29.02.2012
Le poème de la semaine
Nadia Tuéni
En pays de prièresla lumière habite un vitrail.Le matin glisse dans la chapelle,un moine et son ombre jumelle.La vierge dort sous son émail.Le soleil professe et travaille,sur les terres de Mâr Charbel. En pays de prières,la montagne à un double nez;des larmes en formes de peupliers.On cultive entre les rochers,graines et fleurs de chapelets. En pays de prièresla lune quitte son orbite.Un enfant cache dans la bruyère,un Ave plus quatre Pater. Et la nuit ouvre sa portière,s'en échappe une Carmélite,qui serre dans son aumônière,des dragées blanches d'eau bénite.La lune quitte son orbite,pour rejoindre sur la clairièrela robe brune de l'Ermite. En pays de prièresles corps sont bribes d'un même secret.C'est le souffle du Juste,qui rend plus bleu le ciel,au-dessus des vallées. Quelques traces de craie dans le ciel,Anthologie poétique francophone du XXe siècle
07:24 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature francophone, Nadia Tuéni, Quelques traces de craie dans le ciel - Anthologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; poésie |
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27.02.2012
Coup de gueule
Bloc-Notes, 27 février / Lausanne

Je me suis toujours interdit d'aborder les sujets politiques, particulièrement en période d'élection présidentielle française. Je n'en connais que trop les dérives nauséabondes, rencontrées même sur les sites des médias tricolores en 2007 - donc bien avant la naissance de La scie rêveuse et de mon compte Facebook - ouvrant les vannes, sous le couvert de l'anonymat, aux insultes, aux clichés, aux menaces, aux règlements de comptes et attaques de bas étage, expressions d'une moralité de caniveau très peu à la gloire des vertus libertaires défendues par les réseaux sociaux: une volonté de comprendre, de dialoguer, d'oser une opinion qui, à défaut d'être approuvée, pour le moins susciterait un débat. Rien de tout cela. Seule la presse helvétique, pourtant traditionnellement à gauche - 24 Heures, La Tribune de Genève et Le Temps - m'a permis de témoigner, parfois, de mon désaccord quant aux analyses des journalistes de la campagne, version français de l'étranger ou suisses tout simplement intéressés par une nouvelle conception de la politique qui, tout à coup, nous interpellait, nous aussi, dans notre culture démocratique.
A cette époque, j'étais - sans le savoir encore - du côté du vainqueur. Serai-je aujourd'hui dans le camp du vaincu? Comme je l'ai dit plus haut, je m'étais juré de ne pas revenir sur ce sujet, si la mise en scène détestable de l'actualité présidentielle, aujourd'hui, ne m'avait obligé à sortir du bois. Le détonateur: un rapport de l'Institut Thomas More sur les réformes entreprises par Nicolas Sarkozy, à quelques mois de la fin de son mandat, cité par Eric Brunet, dont il sera question un peu plus loin. La synthèse de cette étude régulièrement mise à jour vaut la peine d'être lue, en 31 pages accessibles sur Internet et dont le lien figure à la fin de cet article.
Singulier contraste avec le fiasco du quiquennat, dénoncé récemment par François Hollande à Rouen. On apprend en effet, que sur 1'319 annonces de réformes lors de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 et au cours de sa présidence, 1'246 ont été traitées et 931 ont été réalisées. Seules, 73 ont été abandonnées ou reportées, malgré le cataclysme financier de 2008 et la crise européenne de 2011. Très exactement, 70.55% des promesses ont été tenues. Menteur, Nicolas Sarkozy?
