31.08.2011
le poème de la semaine
René Depestre
Mon avenir sur ton visage est dessiné comme des nervures sur une feuilleta bouche quand tu ris est ciselée dans l'épaisseur d'une flammela douceur luit dans tes yeux comme une goutte d'eaudans la fourrure d'une vivante zibelinela houle ensemence ton corps et telle une clocheta frénésie à toute volée résonne à travers mon sang Comme les fleuves abandonnent leurs litspour le fond de sable de ta beautécomme des caravanes d'hirondelles regagnent tous les ansla clémence de ton méridienen toute saison je me cantonne dans l'invariable journée de ta chairje suis sur cette terre pour être à l'infinibrisé et reconstruit par la violence de tes flotston délice à chaque instant me recrée tel un coeur ses battementston amour découpe ma vie comme un grand feu de boisà l'horizon illimité des hommes Quelques traces de craie dans le ciel,Anthologie poétique francophone du XXe siècle
00:08 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature francophone, Quelques traces de craie dans le ciel - Anthologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; poésie |
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30.08.2011
Kim Thuy
Kim Thuy, Ru (Liana Levi, 2010)
Le parcours de Nguyen An Tinh ressemble à celui de nombreuses autres femmes, contraintes à fuir le Vietnam à l'arrivée des communistes au pouvoir, pour se réfugier au Québec ou aux Amériques. Pourtant, l'auteur de ce premier roman, par ses souvenirs ou anecdotes puisées dans la quotidien, sait montrer, avec beaucoup de lucidité, de fraîcheur, de contrastes, la singularité de son héroïne qui n'a reçu, pour tout héritage, que la mémoire prolongeant la vie de sa mère jusqu'à l'exil, qui la rend à son tour étrangère aux siens. Au fil de sa destinée où s'entremêlent guerre et paix, elle fait sienne le proverbe qu'elle a autrefois entendu: La vie est un combat où la tristesse entraîne la défaite. Sa survie, puis ses moments de bonheur, n'ont su lui épargner le pire qu'à ce prix.
En français, ru signifie petit ruisseau et au figuré, écoulement (de larmes, de sang, d'argent). En vietnamien, ru signifie berceuse, bercer. (note de l'auteur)
également disponible en format de poche (coll. Piccolo/Liana Levi, 2011)
00:05 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature: récit; livres |
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29.08.2011
Gianrico Carofiglio
Bloc-Notes, 29 août / Curio

Guido Guerrieri n'est pas tout à fait un avocat comme les autres. Outre sa passion pour les livres et les voyages, il pratique la boxe, confiant à son sac - quand une nostalgie douce le gagne au souvenir de ses amours, Tiziana, Margherita et Sara - ses contradictions, ses humeurs, ses interrogations.
Son métier, il l'exerce à Bari, dans les Pouilles, avec l'aide de Consuelo et de Pasquale. Et voici qu'un de ses confrères, Sabino Fornelli, lui demande de s'occuper d'une affaire banale à priori, celle de la disparition de Manuela, une étudiante, six mois plus tôt. Reprenant officieusement l'enquête, il ne décèle aucune négligence et ne trouve pas l'ombre d'une nouvelle piste. Au point mort, c'est au fil de ses rencontres avec les amis, les témoins et les familiers de la victime que la lumière, au moment le plus inattendu, lui fournira une réponse implacable, dans le sillage de Caterina, un personnage clef dont le charme ne laisse pas indifférent Guido Guerrieri, méfiant certes, mais non pas moins homme...
Hors des conventions du genre, ce roman mêle une intrigue palpitante à des considérations philosophiques non dénuées d'humour qui accentuent son originalité: Seul ce qui est provisoire peut atteindre la perfection. Ou encore: Les enquêteurs capables de détecter les mensonges comptent parmi les plus stupides. Ce sont ces enquêteurs-là que les bons menteurs abusent avec le plus de facilité et le plus de plaisir.
Gianrico Carofiglio, magistrat, écrivain et homme politique, est né à Bari, en 1961. Plusieurs de ses livres sont disponibles en traduction française: Témoin involontaire (coll. Rivages/Noir, 2007), Les yeux fermés (Rivages, 2008), Le passé est une terre étrangère (Rivages, 2009) et Les raisons du doute (coll. Points/Seuil, 2011).
