25/08/2012
Antonio Munoz Molina
Antonio Munoz Molina, Fenêtres de Manhattan (Seuil, 2005)
Si ce n’est déjà fait, découvrez vite cet incontournable écrivain espagnol, auteur d'une oeuvre extrêmement personnelle, dont Le vent de la lune, En l'absence de Bianca, Séfarade et Pleine Lune! Sa puissance suggestive et la beauté de sa langue sont telles que, même si vous n’êtes pas attiré par le Nouveau Monde, à la fin de ses déambulations empreintes de sensualité, de contrastes saisissants, d’évocations culturelles, son envoûtement contagieux ne vous inspirera qu’une seule envie : Filer à New York et découvrir ses multiples visages, rues, cafés, salles de concerts, théâtres ou librairies !
Egalement disponible en coll. Points (Seuil, 2008)
07:22 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature espagnole, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; essais; livres |
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24/08/2012
Au bar à Jules - De la traduction
Un abécédaire - T comme Traduction

Tahar Ben Jelloun utilise une image amusante pour évoquer les problèmes de la traduction, quand il dit: Les traductions sont comme les femmes. Lorsqu'elles sont belles, elles ne sont pas fidèles, et lorsqu'elles sont fidèles elles ne sont pas belles. Et souvent, en tant que lecteur, j'ai éprouvé ce sentiment équivoque à propos d'oeuvres littéraires lues en traduction.
Grande fut ma déception à la lecture de Sur la plage de Chesil de Ian McEwan (Gallimard) lu dans les deux langues, qui reprend presque mot pour mot le texte anglais, mais sans la couleur, l'harmonie et l'étrangeté originale: toute la difficulté d'une langue trop cartésienne pour un sujet où la musique occupe une place primordiale. A l'inverse, Le poids du papillon de Erri de Luca (Gallimard) restitue à merveille la saveur de la langue, la profondeur des images, l'intériorité de l'écrivain. Cela dit, les bons traducteurs sont rares et coûtent très cher aux éditeurs. Dominique Bourgois explique ainsi pourquoi le prix de vente de ses romans est parfois élevé. A son catalogue - et cela devrait lui faire plaisir - je compte deux des plus belles traductions de ces dernières années: celle de Marc Amfreville pour Lark et Termite de Jayne Anne Phillips, et celle de Eric Chédaille pour Comment peindre un homme mort de Sarah Hall. Deux chefs-d'oeuvre!
C'est chez Walter Benjamin que j'ai lu ce qui me semble le plus authentique dans l'approche de la traduction: La vraie traduction est transparente, elle ne cache pas l'original, elle ne se met pas devant sa lumière, mais c'est le pur langage que simplement, comme renforcé par son propre médium, elle fait d'autant plus pleinement tomber sur l'original. Un exercice difficile, mais passionnant. Umberto Eco résume bien cet état des lieux: Au cours de mes expériences d'auteur traduit, j'étais sans cesse déchiré entre le besoin que la version soit fidèle à ce que j'avais écrit et la découverte excitante de la façon dont mon texte pouvait se transformer au moment où il était redit dans une autre langue (...) et parfois amélioré.
Enfin, une traduction qui ne vieillit pas est-elle mauvaise? Oui, je le crois, car - contrairement à la musique, mais pas à ses enregistrements - elle est inscrite dans un temps obéissant à un langage, un goût de l'époque ou une sensibilité particulière dont le sens peut se diluer au fil du temps. Cela vaut pour nombreux ouvrages de ma bibliothèque, de Fédor Dostoïevski à Virginia Woolf. Pour William Shakespeare aussi dont les traductions de Pierre Messiaen m'ont enchanté dans ma jeunesse, mais qui ont vieilli et auxquelles je préfère aujourd'hui celles de Jean-Michel Desprats.
