31/10/2013
La citation du jour
Catherine de Sienne
N'aimez pas Dieu pour vous-même, pour votre propre utilité, mais aimez Dieu pour Dieu, parce qu'il est la suprême bonté digne d'être aimée.
Catherine de Sienne, dans: Revue Ma Prière No 6, Octobre 2013 (mapriere.com)
image: Catherine de Sienne (womenintheology.org)
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Morceaux choisis - Fernando Pessoa
Fernando Pessoa
Il ne suffit pas d'ouvrir la fenêtrepour voir les champs et la rivière.Il ne suffit pas de n'être pas aveuglepour voir les arbres et les fleurs.Il faut également n'avoir aucune philosophie.Avec la philosophie, il n'y a pas d'arbres:il n'y a que des idées. Il n'y a que chacun d'entre nous,telle une cave.Il n'y a aucune fenêtre fermée,et tout l'univers à l'extérieur;et le rêve de ce qu'on pourrait voirsi la fenêtre s'ouvrait,et qui jamais n'est ce qu'on voitquand la fenêtre s'ouvre.
Fernando Pessoa, Poèmes désassemblés, dans: Le gardeur de troupeaux, suivi de: Poésies d'Alvaro de Campos (coll. Poésie/Gallimard, 2012)
traduit du portugais par Armand Guibert
image: fond-ecran-image.com
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30/10/2013
Le poème de la semaine
Guillevic
Autrefois,quand j'étais gamin,je me sentais étrangerau monde. C'étaitcomme si je n'en étais pas,et je me suis appliquéà m'incorporer à ce tout. Maintenant où s'approchema fin,et je le sais, je le vis,maintenantje n'ai plus d'effort à fairepour sentir pleinementle mondeseconde après seconde. Il est là et je suis en lui,je suis à lui,en lui je me plais. Quelques traces de craie dans le ciel,Anthologie poétique francophone du XXe siècle
02:05 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature; poésie | | Imprimer | Facebook |
29/10/2013
Véronique Olmi
Véronique Olmi, Sa passion (Grasset, 2007)
La rupture amoureuse – thème central de ce court roman – qui broie les cœurs et les corps, retire à Hélène sa raison de vivre, mais éprise d’absolu, saura-t-elle vivre le deuil de sa passion sans détruire ce qui l’a émue, épanouie, révélée à elle-même ? Prise dans un étau entre désir et raison, elle traversera les affres de la jalousie, de la possessivité, de la rancœur, avant de trouver la voie qui la libérera de sa prison. Au passage, une subtile évocation des milieux littéraires et de la famille d’Hélène.
également en format de poche (Livre de poche/LGF, 2008)
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28/10/2013
Musica présente - 80 Christian Zacharias
Christian Zacharias
pianiste et chef d'orchestre allemand, né en 1950
*
Wolfgang Amadeus Mozart
Piano Concerto No 5 in D major, K 175
(Stuttgart Radio Symphony Orchestra, Neville Marriner)
pour Giulia L
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27/10/2013
Morceaux choisis - Forugh Farrokhzâd
Forugh Farrokhzâd
merci à Fatiha OH
Quand viennent ces moments brefs et froids, tes yeux sauvages, silencieux, lèvent un mur autour de moi Je fuis sur les chemins perdusjusqu’à ce que des champs paraissent sous la poussière de la lunejusqu'à ce que nous ne fassions qu'un dans les sources de lumièrejusqu'à la brume chamarrée des chaudes matinées d'été Je fuis jusqu'à ce que ma robe déborde de lys du désertjusqu'à ce que nous entendionstous deux le coq qui appelle depuis le toit du villageoisjusqu'à ce que de tout son poids mon pied foule l'herbe du désertou que je m'y désaltère de rosée froide jusqu'à ce que sur une grèvevidedu haut de ses rochers perdus dans l'ombre nébuleuse, j'échappe aux choréographiesdes tempêtes sur la mer jusqu'à ce qu'en un soir lointain,- comme les pigeons sauvages, j'entreprenne le parcours des champs, du ciel, des montagnes jusqu'à ce que les oiseaux du désert crient de joied’entre les broussailles sèches je t'échappe pour que - loin de toije trouve le chant de l’espoir, ainsi que tout ce qu’il contient mais avec leur cris éteints tes yeux me