29/07/2012
Morceaux choisis - Ingeborg Bachmann
Ingeborg Bachmann

Ingeborg Bachmann, Amour explique moi, dans: Anthologie bilingue de la poésie allemande (Bibliothèque de la Pléiade/Gallimard, 1995)
image: Tamilia, Emotions (tamilia.deviantart.com)
23:08 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature; poésie; anthologie; livres |
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Au bar à Jules - De Ondine
Un abécédaire: O comme Ondine

On ne lit plus guère Jean Giraudoux, et on a bien tort. Ondine par exemple: une pièce de théâtre inspirée par le conte du romantique allemand Frédéric de La Motte-Fouqué. Il y raconte l'histoire d'une nymphe qui veut s'incarner, non pour trouver dans le monde un univers plus vaste que le sien, mais celui de l'amour apparu sous les traits de Hans, un chevalier errant. En son nom, elle veut prêter vie au sentiment le plus noble, le plus parfait, le plus bouleversant: Le seul homme digne d'être aimé est celui qui ressemble à tous les hommes, qui a la parole, les traits de tous les hommes, qu'on ne distingue des autres que par des défauts ou des maladresses en plus. (...) prélude à un feu intérieur qui, jusqu'alors, lui était inconnu: Depuis que je t'aime, ma solitude commence à deux pas de toi.
Mais dans sa transgression, Ondine à la fois légère et déterminée, sera confrontée à ce qui lui était étranger dans son milieu naturel: le mensonge, l'infidélité, la trahison et la douleur d'un rêve inaccessible qui ne peut fleurir que dans l'imperfection qu'imposent la fragilité et la complexité des sentiments humains : C'est tout petit dans l'univers, le milieu où l'on s'oublie, où l'on change d'avis, où l'on pardonne, l'humanité comme vous dites... Chez nous, c'est comme chez le fauve, comme chez les feuilles du frêne, comme chez les chenilles, il n'y a ni renoncement, ni pardon. A ses dépens, Ondine apprendra que les passions les plus exceptionnelles sont aussi les plus vulnérables.
Elle l'exprimera avec mélancolie et force dans un pathétique aveu, lot de bien des amours de tous les âges: Nous sommes chez les humains. Que je sois malheureuse ne prouve pas que je ne suis pas heureuse. Et plus loin: Les bras des hommes leur servent surtout à se dégager.
Ces mots qui ne subissent en rien la flétrissure du temps sont là pour nous dire à voix basse que la recherche de l'absolu - là où il n'a pas cours - ne peut conduire qu'à la désillusion et qu'il importe peut-être de vivre le moment présent - éphémère autant qu'inexplicable - comme un bonheur inespéré quand il se trouve, là et maintenant, sans l'enfermer dans nos vertiges imaginaires qui savent avec tant de conviction l'évincer du réel...
Jean Giraudoux, Ondine (coll. Livre de poche/LGF, 2000)
image: Fanny Cerrito, Pas de l'ombre / Anonyme - Ondine (Illustrated London News, 1843)
16:21 Écrit par Claude Amstutz dans Au bar à Jules - Un abécédaire 2012, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; théâtre; livres |
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28/07/2012
Musica présente - 24 Montserrat Figueras
Montserrat Figueras
cantatrice catalane, 1942 - 2011
(épouse de Jordi Savall)
*
Samuel Scheidt: Pavan
Samuel Scheidt: Galliard Battaglia
Claudio Monteverdi: Lamento D'Ariana
Giovanni Gabrieli: Canzon III
Bastian Chilese: Canzon In Echo
Jacopo Peri: Lamento Di Iole
Luigi Rossi: Fantasia "Les Pleurs d'Orphée"
Nicolo Fontei: Pianto D'Erinna
Anonyme: Sarabande Italienne
Gioseffo Guami: Canzon Sopra La Battaglia
Barbara Strozzi: Il Lamento "Su'l Rodano Severo"
Andrea Falconieri: Battaglia De Barabasso Yerno De Satanas
Hesperion XXI, Jordi Savall
09:06 Écrit par Claude Amstutz dans Jordi Savall, Musica présente, Musique classique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique classique |
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Jean Giono
Jean Giono, Le chant du monde (coll. Folio/Gallimard, 2000)