Quand j'écris ou lis un roman, ce sont les héros, plus que l'intrigue, qui retiennent mon attention. Plus que les trames enchevêtrées, j'aime les histoires dont les personnages ne vous abandonnent pas, une fois la lecture terminée. J'aime les personnages contradictoires, qui mêlent force et fragilité, sérieux et ridicule, fanfaronnerie et courage. Et j'aime les décors qui reflètent leur naturel changeant. Le silence pour preuve est un roman policier, quoique totalement atypique. Mais c'est surtout un voyage de découverte dans une ville nocturne, silencieuse et indéchiffrable. Gianrico Carofiglio
Gianrico Carofiglio, Le silence pour preuve (Seuil, 2011)
00:02 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Bloc-Notes, Littérature étrangère, Littérature italienne, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman: policier; livres |
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28.08.2011
Antoine Blondin
Antoine Blondin : A mes prochains – Lettres 1943-1984 (La Table Ronde, 2009)
Il ne faut pas enterrer Antoine Blondin, l’auteur de Monsieur Jadis, Un singe en hiver, Mes petits papiers sans oublier ses mémorables chroniques du Tour de France ! Heureusement est exhumée cette correspondance inédite auprès de ses amis de toujours – Roger Nimier, Kléber Haedens et Michel Déon, entre autres – et restitue les différentes facettes de cet écrivain terriblement attachant. Sa plume facétieuse, mélancolique et libre manque cruellement dans le monde des lettres, aujourd’hui.
00:03 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; correspondance; livres |
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26.08.2011
Virginie Ollagnier
Bloc-Notes, 26 août / Les Saules

Au sein de la bonne bourgeoisie parisienne, la vie de Rosa ressemble à un paysage mélancolique dont tout éclat s’estompe peu à peu, malgré la réussite de son époux Antoine avec lequel elle ne partage plus que des silences. Quant à ses enfants, Maurice a trouvé sa voie à la Caisse des Dépôts et Consignations, tandis que sa soeur Julie s'est tournée vers le journalisme.
Quand Rosa apprend le décès de son père adoptif Egon Baum, elle revient sur les lieux de son enfance au Maroc, à Sejâa plus précisément. Elle y rejoint sa maison, celle où elle aurait bien voulu mourir un jour, si Egon était encore là, alors que maintenant, seule au monde en quelque sorte avec le poids de cette douleur irréparable, que faire?
Là-bas, en France, elle a depuis longtemps abdiqué et si elle a réussi un beau mariage vingt ans plus tôt dans la capitale, qu'en reste-t-il? Devant ce nouveau deuil qui frappe l'un des deux hommes de sa vie - le premier fut son père Gabriel, mort alors qu'elle n'était encore qu'une petite fille - tout un passé défile devant ses yeux: sa mère Suzanne - si touchante, si tendre, si aimée -, sa marraine Monde - l'amie de France - soeur de sa mère et la vieille Sherifa - la nounou, la confidente - qu'elle est heureuse de retrouver aux côtés de son fils Mehdi: Rosa retrouva l'odeur de ses cheveux, le parfum de clou de girofle, le khôl aux yeux. Elle était bien, juste bien, et rien n'existait plus des malheurs et des deuils. Bercée, Rosa avait regagné le centre de son monde. Son corps se dilata à nouveau.
Au fil des jours, elle perd ses artifices de la métropole, laisse ressurgir son accent pied-noir dont autrefois elle avait honte, comme de cette maison, fardeau d'un passé colonial qu'elle refuse de lèguer à ses enfants: Le temps est venu de rompre avec sa culpabilité, de rendre la terre.
Enveloppée par la chaleur bienfaisante des siens, face à son propre destin et ce mort tant aimé qui lui parle, elle pénètre ainsi l'intimité du coeur d'Egon et se voit révéler un fragment de sa vie dont elle ignorait tout ou presque... Après cette immersion douloureuse et tendre, plus rien ne sera comme avant.
Un roman plein de délicatesse où le deuil, charriant ses blessures profondes, oriente Rosa vers ses propres choix de vie, réveillant ses besoins d'appartenance et de liberté.
Rouge argile est le troisième roman de Virginie Ollagnier - née à Lyon en 1970 - après Toutes ces vies qu'on abandonne en 2007 - couronné par onze prix littéraires - et L'incertain en 2008, tous deux publiés par les éditions Liana Levi.