Pourtant, au-delà des affinités de langue, de discours, de culture ou de lien historique, l'appréciation d'une traduction reste essentiellement personnelle, subjective. Et qu'est-ce que j'y cherche, souvent, sinon un reflet de ce que je suis, ce que j'aime, ce que - inconsciemment la plupart du temps - je veux retrouver dans un texte? Et si je privilégie une traduction désormais ancienne, n'est-ce pas afin de laisser perdurer le souvenir heureux de la découverte première d'un texte qui m'a ébloui? Yves Bonnefoy parle de ce problème délicat du lecteur posé au traducteur, lui qui tente humblement de prendre la mesure du monde, avec discrétion et légèreté...
Umberto Eco, Dire presque la même chose - Expériences de traduction (Grasset, 2007)
Walter Benjamin, La tâche du traducteur, précédé de: Expérience et pauvreté - Le conteur (coll. Petite Bibliothèque/Payot, 2011)
image: Walter Benjamin
02:19 Écrit par Claude Amstutz dans Au bar à Jules - Un abécédaire 2012, Erri de Luca, Jayne Anne Phillips, Littérature étrangère, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; essais; livres |
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23/08/2012
Marcel Aymé
Marcel Aymé, Uranus (Coll. Folio/Gallimard, 1972)
Archambaud, honnête ingénieur dans une ville de province dévastée par les bombardements de 1944 et honnête père de famille, doute. Comme des millions de ses compatriotes, s'il n'a pas collaboré, il n'a pas non plus résisté. Il a simplement courbé la tête. Maintenant, comme tout le monde, il se trouve obligé de se conduire et de parler comme s'il avait été un résistant d'extrême-gauche, parce que les militants d'extrême-gauche mènent la ville et l'opinion comme ils l'entendent... Chronique au vitriol de l’épuration au printemps 45, ce livre n’a rien perdu de son actualité ou de sa virulence et dénonce à travers des personnages crédibles aux démarches ambiguës, toutes les formes d’hypocrisie, d’aigreur, de lâcheté, de fanatisme et de profit.
publié dans le supplément La bibliothèque idéale des vaudois / 24 Heures
07:25 Écrit par Claude Amstutz dans La bibliothèque idéale des vaudois, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature: roman; livres |
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Musica présente - 28 Zino Francescatti
Zino Francescatti
violoniste français d'origine italienne, 1902-1991
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Tomaso Antonio Vitali
Chaconne in G minor
(Zurich Chamber Orchestra, Edmond De Stoutz)
07:11 Écrit par Claude Amstutz dans Musica présente, Musique classique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique classique |
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22/08/2012
Le poème de la semaine
Nadia Tuéni
Mon pays longiligne a des bras de prophète.Mon pays que limitent la haine et le soleil.Mon pays où la mer a des pièges d'orfèvre,que l'on dit villes sous marines,que l'on dit miracle ou jardin.Mon pays où la vie est un pays lointain.Mon pays est mémoired'hommes durs comme la faim,et de guerres plus anciennesque les eaux du jourdain.Mon pays qui s'éveille,projette son visage sur le blanc de la terre.Mon pays vulnérable est un oiseau de lune.Mon pays empalé sur le fer des consciences.Mon pays en couleurs est un grand cerf-volant.Mon pays où le vent est un noeud de vipères.Mon pays qui d'un trait refait le paysage. Mon pays qui s'habille d'uniformes et de gestes,qui accuse une fleur coupable d'être fleur.Mon pays au regard de prière et de doute.Mon pays où l'on meurt quand on a de temps.Mon pays où la loi est un soldat de plomb.Mon pays qui me dit : "prenez-moi au sérieux",mais qui tourne et s'affole comme un pigeon blessé.Mon pays difficile tel un très long poème.Mon pays bien plus doux que l'épaule qu'on aime.Mon pays qui ressemble à un livre d'enfant,où le canon dérange la belle-au-bois-dormant. Mon pays de montagnes que chaque bruit étonne.Mon pays qui ne dure que parce qu'il faut durer.Mon pays pays tu ressembles aux étoiles filantes, qui traversent la nuit sans jamais prévenir.Mon pays mon visage,la haine et puis l'amournaissent à la façon dont on se tend la main.Mon pays que ta pierre soit une éternité.Mon pays mais ton ciel est un espace vide. Mon pays que le chois ronge comme une attente.Mon pays que l'on perd un jour sur le chemin.Mon pays qui se casse comme un morceau de vague.Mon pays où l'été est un hiver certain.Mon pays qui voyage entre rêve et matin. Quelques traces de craie dans le ciel,Anthologie poétique francophone du XXe siècle