brouillent le cheminvers la pesante grille d'or qui conduit au palais des songes,levant un mur autour de moi, comme la destinée d'un jour,au plus fort de son mystère j'échappe à l'envoûtement des victimes hésitantes,je me défais comme le parfum de la fleur coloriée des songes,m’agrippe à l'onde des cheveux de la nuit dans le zéphyr, m'en vais accoster le soleil dans un monde qu'un confort perpétuel a endormi je trébuche avec douceur sur un nuage doré,la lumière lance ses griffes au travers du ciel égayé,en une harmonieuse esquisse C'est de cet endroit-là qu'heureuseet libre, je fixe mes yeux sur un monde où le sortilège de ton regard construit un lien avec un regard confus Un monde où tes yeux envoûtants,au plus fort de leur mystère,lèvent un mur sur leur secret.Forugh Farrokhzâd, Le mur (lalapostings.blogspot.ch)
traduit du persan par Sylvie M. Miller
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26/10/2013
Morceaux choisis - Jean-Louis Kuffer
Jean-Louis Kuffer
Je me trouvais ce soir-là dans la lumière accordée de Cortone, et de ce balcon je voyais le monde, et je me disais que tout était bien. Je ne connaissais personne et nul ne savait où je me tenais à l'instant précis dans ce lieu de beauté. Je me sentais pure liberté et pure bonté dans cette lumière intemporelle. Je n'étais que réceptacle, ou qu'alambic, ou que vase communicant. Je ne voyais alors que la face claire du monde et je me délectais.
Un jour je m'étais éveillé à cette conscience et à cette effusion de l'être qui se reconnaît, et cette seconde naissance m'avait vu commencer de balbutier et de griffonner sur des paperoles avec la gravité de l'aspirant druide retrouvant les antiques formules au bois sacré.
Alors je me croyais seul au monde à éprouver cela puisque Verlaine et Rimbaud n'étaient plus, ni Vincent dont les soleils noirs irradiaient mes veilles enfumées de mage essentialiste de seize ans, ni Cendrars qui m'emmenait au bout du monde pour m'y laisser tout à fait enchanté, non moins qu'esseulé. Je pénétrais donc sans complice incarné dans cet invisible cercle où se perpétuaient les rites de la société des êtres, ne me doutant même pas de l'existence de celle-ci. Plus tard seulement me serait accordée la grâce de la Rencontre. Pour lors il ne me semblait voir alentour que des gens pratiques et pragmatiques aux yeux desquels la convenance se bornait à se lever le matin et à prendre le tramway, à se rendre au bureau puis à reprendre le tramway, et cela tous les jours ouvriers jusqu'au dimanche voué à la divine acclamation puis à la procession non moins rituelle dans les allées de l'ennui.
Or, plus j'avais cheminé par les années et plus je m'étais défié de cette espèce de somnolence suroccupée dans laquelle s'activait la nouvelle humanité programmée à la seule réalisation de son plan de carrière.
A Cortone, cette année-là, j'incarnais certes, la trentaine approchant, et n'ayant rien accompli jusque-là, le parangon du raté selon les critères de la norme, et pourtant je rendais grâce et me sentais tout allègre. A Cortone, ce soir-là, je ne voyais de l'Univers que les couleurs du tableau qui s'estompaient dans la lumière d'éternité: tous les verts assourdis des petits prés suspendus, de l'autre côté de la plaine du fond de laquelle montaient quelques fumées pensives, les touches d'ocre tendre ou de gris rouillé des murets, le gris bleuté des oliviers, les flammèches noir océan des cyprès solitaires ou groupés en rangs de croches sur la partition, et la couleur orange de l'heure diluant les tuiles tièdes et les murs terre de Sienne, et la paille dans le bleu du vert, et le blanc dans l'argile rougeoyante, et tantôt comme un voile de gaze, tantôt comme une feuille de papier huilé brouillaient la vision, puis se distinguaient de nouveaux détails et de nouveaux rapports dont la totalité plénière m'apparaissait comme une figure de l'harmonie pure.