Virginie Ollagnier, Rouge argile (Liana Levi, 2011)
00:26 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Bloc-Notes, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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25.08.2011
La citation du jour 1b
François Mauriac

Ce pourrait être un soir d'été comme ici je les ai tant aimés autrefois. Je ne croyais pas, dans ma jeunesse, qu'il y eût ailleurs que sur cette terrasse un ciel si sombre et si vivant, cette respiration de la nuit. Mais cette nuit d'août est une pluvieuse pluie d'automne, et le vent gémit au ras des vignes comme si c'était déjà les vendanges. Je m'étonne que le cuvier proche ne retentisse pas de voix et de rires; je ne sens pas l'odeur du pressoir: ce n'est qu'une nuit d'été où je suis seul. J'ai déserté le gros de l'armée du monde. Je ne m'en vante pas: où est mon mérite? Je n'ai même pas eu à me rendre: l'ennemi était en moi depuis longtemps déjà. Je luttais encore, je me raccrochais à des fantômes de sentiments, j'appelais, je feignais de croire que répondaient d'autres voix. Pauvre illusion entretenue, nourrie par le coeur insatiable. Depuis longtemps, les jeux étaient faits, la bille avait roulé, j'avais perdu. J'avais perdu... J'étais sauvé.
François Mauriac, Souffrances et bonheur du chrétien (Grasset, 1931)
12:50 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans François Mauriac, La citation du jour, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : citations; livres |
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La citation du jour 1a
François Mauriac

Tu t'éveilles, et d'abord tu cherches la place de ta douleur pour t'assurer que tu existes. Elle est là, fidèle comme la vie; elle va règner sur toi jusqu'à la nuit, pareille au soleil sur cette journée déjà torride. Tout sera anéanti dans ce terrible rayonnement; les êtres et les choses s'y confondront; tu accompliras tes besognes, isolé de tous, au centre d'une atmosphère de feu. Tu t'éloignes, tu t'assieds à l'écart, tu ouvres un livre. Mais les lettres dansent dans cette lumière aveuglante. Tu recommences de lire la page, tu poursuis en vain une pensée insaisissable. La pensée des autres ne peut plus se frayer de route jusqu'à la tienne. Aucune issue. Etouffant amour, après-midi étouffante. Pas d'orage à l'horizon. Aucun bruit ne monte de la plaine que, tout près de toi, cette poule dans les feuilles sèches. Aucune espérance de pluie. Mais s'il ne t'appartient pas de susciter les nuées dans l'azur de feu, du moins te reste-t-il quelque pouvoir pour troubler cette canicule de ta passion. Regarde au fond de toi ce regard, ce sourire mystérieux; alors comme le temps se troublerait, comme s'écraseraient de grosses gouttes chaudes sur les feuilles, voici enfin l'attendrissement, les larmes.
François Mauriac, Souffrances et bonheur du chrétien (Grasset, 1931)
05:49 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans François Mauriac, La citation du jour, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : citations; livres |
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24.08.2011
Le poème de la semaine
Jean-Michel Maulpoix
La paix entre dans ma douleur.Des voiles devant mes yeux se tissent,puis se déchirent.La pensée de l'amour me rend à la douceurd'une forme inconnue de croyance.Ma vie n'est plus coupée en deuxpar les oiseaux de la chimère.Naguère orientée par le désirde tout ce qui n'existe pas,elle cherche à prendre maintenantla mesure juste de ce qui est. L'impossible n'est plus son chagrin.Le possible devient sa joie.Dans l'arc tendu de tes brastout le ciel bleu à même la peauavec ses oiseaux, ses nuageset l'orage clair et rouge du désir,et la nuit plus profonde. Le monde, avant de te toucher,je ne le savais pas si proche. Quelques traces de craie dans le ciel,Anthologie poétique francophone du XXe siècle
04:21 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Jean-Michel Maulpoix, Littérature francophone, Quelques traces de craie dans le ciel - Anthologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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22.08.2011
Stéphane Audeguy
Bloc-Notes, 23 août / Curio

Comme les autres jeux vidéo consacrés avant lui à l'Antiquité Romaine, Rom@ propose de fonder une ville, de bâtir des temples, de créer des commerces, de les défendre contre des incendies, des tremblements de terre, des hordes des Barbares. Chaque équipe compose dans la ville une faction qui lutte pour s'imposer à la tête de l'Empire. Rom@ est un jeu complexe, subtil, où toutes les classes de la société sont représentées. Chaque joueur peut choisir d'être prêtre, soldat, patricien, plébéien, gladiateur, étranger; les esclaves, pour éviter toute polémique, sont de petites boucles de programme sans importance...
Il n'en fallait pas davantage à Stéphane Audeguy pour donner la parole à la Roma Aeterna, personnage central aux traits ambigus de ce formidable roman: Parfois j'aurais voulu être un homme, mon amour. Ou alors une femme. Je ne suis pas sectaire. Non que les différences m'échappent, mais que rêver de faire sinon de les mêler? Encens sucrés des vulves marines, papillons de nuit des caresses secrètes, coquillages de nacre, verges de sang lourd, flancs doux des collines du Lazio où danse la poussière des insectes bleutés, corps fourbus écrasés au printemps de leurs draps, fesses musculeuses qui balancent en cadence, je vous chéris. Mes obélisques et mes colonnes bandent au ciel tout aussi bien que les seins roses de mes dômes. Mes fenêtres s'ouvrent aux désirs du vent qui tord les rideaux. Quatre lettres tirées aux loteries de l'histoire: Roma.
