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11/08/2013

Les pièces de Shakespeare 9b

La tempête

En 1980, la BBC a réalisé sous la direction de John Gorrie, une superbe adaptation de La tempête, avec Michael Hordern, Warren Clarke, Pipa Guard et l'ensemble de la Royal Shakespeare Company. En voici l'épilogue, précédé du texte français et suivi du texte original en anglais, dont l'harmonie est sans équivalent.

Maintenant, mes charmes sont abolis.
A mon chétif pouvoir je suis réduit.
Maintenant c'est à vous de décider
Si je reste ici confiné
Ou si je suis à Naples renvoyé.
Mais puisque j'ai mon duché reconquis
En pardonnant à qui me l'avait pris,
Ne me laissez pas sur ce rocher nu,
Par votre pouvoir retenu,
Mais libérez-moi de mes liens
A l'aide de vos bonnes mains.
Que le souffle de bienveillants murmures
Vienne souffler dans la mâture,
Gonflant ma voile, car, sinon,
J'aurai manqué mon but: vous plaire.
Je n'ai plus d'esprits pour règner
Ni de magie pour enchanter.
Faut-il donc que je désespère?
Non, si m'assiste la prière
Qui du Ciel force la Merci
Et toutes les fautes délie.
Vous voudriez être pardonnés pour vos offenses?
Moi de même.
Ainsi donc, que me délie votre indulgence.
 

 
Now my charms are all overthrown, 
And what strength I have's mine own, 
Which is most faint: now, 'tis true, 
I must be here confined by you, 
Or sent to Naples. Let me not, 
Since I have my dukedom got 
And pardon'd the deceiver, dwell 
In this bare island by your spell; 
But release me from my bands
With the help of your good hands: 
Gentle breath of yours my sails 
Must fill, or else my project fails, 
Which was to please. Now I want 
Spirits to enforce, art to enchant, 
And my ending is despair, 
Unless I be relieved by prayer, 
Which pierces so that it assaults 
Mercy itself and frees all faults. 
As you from crimes would pardon'd be,
Let your indulgence set me free.
 

La tempête, traduit par Jean-Louis Curtis (coll. Papiers/Actes Sud, 1986)

00:24 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Théâtre, William Shakespeare | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; théâtre; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

Les pièces de Shakespeare 9a

La tempête

William Shakespeare.jpg

S'il me fallait emporter sur une île déserte une seule pièce du grand William Shakespeare, je crois bien que je choisirais La tempête, malgré mon admiration pour Comme il vous plaira, Le songe d'une nuit d'été et Un conte d'hiver, entre autres chefs-d'oeuvre.

On y retrouve en effet tous les thèmes chers à son auteur, mais jugez plutôt: Prospero, le duc de Milan, après avoir été déchu et exilé par son frère, se retrouve avec sa fille Miranda sur une île déserte. Grâce à la magie que lui confèrent ses livres, il maîtrise les éléments naturels et les esprits; notamment Ariel, esprit de l'air et de la joie de vivre ainsi que Caliban, être sombre et instinctif symbolisant la terre, la violence et la mort. Le premier acte s'ouvre sur le naufrage - orchestré par Prospero et executé par Ariel - d'un navire portant le roi de Naples, son fils Ferdinand ainsi que le frère parjure de Prospero, Antonio. Usant de ses pouvoirs surnaturels, Prospero fait subir aux trois personnages échoués sur l'île diverses épreuves destinées à les punir de leur trahison, mais qui contiennent aussi, peut-être, un caractère salvateur. Au dernier acte, Prospero se réconcilie avec son frère et le roi, marie sa fille avec Ferdinand, libère Ariel et Caliban puis renonce à la magie pour retrouver son duché.