C'était à Cortone, ce pouvait être partout mais ce soir-là c'était à Cortone que je m'étais retrouvé dans cet état chantant. J'avais sous les yeux l'image même du jardin humain: non la mythique prairie originelle mais le bocage et le pacage, le champ labouré, la haie, l'amenée d'eau, le plant de vigne arraché aux jachères, et subsistant aussi là-dedans le pavot et l'ortie, la ronce et l'odeur sauvage, le serpent cinglant là-bas sous les rocs et, là-haut, l'oiseau d'argent fusant de son propre élan sur champ d'azur coupé d'or.
Jean-Louis Kuffer, A la vie à la mort, dans: Par les temps qui courent (Campiche, 1995)
image: Cortone, Toscane / Italie (iltorrino.eu)
06:44 Écrit par Claude Amstutz dans Jean-Louis Kuffer, Littérature francophone, Littérature suisse, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; essai; morceaux choisis; livres | | Imprimer | Facebook |
Marie-Hélène Lafon
Marie-Hélène Lafon, L'annonce (Buchet-Chastel, 2009)
Eric savait par coeur certaines annonces choisies, Célibataire quarante-quatre ans un mètre soixante-sept soixante-neuf kilos sans enfants chauffeur agriculteur cherche jeune femme aimant campagne voulant fonder un foyer heureux désirant enfants ; ou encore, Cherche compagne cinquante soixante-deux ans féminine (bien bustée) sans attaches pour vie alternée Paris campagne. Paul, quarante-six ans, paysan à Fridières, Cantal, ne veut pas finir seul. Annette, trente-sept ans, vit à Bailleul dans le Nord avec son fils. Elle n'a jamais eu de vrai métier. Elle a aimé Didier, le père d'Eric, mais ça n'a servi à rien. Elle doit s'en aller. Recommencer ailleurs. Elle répond à l'annonce que Paul a passée...
Avec des mots aussi rugueux et chaleureux que ces paysages du Cantal, Marie-Hélène Lafon vous invite pour une saison à la campagne. Vous y ferez la rencontre de Paul, célibataire de 46 ans et d’Annette, 37 ans, mère d’Eric. Tout résonne avec justesse dans cette jolie histoire d’amour qui se découvre et s’épanouit au rythme lent de la terre. Vous l’adorerez !
également disponible en coll. de poche (Folio/Gallimrd, 2011)
06:26 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres | | Imprimer | Facebook |
25/10/2013
Morceaux choisis - Cesare Pavese
Cesare Pavese et Bianca Garufi
La dernière fois que j'allai à la mer avec elle, Silvia se rhabilla dans les genévriers et je la vis, baissée, faire tomber le maillot de ses jambes, toute rose et brunie. Son visage fut caché par ses cheveux. Je prononçai son nom, mais à voix si basse que, derrière ses cheveux, elle ne m'entendit pas. Ce fut la dernière fois, et ce jour-là, je ne l'avais même pas touchée. Puis nous partîmes et le lendemain elle me dit qu'elle en avait assez de moi. Alors je restai seul, et je ne mangeai que des fruits et des restes pendant plusieurs jours. J'aimais seulement sortir et marcher.
En marchant, je me demandais avec qui Silvia pouvait bien s'être mise. Il y en avait beaucoup qui la voulaient. J'y pensais même la nuit quand je ne pouvais pas dormir, et je lui parlais à voix basse, tout contre l'oreiller, comme si elle était là, à côté. Silvia, lui disais-je, reviens. Qu'est-ce que ça te coûte de revenir? Tu as été si peu de temps avec moi. Nous avons tant de choses à faire ensemble. Reviens.
Pendant tous ces jours, Silvia ne revint pas. Je ne savais pas avec qui elle vivait. Ce n'était pas elle qui avait disparu; elle n'avait changé en rien sa façon de vivre; je connaissais la maison, les chambres, les mots qu'elle disait, son réveil, les rues; celui qui s'était perdu, c'était moi et autour de moi je ne voyais plus rien que je connaisse. J'étais comme celui qui attend quelqu'un à un coin de rue, et cette personne tarde et il découvre avec stupéfaction des passants, des taches sur les murs, des magasins qu'il n'avait jamais vus. Il m'arrivait de voir d'autres femmes. Que de Silvia, me disais-je. Toute femme est une Silvia. Comment se fait-il?