Un jour d'automne, sur les bords d'un fleuve non nommé, Antonio, l'homme du fleuve, vivant dans l'île des Geais et qu'on appelle Bouche d'or - car il sait parler, inventer des chansons et séduire les femmes - reçoit la visite de son ami Matelot, un ancien marin. Ce dernier est devenu bûcheron et a eu deux fils, des jumeaux, des bessons, dont l'un est mort. L'autre, celui aux cheveux rouges, est parti chercher du bois au pays Rebeillard, dans le haut de la vallée, l'été dernier, mais il n'est pas revenu. Ils décident alors de partir à sa recherche. En chemin, ils rencontrent dans un bois Clara, une jeune aveugle sur le point d'accoucher. Ils l'aident, la mettent à l'abri chez la mère Delarue. Antonio en tombe amoureux. Mais ils comprennent que le propriétaire des pâturages, le riche Maudru, mène avec ses bouviers une chasse à l'homme sans pitié contre le Besson qui a enlevé la fille de Maudru, Gina, consentante bien que promise au neveu de son père. Le Besson évite un premier piège mais blesse mortellement le neveu Maudru. Antonio et le Matelot rejoignent le couple traqué chez Toussaint, le guérisseur bossu, beau-frère du Matelot. L'hiver est arrivé. Gina la vieille, soeur de Maudru et mère du mort, se joint à ceux qui veulent abattre le Besson. À la fin d'une fête villageoise, où Clara a retrouvé Antonio, le Matelot est battu à mort par les bouviers. Au comble de la fureur, le Besson, accompagné d'Antonio, met le feu à la ferme de Maudru...
Hymne à la vie où l'instinct, l'honneur et la passion brute font corps avec le paysage - le fleuve, la forêt, la montagne - ce roman respire d'un lyrisme, d'une sensualité et d'une profondeur rares, tout au long de cette histoire intime, tragique, sauvage qui pénètre le lecteur comme une mélodie dont on ne parvient pas à se défaire: On entendait chanter les pins là-bas devant et une autre odeur venait aussi, avivée et pointue, puis soyeuse et elle restait dans le nez, et il fallait se le frotter avec le doigt pour la faire partir. C'était l'odeur des mousses chevrillonnes; elles étaient en fleurs, écrasées sous de petites étoiles d'or.
Plongeant ses racines au coeur des complexités de l'homme, de son rapport aux autres hommes et à la nature indomptable charriant et mêlant aussi bien la vie que la mort avec une étonnante fraîcheur, ce roman est l'un de mes préférés de la littérature française contemporaine, que je lis et relis à chaque fois avec un même bonheur!
De l'œuvre de Giono - écrit Henry Miller - quiconque possède une dose suffisante de vitalité et de sensibilité reconnaît tout de suite le chant du monde. Pour moi, ce chant dont il nous donne avec chaque nouveau livre des variations sans fin, est bien plus précieux, plus émouvant, plus poétique, que le cantique des cantiques...
05:08 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature: roman; livres |
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Au bar à Jules - De la normalité
Un abécédaire - N comme Normalité

S'il est un mot, un seul que j'abhorre - et pas uniquement en politique! - c'est bien celui de normalité. Dans le dictionnaire Littré on peut lire qu'est normal, ce qui est conforme à la norme, courant, ordinaire. Il n'en faut pas davantage pour y reconnaître le profil du gendre idéal, de l'employé modèle ou de l'apprenti philosophe toujours d'accord avec le grand nombre: vertueux souvent cité en exemple, admiré pour sa faculté d'adaptation au conformisme ambiant, sage de paccotille qui ne sait que répéter ce que disent les autres.
Je leur ai toujours préféré les insoumis, les imaginatifs, les passionnés ou les atypiques en tous genres, alliant la candeur, la sincérité, l'audace et les contradictions, dans la vie réelle comme parmi mes artistes préférés. L'un d'entre eux - Stendhal - illustre bien cette humeur qui, en d'autres circonstances effleure ma pensée: Je ne suis plus si content de cette bonne compagnie par excellence, que j'ai tant aimée. Il me semble que sous des mots adroits elle proscrit toute énergie, toute originalité. Si l'on n'est copie, elle vous accuse de mauvaises manières. Et puis la bonne compagnie usurpe. Elle avait autrefois le privilège de juger de ce qui est bien; mais depuis qu'elle se croit attaquée, elle condamne, non plus ce qui est grossier et désagréable sans compensation, mais ce qu'elle croit nuisible à ses intérêts.