Et Roma fait trembler l’horizon sur le Pincio, se glisse dans le Tibre parmi les morts, épouse la silhouette des anges de l’église Sant’Andrea delle Fratte ou chausse les bottes des filles que l’on vend pour les touristes à Tivoli. L’anecdote rejoint l’histoire à travers la fenêtre qui s’ouvre sur les grandeurs futiles de Néron ou de Mussollini, le col blanc du chemisier d’Audrey Hepburn, les yeux inoubliables d’Anna Magnani, enfin au-delà des murmures de la ville à l’agonie, sur la vision fugitive de ce miracle éternel de l’amour qui fleurit dans la pénombre de la Villa Borghese avant de laisser sa mémoire en partage, à la porte béante des Enfers.
Il ne manque rien à Rom@, sinon ma vie, sinon mes corps, mes humeurs, mon sang, mon coeur: façades brunes des immeubles de rapport, charmeurs de serpents et montreurs d'ours, cahutes branlantes des miséreux, crasse des ruelles sans nom, changeurs et barbiers, odeurs ignobles ou subtiles des marchés de mes places, prêtres, potiers, brouhaha des rues, vendeurs de charmes et de potions d'amour, porteurs d'eau, sueur du travail, humeurs des plaisirs. J'ai été tout cela. J'ai aimé tout cela. Je ne suis pas la tête du monde, comme on disait jadis; comme telle, je n'aurais pas survécu longtemps: je suis plutôt son corps et ses lourdes entrailles qui grondent et palpitent.
Si l'amour, à défaut d'influencer le cours de l'histoire, entretient les pouvoirs du rêve, de l'art, de l'esprit de conquête, la Roma Aeterna pourtant, s'épuise et respire les prémices de la fin possible, la sienne: La vie n'est autre chose que le temps qu'il nous faut pour mourir.
Avec une construction romanesque originale et une langue de toute beauté, Stéphane Audéguy célèbre les charmes et la noblesse de cette Rome lézardée par l'outrage des temps nouveaux, qu’un Guido Ceronetti – l’auteur de Voyage en Italie et de Albergo Italia - n’aurait pas reniées: J'aurais préféré que, comme tous les Barbares, ils me fassent violence, m'imposent une nouvelle civilisation, des architectures aussi arrogantes que celles de leurs prédécesseurs chrétiens et romains. Ils se sont contentés de nicher, comme des coucous: galeries marchandes qui ne mènent nulle part, sinon à d'autres galeries, organisation de la misère par l'abondance, destructions intégrales sous couvert de rénovations, immeubles vidés comme des poissons, dont on garde les façades, soutenues par des planches, pour construire des bureaux, verrues blanches des stades toujours plus vastes.
Mais, loin des touristes trop gras qui piétinent son ventre, laissons-nous étourdir encore un peu. Stephane Audeguy ne nous en voudra pas: L'amour change la pierre en chair, la chair en arbre, l'arbre qui se fait pierre, et la pierre, amour...
Stéphane Audeguy, Rom@ (Gallimard, 2011)
00:02 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Bloc-Notes, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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21.08.2011
Thierry Laget
Thierry Laget, La lanterne d'Aristote (Gallimard, 2011)
Invité au château dune comtesse - Azélie, descendante de la princesse de Clèves - afin de recenser les ouvrages de sa bibliothèque, un homme entre ainsi dans le monde fascinant des livres, dont certains sont déplacés ou disparaissent au fil des nuits. Un fantôme ou un locataire soigneusement dissimulé aux yeux de tous? Que cache cette fenêtre éclairée du château où pourtant nul n'est sensé habiter? Les relations entre la cuisinière, le factoton - l'homme à tout faire - et Azélie, ne sont-elles scellées par un lourd secret?
Si le style rappelle immanquablement Marcel Proust - dont Thierry Laget est un fervent admirateur - c'est du côté de Henry James qu'on retrouve cette ambiance singulière, à la fois étrange, un peu irréelle, où s'insinuent les passions les plus meurtrières. Malgré quelques longueurs, ce roman érudit exalte la beauté de la langue française, le pouvoir incandescent des livres, les remous du bonheur et de l'oubli.
Je vois que tous, tant que nous vivons, nous ne sommes que des simulacres ou une ombre légère...
10:26 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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