Que n'a-t-on dit ou écrit au fil de ces cinq dernières années sur lui, avec un acharnement et une violence jamais vus avant sa présidence! Eric Brunet en dresse un catalogue exhaustif qui justifie à lui seul que je choisisse de remettre l'église au milieu du village. Le voyou de la République - comme le surnomme l'hebdomadaire Marianne - a toujours su que la France, fille jouisseuse et dépensière, s'est offert les 35 heures, quand elle aurait dû améliorer sa compétivité, redéfinir le rôle de l'Etat, prioriser le secteur industriel, réformer la protection sociale, repenser la politique de formation... En conscience, Mitterand et Chirac ont laissé le sale boulot au Président suivant, Nicolas Sarkozy, qui a réformé deux fois plus que ses prédécesseurs ne l'ont fait en vingt-six ans!
Bien sûr que des erreurs ont été commises au cours de ce quiquennat, telles le bouclier fiscal ou la nuit de fête au Fouquet's, moins grave tout de même que l'affaire du Rainbow Warrior sous l'ère Mitterand dont les français semblent avoir occulté le souvenir, et pas plus onéreuse que celle de François Hollande à la Maison de l'Amérique latine, après sa victoire aux primaires socialistes... J'ajoute enfin, à l'actif de Nicolas Sarkozy, son rôle dans la libération d'Ingrid Bettencourt et dans la crise lybienne où la France fut la première à choisir son camp. Les politiques, les militants et les sympathisants du Tout-sauf-Sarkozy seraient-ils frappés par une soudaine et brutale amnésie?
Si vous n'êtes pas inféodés par les partis politiques, la presse et l'édition antisarkozystes à 80% - muselées par le Chef de l'Etat, paraît-il? - lisez le témoignage de Eric Brunet, Pourquoi Sarko va gagner, afin d'en revenir aux faits et de nuancer - c'est la moindre des choses - ces médias et parasites du système qui, il y a cinq ans, ont voulu un roi, afin de lui couper la tête chaque jour, quoiqu'il fasse.
En 2005, il avait lancé, lors d'un débat sur RTL à François Hollande: Je me demande si le conservateur, ce n'est pas vous. Il ajoute aujourd'hui: Je ne gagnerai pas parce que je suis aimé, mais parce que je suis crédible.
Les paris sont ouverts, mais une chose est sûre, quel que soit le verdict des urnes: après Nicolas Sarkozy, la mission du Président de la République ne sera jamais plus la même...
Eric Brunet, Pourquoi Sarko va gagner (Albin Michel, 2012)
La baromètre des réformes de Nicolas Sarkozy: http://www.barometre-sarkozy.com/index.php?pages/2-ans-apres

03:06 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Documents et témoignages, Le monde comme il va, Nicolas Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : actualité; document; politique; livres |
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26.02.2012
Michael Cunningham
Michael Cunningham, Crépuscule (Belfond, 2012)
présenté par Thierry du Sordet - Payot Libraire, Nyon
Peter et Rebecca Harris, la quarantaine, mariés depuis longtemps, se font grignoter par la routine et l'usure du temps: Rebecca avec sa revue d'art contemporain, et surtout Peter qui, dans sa recherche de la beauté absolue, est en train de s'enterrer en lui-même. L'arrivée du très jeune frère de Rebecca, Mizzy - beauté androgyne de vingt-trois ans au charme ambigü - forcera Peter à ouvrir sa boîte de Pandore... A mi-chemin entre Mrs Dalloway et Mort à Venise, ce titre est à ranger parmi les tout grands romans de Michael Cunningham, auteur qui porte encore en lui le fantôme de Virginia Woolf.
01:33 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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Morceaux choisis - Mario Rigoni Stern
Mario Rigoni Stern

Quand le beau temps coïncide avec ma disponibilité, j'aime partir avec mes souvenirs sur les sentiers et les chemins forestiers; j'observe, aussi, et j'écoute, les signaux que la nature communique au fil des saisons et des années. Mais c'est quand des amis se joignent à moi que je rêve et réfléchis le plus. Ces compagnons de route ne sont plus présents physiquement, leur corps est resté dans des endroits lointains: enseveli sur des montagnes, ou dans la steppe; dans des cimetières de village avec une simple croix, ou de ville avec une dalle et des fleurs. Et c'est avec eux que je suis et que je converse, en me souvenant. Ceux qui ne croient pas, ou ceux qui croient, peuvent regarder ma façon d'agir avec une bienveillante indulgence. Peu m'importe: moi aussi j'ai des doutes mais il me plaît, certaines fois, de les ignorer.