10:32 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Nadia Tuéni, Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (1) |
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Clémence Boulouque
Clémence Boulouque, Survivre et vivre - Entretiens avec Denise Epstein (Denoël, 2008)
Denise Epstein est née en 1929, année de parution de David Golder, le premier succès littéraire d'Irène Némirovsky. Fille de la romancière, elle est jetée de plein fouet dans la vie, en juillet 42, lorsque les gendarmes français viennent arrêter sa mère dans le village où sa famille a trouvé refuge. Quelques mois plus tard, son père, Michel Epstein, est lui aussi déporté puis exécuté. C'est tout un itinéraire, à la fois exemplaire et reflet du siècle, qui se lit dans ces entretiens de Denise Epstein: une enfance choyée, une adolescence laminée par la peur, un âge adulte sans repères, une vie de militante dans les années soixante et soixante-dix, enfin un timide retour vers le judaïsme qui n'interdit pas - on le comprend - un procès fait à Dieu pour ses absences et notamment celle qui l'a privée des siens, même s'ils ne cessent de l'accompagner. Pour, comme elle, vivre et survivre...
Ce livre n’est pas un devoir de mémoire, pas davantage une biographie, mais un éclairage personnel, intime, affectueux, sur sa fille Irène Némirovsky, auteur - entre autres récits - de Suite française, Prix Renaudot 2004. Sous la plume de Clémence Boulouque, admirable courroie de transmission, Denise Epstein évoque ces fragments de vie, en témoin des années de guerre, préludes à d’autres combats qui se déroulent sous nos yeux comme un rayon de soleil dans la nuit.
07:04 Écrit par Claude Amstutz dans Clémence Boulouque, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature; essai; témoignage; livres |
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21/08/2012
Morceaux choisis - Tamara Ganieva
Tamara Ganieva

Tamara Ganieva, Voix de femmes - Anthologie / Poèmes et photographies du monde entier (Editions Turquoise, 2012)
image: sophieetlavie.over-blog.com
11:20 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie; anthologie; livres |
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20/08/2012
Quentin Mouron 1b
Bloc-Notes, 20 août / Cologny
En marge de ce très beau roman, voici une interview - en deux parties - accordée par Quentin Mouron qui mérite bien tout l'intérêt que suscitent ses textes...
Quentin Mouron, Notre-Dame-de-la-Merci (OlivierMorattel, 2012)
Quentin Mouron, Au point d'effusion des égouts (Olivier Morattel, 2011)
09:11 Écrit par Claude Amstutz dans Bloc-Notes, Littérature francophone, Littérature suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; entretiens; livres |
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Quentin Mouron 1a
Bloc-Notes, 20 août / Thonon-les-Bains

Il m'arrive de redouter la lecture d'un nouveau roman, parce que j'ai beaucoup aimé le précédent du même auteur - généralement le premier - et que je voudrais, comme dans la vraie vie, réduire au mieux la frange de mes déceptions possibles. Si j'ajoute qu'avant même la parution dudit roman, la presse dans une belle unanimité, crie au chef-d'oeuvre, l'inquiétude grandit. La méfiance aussi, avec cette désagréable impression de n'avoir plus rien à découvrir avant même la première ligne, que les jeux sont faits. Le danger enfin de m'exposer à dire les mêmes choses que tout le monde - le péché d'orgueil cher à nos amis catholiques! - ou oser exprimer que je n'aime pas ce livre, qu'à tout prendre il serait préférable de n'en pas parler, par délicatesse.
