tendues autour d'un feu qui cherchent à le protéger du vent, qui cherchent à se réchauffer éternellement à ses braises. Ces êtres font partie de moi, ils sont mes caves et mes horizons, et pourtant ils ont leur dignité, ils sont capables de paroles et de gestes qui me surprennent, ils ont faim et soif, ils ont leur propre façon de rêver. Et qui sait si je ne suis pas moi-même en train de vivre dans un livre, dans la malheureuse notice d'un volume oublié sur l'étagère de l'infinie bibliothèque: et la bibliothèque engrange d'un côté de nouvelles acquisitions, elle refait à chaque seconde l'inventaire, elle s'agrandit, se complète; à l'autre bout elle croule et disparaît. Et si ça se trouve, toute la bibliothèque n'est que la virgule d'une feuille de journal pliée sur la caboche d'un clown.
Marco Lodoli, Les prétendants / Trilogie romanesque - Le vent (P.O.L., 2011)
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11.09.2011
La citation du jour 1a
Marco Lodoli

Qui sait si sur la Terre, en un lieu que je n'ai pas encore traversé, il n'est pas en train de naître une civilisation exempte de tristesse, généreuse, immortelle... un univers d'enfants insouciants qui échangeront des tapes amicales et des baisers, qui entreront et sortiront en bande dans les rêves, comme dans les bars sur les avenues, et qui ne laisseront personne de côté, ne rejetteront personne, même celui qui a le coeur transi, les mains glacées et les pensées engourdies par la mort... Peut-être suis-je arrivé au bon moment, même si tout m'apparaît désert et plongé dans un silence sidéral, peut-être que devant moi ou au-dessus de moi, telle une pierre sera posée la première rose éternelle.
Marco Lodoli, Les prétendants / Trilogie romanesque - Le vent (P.O.L., 2011)
06:35 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans La citation du jour, Littérature étrangère, Littérature italienne, Marco Lodoli | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : citations; livres |
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02.09.2011
La citation du jour
Guido Ceronetti

C'est une pensée qui apaise et fortifie de savoir que parmi les livres que nous possédons il en est quelques-uns capables de nous libérer et de nous sauver. Il s'en ajoute de nouveaux, presque chaque jour, mais les livres nécessaires sont là depuis longtemps.
Guido Ceronetti, Le silence du corps (Albin Michel, 1984)
00:15 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Guido Ceronetti, La citation du jour, Littérature étrangère, Littérature italienne | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : citations; livres |
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25.08.2011
La citation du jour 1b
François Mauriac

Ce pourrait être un soir d'été comme ici je les ai tant aimés autrefois. Je ne croyais pas, dans ma jeunesse, qu'il y eût ailleurs que sur cette terrasse un ciel si sombre et si vivant, cette respiration de la nuit. Mais cette nuit d'août est une pluvieuse pluie d'automne, et le vent gémit au ras des vignes comme si c'était déjà les vendanges. Je m'étonne que le cuvier proche ne retentisse pas de voix et de rires; je ne sens pas l'odeur du pressoir: ce n'est qu'une nuit d'été où je suis seul. J'ai déserté le gros de l'armée du monde. Je ne m'en vante pas: où est mon mérite? Je n'ai même pas eu à me rendre: l'ennemi était en moi depuis longtemps déjà. Je luttais encore, je me raccrochais à des fantômes de sentiments, j'appelais, je feignais de croire que répondaient d'autres voix. Pauvre illusion entretenue, nourrie par le coeur insatiable. Depuis longtemps, les jeux étaient faits, la bille avait roulé, j'avais perdu. J'avais perdu... J'étais sauvé.
François Mauriac, Souffrances et bonheur du chrétien (Grasset, 1931)
12:50 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans François Mauriac, La citation du jour, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : citations; livres |
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La citation du jour 1a
François Mauriac