Lit de rivières sans profondeur où ne se déverse jamais que l'écume d'eaux usées, la normalité - parente d'un immobilisme bien pensant - est peut-être, en fin de compte, le vrai visage de la bourgeoisie. Dans le très beau film Providence de Alain Resnais, Dirk Bogarde partage à son père John Gielgud cette méditation à laquelle j'ai toujours souscrit: Un bourgeois, c'est celui pour qui les idéologies nouvelles signifient la mort de ses valeurs.
Et ces nouveaux bourgeois baba cool qui ne s'avouent pas l'être, sont légion aujourd'hui autant qu'ils l'étaient autrefois. Seul leur uniforme et les pancartes brandies ont changé. Pas vrai?
Alain Resnais, Providence (Avant Scène No 195, 1977)
image: ilovegenerator.com
00:15 Écrit par Claude Amstutz dans Au bar à Jules - Un abécédaire 2012, H.B. dit Stendhal, Le monde comme il va | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; cinéma; livres |
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27/07/2012
Sean Burke
Sean Burke, Au bout des docks (Rivages, 2007)
Un matin de Pâques, dans le quartier des docks de Cardiff, le pharmacien Jack Farissey se réveille dans une arrière-boutique sur une bâche en plastique, aux côtés de son ami d'enfance, le musicien Jess Simmonds. Couverts de sang, abrutis par la drogue et l'alcool, ils n'ont aucun souvenir de ce qu'ils ont pu faire la veille. Mais le quartier est en ébullition : la prostituée Christina Villers a été sauvagement assassinée dans un appartement sordide. Heureusement pour Jack et Jess, la police a deux suspects idéaux : les frères Baja, caïds de la pègre locale contre lesquels avait témoigné la victime. Commence alors pour Jack une odyssée hallucinée, un voyage au cœur des ténèbres: celles de la nuit, de la drogue et de l'alcool, mais aussi celles de son passé, de tout ce qu'il partageait avec Jess, à commencer par Victoria, la femme qu'ils ont tous deux aimée et qui attend aujourd'hui un enfant.
Ce roman noir nous entraîne dans le monde de Jack, Jess et Victoria, qui tentent de survivre tant bien que mal dans un univers halluciné en pleine mutation où se débattent comme des fantômes les marginaux, les ratés, les laissés-pour-compte de toute sorte dont personne n’a cure. Un faux thriller lyrique et désespéré.
Egalement disponible en coll. de poche (Rivages/Noir, 2010)
01:22 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature: roman; livres |
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25/07/2012
Le poème de la semaine
Andrée Chedid
Je reste émerveilléeDu clapotis de l’eauDes oiseaux gazouilleursCes bonheurs de la terre Je reste émerveilléeD’un amourInvincibleToujours présent Je reste émerveilléeDe cet amourArdentQui ne craintNi le torrent du tempsNi l’hécatombeDes jours accumulésDans mon miroirDéfraîchi Je me souris encoreJe reste émerveilléeRien n’y faitL’amour s’est implantéUne foisPour toutes De cet amour ardentje reste émerveillée
06:20 Écrit par Claude Amstutz dans Andrée Chedid, Littérature francophone, Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie |
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24/07/2012
Musica présente - 23 Maria Joao Pires
Maria Joao Pires
pianiste portugaise, née en 1944
*
Jean Sébastien Bach: French suite No 2 in C minor, BWV 813
Robert Schumann: Arabeske, Op 18
Franz Schubert: Moments musicaux No 6 in A major, D 780
Frédéric Chopin: Nocturne No 1 in C minor, Op 48
Frédéric Chopin: Nocturne No 2 in F minor, Op 48
Frédéric Chopin: Nocturne No 2 in E major, Op 62
Wolfgang Amadeus Mozart: Piano Concerto No 14 in E major, K 449
(Berliner Philharmoniker, Claudio Abbado)
Wolfgang Amadeus Mozart: Piano Sonata No.16 in C major, K 545
Wolfgang Amadeus Mozart: Piano Sonata No.4 in E major, K 282
Wolfgang Amadeus Mozart: Piano Sonata No 13 in B major, K 333
Wolfgang Amadeus Mozart: Piano Sonata No 11 in A major, K 331
merci à Judith S
22:47 Écrit par Claude Amstutz dans Claudio Abbado, Franz Schubert, Frédéric Chopin, Jean Sébastien Bach, Maria Joao Pires, Musica présente, Robert Schumann, Wolfgang Amadeus Mozart | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique classique |
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La citation du jour
Fernando Pessoa

L'ombre d'un arbre, mes enfants, est préférable à la connaissance de la vérité, parce que l'ombre de l'arbre est vraie tant qu'elle dure, et la connaissance de la vérité est fausse dans la connaissance elle-même. Le vert des feuilles, pour vous faire comprendre, est préférable à une grande pensée, car vous pouvez montrer aux autres le vert des feuilles, et vous ne pourrez jamais montrer aux autres une grande pensée. Nous naissons sans savoir parler et nous mourrons sans avoir su dire.