Cela m'est arrivé avec Quentin Mouron, mais toutes ces interrogations qui m'ont parcouru, pêle-mêle, se sont dissipées dès les premières lignes de Notre-Dame-de-la-Merci dont il est dit à juste titre qu'elles signent souvent - avec les dernières - un bon livre: C'est un matin de novembre. Les premiers flocons tombent sur la forêt québecoise. Le vieux Pottier a connu l'ennui. Qui dévore les personnes et les choses, les forêts, et qui balaie la neige. L'ennui silencieux, angoissé, que l'on ne peut pas dire parce que les mots nous manquent et qu'ils nous ont toujours manqué.
En quelques lignes, le décor est planté, est condensée toute l'atmosphère de ce qui va par la suite réunir trois antihéros sans ambition ni espoir véritable, qui se contentent de s'arranger avec la vie, parce que les dés sont pipés depuis trop longtemps pour qu'ils puissent se hasarder à autre chose. Il y a Jean, le fils du vieux Pottier qui s'est pendu - à qui il fait les poches pour lui piquer sa montre en or et un billet de vingt dollars -, une brute ivrogne, médiocre, qui voudrait devenir quelqu'un. Et Odette - après le décès de son type - est tombée amoureuse de lui, parce qu'elle croit qu'après tous ses déboires, il pourrait lui montrer qu'elle existe, alors qu'il s'en fout et ne pense qu'au fric qu'elle a amassé en vendant de la coke. Au contraire de Daniel, un ouvrier intermittent et rêveur de ce village de retraités paisibles, qui aime Odette, serait prêt à tout pour la mériter, au bout du compte. Enfin, il y a le narrateur de ce récit, du côté de ces trois-là, qui aimerait leur tendre une main, les retenir, à la corniche, éviter qu'ils ne plongent. C'est à lui que l'on doit l'un des plus beaux passages de ce roman, où il évoque l'église de Notre-Dame-de-la-Merci, la grande embrouille, les questions sans réponse, les nouveaux dieux: ceux qui fourguent leur camelote, le confort même s'il y manque toujours quelque chose. L'éternité peut-être...
En revanche, au regard de personnages si denses que la structure du récit - plus aboutie que dans Au point d'effusion des égouts - et la progression dramatique amplifient à merveille, les réflexions du narrateur manquent parfois de profondeur - à propos de l'hédonisme, du libre arbitre et du destin - ou en voix off prolongent ce que la qualité de l'écriture, la description des personnages, le déroulement de l'action ont si bien rendu sans lui: un tremblement plein de tendresse pour ces amputés du coeur.
Cette réserve étant faite, malgré une intrigue assez noire et désespérée, une humanité sans fard transpire de cette histoire dont le point d'orgue est la difficulté voire l'impossibilité de traduire en mots les rêves, les désirs, les blessures les plus secrètes. Ainsi Daniel - et c'est une des scènes les plus bouleversantes du livre - transi d'amour devant Odette - mais auprès de laquelle les mots n'arrivent pas (...) Les mots qui comptent lui manquent tous.
Odette et Daniel glissent vers le gouffre qui s'est ouvert entre ce qu'ils sont et ce qu'ils aimeraient être. Cet abîme saignant que chacun vit pour soi, duquel on peut crier mais l'autre ne répond pas. La neige a fini de tomber. Le vent ne souffle plus. Il n'y a que des hommes et la nuit. Et les hommes crient et la nuit se tait. Du bord de la falaise, il serait vain de pointer un vainqueur, de dire que celui-ci va se perdre plus que l'autre, ou qu'un tel va mourir, ou qu'un tel autre vivra. Du haut de la falaise je ne vois que des perdants. Des perdants qui crient. Et la nuit qui les brise.
Et c'est ainsi - pour paraphraser l'ami Vialatte - que Quentin Mouron est grand!
Quentin Mouron, Notre-Dame-de-la-Merci (Olivier Morattel, 2012)
Quentin Mouron, Au point d'effusion des égouts (Olivier Morattel, 2011)
09:11 Écrit par Claude Amstutz dans Alexandre Vialatte, Littérature francophone, Littérature suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres |
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