J'avais connu d'autres Silvia par le passé. Ma vie était un entrelacs de Silvia qui m'avaient approché un instant. Elles se ressemblaient toutes, elle m'avaient toutes compris au premier mot. Mais cette fois, j'appris encore ceci: que ce que je souffrais à cause de Silvia n'était pas dû au hasard. Il fallait que je pense que c'était précisément avec Silvia qu'il ne m'était pas permis de vivre. Elle, ces yeux, ces cheveux, cette voix, n'étaient pas faits pour moi. Dès ma naissance, ils s'étaient formés et avaient grandi pour être vus, écoutés et embrassés par un autre, par un homme différent, qui n'aurait rien de moi, qui serait plus éloigné de moi qu'un animal ou un tronc d'arbre. Que pouvait-on y faire?
En ce temps-là, je croyais que la façon dont j'avais vécu avec Silvia était quelque chose d'irréparable, et que mon corps, ma peau et mes gestes, n'étaient plus ceux d'avant. Mais je savais que jour après jour, quelque chose de cette nouvelle substance s'en allait et il me semblait que j'y perdais mon sang, ma vie.
Au lieu de cela, une aube se leva et je revis Silvia. Elle m'avait fait appeler et elle parlait, embarrassée, en essayant de sourire. Elle vint à moi en se frottant une hanche qu'elle avait cognée contre la porte et elle me dit: Tu es encore vivant?
- Bien sûr, lui répondis-je.
- Qu'est-ce que ça fait mal, et elle frotta encore.
Elle me parla debout, dans la première pièce, parce que de l'autre côté, elle avait des gens qui faisaient du vacarme et je ne comprenais pas si elle riait d'une discussion qu'elle avait interrompue ou bien si elle voulait me faire fête. Tu as envie de rire? me demanda-t-elle.
- Pas toi?
- Non, ces gens m'ennuient, fit-elle. Tu n'es pas retourné en mer?
C'était l'hiver, et soudain il me sembla que le mois d'août revenait.
Cesare Pavese et Bianca Garufi, Grand feu / extrait, dans: Nuit de fête et autres récits (Gallimard, 1972)
traduit de l'italien par Pierre Laroche
image: seratedimedane.wordpress.com
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24/10/2013
Claire Genoux
Claire Genoux, Faire feu (Campiche, 2011)
Si ce livre était un roman, il serait parsemé de points de suspension, pour précéder les premiers mots, un passé de griffures, de désirs, d'attentes; si ce livre était un roman, il serait suivi de points de suspension, un avenir incertain peut-être, précaire, obsédant; mais il s'agit de poésie, d'instants célébrés, là où l'obscurité de toutes choses révèle le corps, la peur et la faim, la vivante flamme jaillie de l'abîme qu'entretient l'autre, cette étoile qui danse. Un présent d'interrogations où alternent la résistance et l'abandon, l''avidité et l'insondable: Rien ne vous parlera de ma part d'errance / sous le pré bouclé des lunes / ni de l'amitié des morts claquée à la corde des doigts.
Une mélodie attachante comme une musique de chambre épanouie et sèche, mélancolique à la manière d'une liane rare qui enserre l'arbre, s'accroche à ses plus hautes branches sans pouvoir s'y maintenir.
Donnez-moi un tas dur / une croix sous le bâton du vent / que ce soit vos bras / votre main nue / qui me rende lourde à la neige des feuilles / car ceux qui m'aiment ne savent pas / ce qui enfonce en moi / et qui jamais ne se tassera.
Outre un recueil de nouvelles, Ses pieds nus et Poésies 1997-2004 qui ont déjà été présentés dans ces colonnes, Claire Genoux - née à Lausanne en 1971 - a obtenu, avec Saisons du corps, le Prix Ramuz de la poésie en 1999. Ses ouvrages sont disponibles aux éditions Bernard Campiche.
00:08 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Littérature suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie; livres | | Imprimer | Facebook |