Fernando Pessoa, Contes fables et autres fictions (La Différence, 2011)
image: Carmen Cordelia
08:14 Écrit par Claude Amstutz dans La citation du jour, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : citations; livres |
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23/07/2012
Au bar à Jules - Du mime
Un abécédaire - M comme mime

C'est en 1973 que Lindsay Kemp réalise son spectacle le plus subversif, cruel, d'une beauté vénéneuse, intitulé Flowers, un hommage à Jean Genêt et à Notre-Dame-des-fleurs, l'une des oeuvres majeures de son auteur. Mais faisons un petit retour en arrière: Lindsay Kemp est né en 1938 à South Shields. Son père était marin, disparu en mer en 1940. Avec sa mère, ils déménagent à Bradford où il étudie la danse avec Hilde Holger et le mime avec Marcel Marceau. Dès son plus jeune âge, il eut la danse dans le sang: Je dansais sur la table de cuisine pour distraire les voisins. Je veux dire, c'était une surprise pour eux de voir un petit garçon tout maquillé, dansant sur les pointes. Finalement, cela en était devenu un peu trop pour ma mère, et elle décida de m'envoyer en pension à l'âge de huit ans, espérant que cela me donnerait un peu de bon sens.
Acteur, mime et chorégraphe, Lindsay Kemp devient connu du grand public en 1968 au Festival d'Edimbourg et dans sa classe, voit s'épanouir Kate Bush et surtout David Bowie qui conservera du passage dans sa troupe, un goût inné pour la mise en scène provocatrice et un registre de créations ambiguës auquel son physique se prête avec ingénuosité. Lindsay Kemp apparaît dans plusieurs films, dont Sebastiane et Jubilee de Derek Jarman, ainsi que dans The Wicker Man de Robert Hardy. Plus important, parmi ses spectacles en qualité de mime et de danseur, mentionnons A Midsummer Night's Dream, Nijinsky, Big Parade et Cerentola.
Avec la Lindsay Kemp Company, la pantomime Flowers est interprétée pour la première fois à Londres, en 1968 et connaît un succès considérable - prélude à une tournée internationale - dépassant, et de loin, la communauté gay. Une mise en scène hallucinante, avec en toile de fond, les musiques de Wolfgang Amadeus Mozart, Johann Strauss et Pink Floyd. Une descente aux enfers sauvage, burlesque, magique, destructrice et pourtant follement drôle, laissant au coeur du spectateur - et j'étais du nombre - un souvenir inoubliable: tout le parfum sulfureux d'un Jérôme Bosch revisité par un Francis Bacon pour la violence des traits, l'expression de la sexualité et le sens du défi permanent.
En 2002, Lindsay Kemp quitte l'Angleterre pour s'installer en Italie. Il y réalise parmi d'autres créations Salieri, Elizabeth's Last Dance, L'oiseau de feu et L'histoire du Soldat.
Avec le lien ci-dessous - vimeo.com - vous pouvez si le coeur vous en dit, visionner en films et images plusieurs spectacles de Lindsay Kemp...


images: Lindsay Kemp
sources: Wikipedia (http://en.wikipedia.org/wiki/Lindsay_Kemp)
extrait de Flowers: Maya Cusell / Madrid 1986 (http://vimeo.com/9805444)
Jean Genêt, Notre-Dame-des-fleurs (coll. Folio/Gallimard, 2012)
23:36 Écrit par Claude Amstutz dans Au bar à Jules - Un abécédaire 2012, Littérature francophone, Wolfgang Amadeus Mozart | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; musique; danse; livres |
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