Tu t'éveilles, et d'abord tu cherches la place de ta douleur pour t'assurer que tu existes. Elle est là, fidèle comme la vie; elle va règner sur toi jusqu'à la nuit, pareille au soleil sur cette journée déjà torride. Tout sera anéanti dans ce terrible rayonnement; les êtres et les choses s'y confondront; tu accompliras tes besognes, isolé de tous, au centre d'une atmosphère de feu. Tu t'éloignes, tu t'assieds à l'écart, tu ouvres un livre. Mais les lettres dansent dans cette lumière aveuglante. Tu recommences de lire la page, tu poursuis en vain une pensée insaisissable. La pensée des autres ne peut plus se frayer de route jusqu'à la tienne. Aucune issue. Etouffant amour, après-midi étouffante. Pas d'orage à l'horizon. Aucun bruit ne monte de la plaine que, tout près de toi, cette poule dans les feuilles sèches. Aucune espérance de pluie. Mais s'il ne t'appartient pas de susciter les nuées dans l'azur de feu, du moins te reste-t-il quelque pouvoir pour troubler cette canicule de ta passion. Regarde au fond de toi ce regard, ce sourire mystérieux; alors comme le temps se troublerait, comme s'écraseraient de grosses gouttes chaudes sur les feuilles, voici enfin l'attendrissement, les larmes.
François Mauriac, Souffrances et bonheur du chrétien (Grasset, 1931)
05:49 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans François Mauriac, La citation du jour, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : citations; livres |
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13.08.2011
La citation du jour
Colette Fellous

Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays, je reviens encore et encore, juste pour voir. Pour essayer de reconnaître, de comparer mais aussi de retoucher, de comprendre, d'éclairer, de recomposer. Je rends visite aux disparus, aux balbutiements, aux fissures, aux tremblements, aux éblouissements, je m'arrête pile là où un jour j'ai perdu la voix. Je reviens pour la retrouver cette voix, phrase à phrase, seconde à seconde, pour essayer de bâtir un édifice fluide: regarde comme cette étoffe vient soudain se poser sur tes épaules, n'aie plus peur. Je reviens aussi pour faire face, pour vivre avec la stupéfaction, pour la mettre en scène, la draper, la nourrir, la décorer d'objets, de masques, de gestes, de couleurs, de rues, de visages fugitifs. Je n'ai plus peur des répétitions, elles forment un labyrinthe. Revenir, c'est construire son propre labyrinthe, c'est le porter sur soi comme un vêtement et l'offrir ensuite en partage, c'est garder sous ses doigts le goût du vertige, c'est surtout sauter dans le vide sans mourir. Dire non, désobéir à la chronologie, écouter le silence des ancêtres, de tous ces corps disparus qui sont encore si vivants dans le mien. Temples grecs, colonnes d'albâtre brisées, tombeaux d'enfants près de la plage, herbes fraîches, allées de mimosas tracées au milieu des ruines. Trouver enfin une terre pour chacun, pour être ensemble.
Colette Fellous, Un amour de frère (Gallimard, 2011)
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07.08.2011
La citation du jour
Stéphane Audeguy

Décidément, je n'en finirai pas de mourir. J'apprends à mes dépens que l'agonie d'une ville rappelle de bien près celle des héros d'un opéra lyrique, qui se lamentent sans fin sur une scène vide, en se tordant les mains. Je ressemble à mes statues: en vieillissant, c'est mon sexe que j'ai d'abord perdu, puis mes mains, puis mes bras. Je sens monter en moi les brouillards froids de la démence. C'est ma tête maintenant qui vascille, comme celle d'une poupée de son dans les mains d'un enfant capricieux. Elle s'en ira rouler dans la poussière dont elle aurait bien pu ne sortir jamais. Elle se brisera sur un roc, peut-être. Plus probablement s'effritera lentement, au gré des saisons changeantes comme les hommes. A quoi pensez-vous donc, belles statues de ma mémoire, torses couchés dans l'herbe, gagnés par les lichens, lentement digérés par la terre impavide? Et quand, arrachées à votre sommeil de pierre par quelque prince éclairé, quelque érudit fébrile, un caprice vous expose sur un socle à la curiosité des hommes, ainsi qu'à leur ennui? Allongé face au ciel, harassé, innocent, j'attends la fin des siècles, caressé par le vent sous un monde infini de nuages, je rêve que le Tibre m'emporte vers la mer qui sait tout oublier, jusqu'aux frontières du monde.
Stéphane Audeguy, Rom@ (Gallimard, 2011)
image: La Bocca della Verita, Rome
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28.07.2011
La citation du jour
Pierre-Jean Jouve