Critique de la société, de la démocratie et du pouvoir - comme dans Coriolan, Jules César, Richard III ou Henry VI - l'humour, la fantaisie et la féérie occupent néanmoins dans La tempête une place prépondérante, au fil de cette plongée au coeur des méandres de la nature humaine: avec Prospero qui dans son exil amer, médite sur la vieillesse et la mort, mais dans sa solitude, aspire de même à la paix du coeur, la justice et la compassion; avec Ariel au service de Prospero, de nature joyeuse et amoureux des arts, sensible au malheur des hommes; avec Miranda, incarnant l'amour véritable dans toute sa simplicité, sa fraîcheur, sa sincérité envers son père, mais aussi de Ferdinand qui nous réserve une des plus belles scènes d'amour, aux côtes de celles de Roméo et Juliette et Un conte d'hiver.

Le portrait de Caliban est plus complexe: souvent décrit comme un monstre, un médiocre dépourvu de sens moral, il symbolise l'insoumission, la félonie, la sauvagerie, le désir irréfléchi. Oui, sans doute, et pourtant, n'est-il pas le personnage le plus émouvant - le plus humain - de cette pièce, incarnant à lui seul un monde privé de grâce, voué au désespoir, et dont Prospero croit que le destin n'est pas définitivement tracé, s'il est traversé d'affection et d'une patiente éducation capable de l'enrichir de valeurs qui lui sont inconnues?  

En Angleterre, cette oeuvre n'est pas assimilée à une comédie - terme souvent galvaudé chez nous - mais à une romance pastorale. A la différence de Un conte d'hiver qui aboutit aussi au pardon et à la réconciliation, cette pièce est celle de l'apprentissage et de la sagesse dans laquelle tous les questionnements - comme au sein d'une prison sans barreaux - aboutissent au triomphe de l'amour en dissolvant les rancoeurs, les haines, les illusions, devant la précarité de la vie qui prend ses distances.

Pour terminer, sachez que c'est dans La tempête qu'on trouve ce célèbre extrait: Nous sommes de la même étoffe que nos songes et notre infime vie est cernée de sommeil...

En annexe, vous pouvez découvrir - en version bilingue - l'éblouissant épilogue de Prospero...  

La tempête, traduit par Jean-Louis Curtis (coll. Papiers/Actes Sud, 1986)

00:15 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Théâtre, William Shakespeare | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; théâtre; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

10/08/2013

Lire les classiques - John Keats

John Keats

Corradini-Endymion.jpg

Tout objet de beauté est une joie éternelle:
Le charme en croît sans cesse;
jamais Il ne glissera dans le néant,
mais il gardera toujours pour nous une paisible retraite,
un sommeil habité de doux songes,
plein de santé, et qui paisiblement respire.
 
Aussi, chaque matin, tressons-nous des guirlandes de fleurs
pour mieux nous lier à la terre,
malgré les désespoirs et la cruelle disette
de nobles natures, malgré les sombres journées
et tous les sentiers malsains et enténébrés
ouverts à notre quête;
oui, malgré tout cela, une forme de beauté
écarte le suaire de nos âmes endeuillées.
 
Tels sont le soleil, la lune, les arbres vieux ou jeunes
qui offrent le bienfait de leurs printaniers ombrages
aux humbles brebis;
tels sont encore les narcisses et le monde verdoyant où ils se logent,
les ruisseaux limpides qui se bâtissent un frais couvert
en vue de l'ardente saison.

John Keats, Endymion / extrait, dans: Poèmes choisis - édition bilingue (Aubier, 1968)

traduit de l'anglais par Albert Laffay

image: Antonio Corradini, Endymion (theartnewspaper.com)

02:11 Écrit par Claude Amstutz dans Lire les classiques, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie; anthologie; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

09/08/2013

Seth Greenland

 9782867464911.jpgSeth Greenland, Un patron modèle (Liana Levi, 2008)

Jusque-là sa vie était routinière, prévisible et rassurante. Un bon job, un modeste pavillon de banlieue, une gentille famille. Mais la mondialisation frappe à Los Angeles comme ailleurs et Marcus refuse d'assumer la direction de Wazoo Toys en Chine. Son compte en banque vire au rouge cramoisi tandis que la bar mitsvah de son fils approche. Sans compter les petits bobos d'une belle-mère à demeure. C'est alors que la mort de son frère mal-aimé semble le tirer d'affaire : Marcus hérite d'un pressing qui pourrait lui permettre de redresser la barre. Avec ce legs inespéré, il ne va pourtant pas retrouver la tranquillité, loin de là, car cette petite entreprise s'avère n'être qu'une façade pour une activité extrêmement lucrative mais tout à fait illégale...