Dans "De senectute", Bobbio écrit: "Quand tu parcours les lieux de ta mémoire, les morts se pressent autour de toi, et leur groupe devient chaque année plus nombreux. La plus grande partie de ceux quio t'ont accompagné t'ont abandonné. Mais toi tu ne peux pas les effacer comme s'ils n'avaient pas existé. Au moment où tu les rappelles à ton esprit tu les fais revivre, au moins pour un instant, et ils ne sont pas tout à fait morts, ils n'ont pas complétement disparu dans le néant..." Dans ces lumineuses journées de fin d'hiver je pars presque chaque matin par une route en plein bois avec mes skis légers aux pieds; et aujourd'hui c'est le cher Primo Levi qui m'accompagne. Jadis il m'avait écrit qu'il aurait voulu tout abandonner, prendre ses skis et venir avec moi; mais il lui était difficile de sortir de la ville: les embouteillages, le trafic sur l'autoroute, les obligations qu'il avait, et bien d'autres choses encore, ne lui permettaient pas de le faire. Maintenant, dégagé de ces liens. il peut le faire et il m'attend au carrefour où la route forestière, que le chasse-neige ne déblaye pas, se détache de la nationale et s'enfonce entre les arbres encore décorés par la dernière chute de neige.
Mario Rigoni Stern, Sentiers sous la neige (La Fosse aux Ours, 2000)
mage: Alfred Sisley - La neige à Louveciennes
01:32 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature italienne, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; récit; livres |
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25.02.2012
Alexandra Marinina
Alexandra Marinina, La septième victime (Seuil, 2011)
présenté par Anne-Claude Thorin - Payot Libraire, Nyon
Anastasia Karmenskaïa, officier de la police de Moscou, est invitée à une émission télévisée en direct sur Les femmes aux métiers extraordinaires. Il faut dire qu'en Russie elles sont en tout et pour tout trois officiers dans la brigade criminelle. Nastia convainc son amie Tatiana, juge d'instruction et auteur de romans policiers populaires, de la suivre dans l'aventure. A quelques minutes de la fin de l'émission, juste derrière un spectateur occupé à poser une question à Nastia, surgit une pancarte: Puisque tu es si intelligente, devine où tu vas rencontrer la mort...
Pour la première fois, Anastasia Kamenskaïa, la super enquêtrice moscovite, tremble et lutte contre un ennemi brillant, glacial et déterminé. Ce polar angoissant nous entraîne dans l’univers des arts, des intellectuels et de la désillusion post-communiste. Excellent!
également disponible en format de poche (coll. Points/Seuil, 2012)
07:20 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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Morceaux choisis - Rainer Maria Rilke
Rainer Maria Rilke
Rainer-Maria Rilke, Vergers (coll. Poésie/Gallimard, 1978)
01:47 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère, Littérature francophone, Morceaux choisis, Rainer-Maria Rilke | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; poésie; livres |
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24.02.2012
Jonas Jonasson
Jonas Jonasson, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire (Presses de la Cité, 2011)
présenté par Fabienne Kranck - Payot Libraire, Nyon
Le jour de ses cent ans, alors que tous les notables de la ville l'attendent pour célébrer l'événement, Allan Karlsson s'échappe par la fenêtre de sa maison de retraite quelques minutes avant le début de la fête organisée en son honneur. Ses plus belles charentaises aux pieds, le vieillard se rend à la gare routière, où il dérobe une valise dans l'espoir qu'elle contienne une paire de chaussures. Mais le bagage recèle un bien plus précieux chargement, et voilà comment Allan se retrouve poursuivi par la police et par une bande de malfrats…
Allan ne fêtera pas son centième anniversaire dans sa maison de retraite. Il a décidé de mettre les voiles! Au fil de péripéties toutes plus loufoques les unes que les autres, nous faisons connaissance avec ce personnage peu ordinaire que Staline, Truman, Mao et bien d’autres grands de ce XXe siècle se sont arraché, car il connaissait la formule pour fabriquer la bombe atomique... Un roman à hurler de rire avec lequel vous passerez un excellent moment!