Il se trouvait entre les bâtiments misérables une charmante arcade ancienne, reste déchu d'une belle villa, et à l'ombre de l'arcade une paysanne était assise, épluchant des pommes de terre. Cette femme se levait pour accueillir l'arrivant, et un doux étrange sourire donnait à son visage une signification imprévue, comme si dans la paysanne apparaissait un être qui n'avait rien de paysan. Elle portait un corsage noir de toile grossière, car l'été commençait, une jupe sale et un tablier fait avec un sac. Sur ses épaules, seulement, un morceau déchiré d'un châle à fleurs qui avait été beau. Elle était âgée, sans avoir la cinquantaine; elle était plutôt usée. L'âge de cette femme troublait quiconque la regardait. On remarquait que ses cheveux blancs, tirés en bandeaux, gardaient un beau mouvement naturel. La paysanne offrit sa main à l'étranger qui la serra avec effusion et s'assit. L'étranger gardait la main de la femme prisonnière dans ses deux mains. Après un instant la paysanne retira sa main abîmée par les grosses besognes, dont les ongles étaient chargés de terre, et la laissa tomber sur son tablier. L'étranger dit quelques paroles, elle répondit. Mais oui ils étaient aussi contents l'un que l'autre de se revoir. Elle continua de peler ses pommes de terre, en adressant parfois à son visiteur un sourire sans raison et sans but qui exprimait sûrement quelque chose de profond dans son coeur.
Pierre-Jean Jouve, Paulina 1880 (coll. Folio/Gallimard, 1974)
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10.07.2011
La citation du jour
Marcel Schwob

Les moments sont semblables à des bâtons mi-partis blancs et noirs; n’arrange point ta vie au moyen de dessins faits avec les moitiés blanches. Car tu trouveras ensuite les dessins faits avec les moitiés noires; que chaque noirceur soit traversée par l’attente de la blancheur future. Ne dis pas : je vis maintenant, je mourrai demain. Ne divise pas la réalité entre la vie et la mort. Dis : maintenant je vis et je meurs. Épuise à chaque moment la totalité positive et négative des choses. La rose d’automne dure une saison; chaque matin elle s’ouvre; tous les soirs elle se ferme. Sois semblable aux roses: offre tes feuilles à l’arrachement de voluptés, aux piétinements des douleurs.
Marcel Schwob, Le livre de Monelle (Allia, 2005)
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30.06.2011
La citation du jour
Violette Leduc

Je hais mon dormeur. C'est un mort qui n'a pas dit son dernier mot. Son sommeil est plus fort que ma haine. Donneur de sang, donneur de coeur, épuise ta soif blanche. Je me lève, j'ouvre la fenêtre parce que la nuit se pousse contre la vitre. Elle entre avec sa traîne. La mer avance sans les musiciennes, sans l'écume, sans le bouillonnement. C'est par nuit noire que j'ai découvert la hauteur du ciel et que je suis retombée sur le trésor des fraisiers. C'est par nuit tendre pendant les gelées que, dans les prés traversés, j'ai entendu se propager des craquements d'incendie sous mes pieds. Je te hais, cadavre incomplet. Tu manques de froideur et de raideur. C'est dans le ventre chaud que le tour de force des amertumes a été réalisé. Mourir et renaître. Renaître et mourir. C'est la cadence, c'est l'ambition charnelle, c'est la foire dans le sexe. Sur les banquettes des balançoires le vertige, l'illusion de monter, le point de suspension, la retombée sont les mêmes que ceux de notre plaisir essentiel. Après viennent la rentrée dans le vieux néant, la légèreté d'une faim qui n'a pas changé. Maintenant je te propose le ventre froid. La nuit, avec ses sombreros, se donne mais tu n'en veux pas. Ne dors plus, déplante-toi, scaphandrier allongé. Remonte, habille-toi en homme. Ne dors plus ...
Violette Leduc, Ravages (Gallimard, 1953)
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19.06.2011
La citation du jour
Hector Bianciotti
Un livre ne s'adresse pas aux vivants, encore moins aux générations à venir; il veut consoler les morts, leur rendre justice, leur accorder une dignité, parachever leur vie - la foule des morts qui dévale de partout, nous entoure, se presse, et parfois entre en nous, nous remplissant d'un bavardage qui cherche les mots justes et une cadence pour qu'enfin l'on entende ce qu'ils avaient à nous dire. Ecrire, c'est suivre leur pas sans trace, leur donner la parole, devenir leur écrivain public. Les morts en ont besoin, qui s'égarent sans fin dans un rêve plus grand que la nuit.
Hector Bianciotti, Sans la miséricorde du Christ (Gallimard, 1983)
00:03 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans La citation du jour, Littérature étrangère, Littérature francophone, Littérature sud-américaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : citations; livres |
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