Depuis Vous descendez de Nick Hornby je n’ai lu de roman plus drôle et original que celui-ci. Un vrai plaisir que de suivre les tribulations de Nathan, Jan et Marcus - devenu souteneur malgré lui - qui, d’une vie ordinaire et terne, basculent dans un univers inattendu et répréhensible… Quelques frayeurs nous font craindre le pire, mais cette histoire reste une comédie de mœurs suscitant le rire et la sympathie. La scène de la bar mitsvah est un morceau d’anthologie, de même que certaines trouvailles – les poules futées par exemple – fruits d’un humour décapant et légèrement décalé.

également disponible en en format de poche (coll. Piccolo/Liana Levi, 2011)

21:12 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | | |

Musica présente - 77 Ian Bostridge

Ian Bostridge

ténor anglais, né en 1964

*

Franz Schubert

Lieder - with Julius Drake, piano

(Lied Eines Schiffers An Die Dioskuren, D.360; Nachtstück, D 672; Auf Der Donau, D 553; Abendstern, D 806; Auflösung, D 807; Geheimes, D 719; Versunken, D 715; Schäfers Klagelied, D 121;An Die Entfernte, D 765; Am Flusse; Willkommen Und Abschied, D 767;  Die Götter Griechenlands, D. 677; An Die Leier, D 746; Am See, D 746; Alinde, D 904; Wehmut, D 772; Uber Wildemann, D 884; Auf Der Riesenkoppe, D 611; Sei Mir Gegrüsst, D 741; Dass Sie Hier Gewesen, D 775; Der Geistertanz, D 494)

pour Jean-Luc L et Claude T


07:46 Écrit par Claude Amstutz dans Franz Schubert, Musica présente, Musique classique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : musique classique | |  Imprimer |  Facebook | | |

08/08/2013

Morceaux choisis - Aurélia Lassaque

Aurélia Lassaque

VarginDace2.jpg

Nous creuserons de nouveaux sillons
que nous couvrirons de cendre.
Nous verrons mourir le vent qui charrie l'oubli.
J'aurai des pommes dans ma poche
volées à plus pauvre que moi.
Nous les pèlerons avec des épées.
Et avec les restes de nos rêves
nous en bâtirons d'autres
par-delà les feux
et la frontière du regard.
 

Aurélia Lassaque, dans: Pas d'ici, pas d'ailleurs - Anthologie poétique francophone de voix féminines contemporaines / présentation et choix: Sabine Huynh, Andrée Lacelle, Angèle Paoli, Aurélie Tourniaire / préface: Déborah Heissler (Voix d'Encre, 2012)

image: Dace Liela, On the Beach / 2000 (regard-est.com)

07:44 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature; poésie; anthologie; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

07/08/2013

Vendanges tardives - De Schubert

Un abécédaire: S comme Schubert

marine.jpg

Ca ne prévient pas quand ça arrive, ça vient de loin... Comme un grain de sable qui s'est glissé dans l'enveloppe d'une nuit trop parfaite, trop sereine, trop claire; ou un objet familier qui n'est plus à sa juste place, comme un mauvais père; ou encore un souffle court qui t'étreint, non pas celui de l'angoisse ou de la désespérance, mais celui d'une appréhension accompagnant ce sentiment de déjà vu et qui semble fragiliser la petite cage de verre qui fait tinter ta petite horloge interne, comme aux jours maudits de ta jeunesse. Et là, d'un seul coup, tout ce qui t'entoure semble si loin, insupportable, étranger, sur le point de basculer dans le néant, de rejoindre le paradis des pierres, sans même que tu y comprennes quelque chose. Le mal de vivre?