00:15 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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Morceaux choisis - Blaise Cendrars
Blaise Cendrars

Je voulais indiquer aux jeunes gens d’aujourd’hui qu’on les trompe, que la vie n’est pas un dilemme et qu’entre les deux idéologies contraires entre lesquels on les somme d’opter, il y a la vie, la vie, avec ses contradictions bouleversantes et miraculeuses, la vie et ses possibilités illimitées, ses absurdités beaucoup plus réjouissantes que les idioties et les platitudes de la politique, et que c’est pour la vie qu’ils doivent opter, malgré l’attirance du suicide, individuel ou collectif, et de sa foudroyante logique scientifique. Il n’y a pas d’autres choix possibles. Vivre!
Blaise Cendrars, Le lotissement du ciel (coll. Folio/Gallimard, 2010)
00:08 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature francophone, Littérature suisse, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; morceaux choisis; livres |
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23.02.2012
Morceaux choisis - Colette Fellous/Paul Nizon
Colette Fellous et Paul Nizon

Je dévorais et buvais sa présence, ses yeux avec ces mignones petites taches dans le brun clair, la bouche joliment peinte, et surtout cette façon qu'avaient ses lèvres de laisser passer la voix. Pas seulement le son, mais les mots, les phrases dans cette langue étrangère que j'aime tant, et quel frisson quand cette voix prononçait mon nom. Je ne pouvais me rassasier de son visage ni de ses doigts fins aux ongles merveilleusement soignés qui maniaient les couverts.
J'enregistrais tout cela, ce port de reine, la lumière de son visage, notre intimité, et j'étais conscient que cette heure et ces secondes n'auraient eu lieu qu'une fois, j'aimais t sentais le monde autour de moi comme jamais, la rue avec ses mélopées du soir, tout, j'étais aveugle et voyant. Miracle sur miracle, moi avec elle, dans cette ville unique, et c'était comme si elle l'avait inventée pour moi et qu'elle me l'offrait, à moi. A moi seul.
Colette Fellous et Paul Nizon, Maria Maria (Maren Sell, 2004)
08:29 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Colette Fellous, Littérature francophone, Littérature suisse, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; récit; livres |
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Steinunn Sigurdardottir
Steinunn Sigurdardottir, Cent portes battant aux quatre vents (Héloïse d'Ormesson, 2011)
présenté par Sonia Castro - Librairie Payot, Nyon
Plus de vingt ans ont passés depuis que Brynhildur a quitté Paris où elle a été étudiante à la Sorbonne. Mais un court séjour dans la capitale ainsi qu'une aventure inattendue et sans lendemain la projettent malgré elle face à ses souvenirs de jeunesse, parmi lesquels, celui du grand amour à côté duquel elle est passée. Pourquoi ne saisit-on pas le bonheur lorsqu'il passe? Pourquoi tous ces tourments et ces attirances non réciproques?
Brynhildur part à Paris afin de trouver un paravent pour sa fille. Tournant dans la capitale, elle atterrit dans une petite boutique où elle va vivre une expérience charnelle qui fera jaillir de sa mémoire ses souvenirs d’étudiante. Elle retrouve alors les rues qu’elle prenait en suivant son professeur de grec qu’elle aimait. La nostalgie d’une femme qui regarde sa vie passée, essayant d’y trouver du réconfort.
08:15 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature; roman; livres |
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