Alors, dans ces moments-là, fugaces et imprévisibles, tu te retires dans ta chambre et plonges dans les sonates de Franz Schubert, ou mieux encore, dans ses Lieder, où tu retrouves à la fois l'obscurité et la lumière de ce que tu ne saurais exprimer ici, et qui te rapproche de ta propre énigme, de tes sensations vraies, de ton intériorité. C'est l'heure des larmes invisibles qui te permettent de retrouver - ni vu ni connu - le chemin juste, l'escalier sans contrefaçon, le désaveu de l'encre noire, le tremblement d'un horizon approximatif...

Et vois-tu Fred, à chacun ses fatigues incertaines, ses envols transitoires, ses pages blanches de mots - que nulle ombre n'envahit - sinon pour dire cet incroyable amour d'une terre peuplée de signes qui habitent ton coeur, incapable de les contenir ou les lire, derrière les volets clos...



image: Pascal Giroud, L'horiron (pgiroud.fr)

illustration musicale 1: Barbara, Le mal de vivre

illustration musicale 2: Franz Schubert, Winterreise, D 911: Ian Bostridge, Julius Drake

Le poème de la semaine

Philippe Jaccottet

Tournent les martinets dans les hauteurs de l'air:
plus haut encore tournent les astres invisibles.
Que le jour se retire aux extrêmités de la terre,
apparaîtront ces feux sur l'étendue de sombre sable...
 
Ainsi nous habitons un domaine
de mouvements et de distances:
ainsi le coeur va de l'arbre à l'oiseau,
de l'oiseau aux astres lointains,
de l'astre à son amour.
Ainsi l'amour dans la maison fermée s'accroît,
tourne et travaille,
serviteur des soucieux portant une lampe à la main.
 
 
Quelques traces de craie dans le ciel,
Anthologie poétique francophone du XXe siècle
 

06/08/2013

Jean-Luc Coatelem

littérature; voyages; livresJean-Luc Coatelem, La consolation des voyages (Grasset, 2004)

Ile de Robinson, Bretagne hantée, improbable Patagonie, rêveuses Marquises ou dédale d'un Pékin mystérieux... Et si la géographie était la plus belle des consolations? Bagages en main, l'écrivain-voyageur Jean-Luc Coatalem nous embarque au gré des latitudes pour un périple dans le temps, l'imaginaire, mais aussi les souvenirs et les lectures. Et parce que, chez lui, la géographie n'est pas qu'une affaire de cartes mais aussi un millefeuille de noms et de saveurs, chacune de ses escales livre son lot de rencontres et d'échos. Drôles, inattendues ou insolites, elles ont toutes quelque chose en commun. Appelons ça l'émotion du Grand Dehors! Ici, une troublante Goanaise, un surfer à Nice, des mutins tatoués, un cargo en rade à Valparaiso, là un hôtel oublié à Terre-Neuve, une Italienne sur les rives d'un lac. Une fugue qui, par cent chemins, ressemble à des retrouvailles. L'Ailleurs y a décidément le goût épicé du monde.

Retrouvez Paul Gauguin, Pierre Loti, Victor Segalen, Arthur Rimbaud ou Blaise Cendrars au fil de ces récits captivants qui réservent quelques surprises. Une bouffée d’air pur!

Egalement disponible en coll. Livre de poche (LGF, 2006)

08:37 Écrit par Claude Amstutz dans Documents et témoignages, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; voyages; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

05/08/2013

La citation du jour

Andrée Chedid

citation; livres

Il est vital pour le poète de lever des échos, et de le savoir. Nul mieux que lui ne s'accorde aux solitudes; mais aussi, nul n'a plus besoin que sa terre soit visitée.

Andrée Chedid, Terre et poésie (GLM, 1956)

18:20 Écrit par Claude Amstutz dans Andrée Chedid, La citation du jour, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : citation; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |