08/07/2012
Morceaux choisis - Octavio Paz
Octavio Paz

pour Jean-Louis Kuffer
L'encre verte crée des jardins, des forêts, des prés,des feuillages où chantent les lettres,des paroles qui sont des arbres,des phrases qui sont de vertes constellations. Laisse que mes paroles, oh blanche,descendent et te couvrentcomme une pluie de feuilles un champ de neige,comme le lierre la statue,comme l'encre cette page. Les bras, la taille, le cou, les seins,le front pur comme la mer,la nuque de forêt en automne,les lèvres qui mordent un brin d'herbe. Ton corps se constelle de signes vertscomme le corps de l'arbre de bourgeons.Que t'importe tant de petites cicatrices lumineuses:regarde le ciel et son vert tatouage d'étoiles.Octavio Paz, Ecrit à l'encre verte (Le Temps de la Poésie no 5/GLM, 1950)
image: Sophie Delaporte (http://www.sophiedelaporte.com)
15:27 Écrit par Claude Amstutz dans Jean-Louis Kuffer, Littérature étrangère, Littérature sud-américaine, Morceaux choisis, Rosebud | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie; anthologie; livres |
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Quentin Mouron
Quentin Mouron, Au point d'effusion des égouts (Olivier Morattel, 2011)
Au point d’effusion des égouts, premier roman formidable de Quentin Mouron, nous entraîne dans un road movie à travers les States qui, dans la tête de ce découvreur à couteaux tirés avec la réalité, absorbe le quotidien, l’imaginaire des autres, les paysages à grande vitesse, avec une virtuosité de vieux baroudeur. De Los Angeles à Las Vegas, en passant par Trona, la Death Valley et Beatty, Quentin brosse un portrait souvent pathétique, terrifiant et sans fard de ses lieux de passage, dont Los Angeles, où tout a commencé: C’est la Cité des anges, c’est entendu. Mais des anges poussiéreux, noirs à l’os - et qui tombent à grosse grêle sur le dur des trottoirs.
Le jeune auteur n’est pas plus tendre avec Pasadena - un petit satellite universitaire qui suit en moutonnant les révolutions qui lui échappent - ou Las Vegas: Des centaines d’hystéries qui se tissaient sous chaque enseigne, des pâmoisons. Dans ces décors un peu felliniens, l’un des points culminants du roman se situe à Trona, un bled au milieu de nulle part. Bref, il faut vraiment lire Au point d’effusion des égouts. Vous n’en sortirez pas indemne ou blanchi, mais gonflé comme la voile d’un trois-mâts qui nous aspire vers un ailleurs possible et assouplit nos artères saturées de cholestérol...
publié dans Le Passe Muraille no 89 - juin 2012
07:53 Écrit par Claude Amstutz dans Le Passe Muraille, Littérature francophone, Littérature suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres |
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07/07/2012
Musica présente - 20 Jacqueline du Pré
Jacqueline du Pré
violoncelliste britannique, 1945 - 1987
(épouse et partenaire musicale de Daniel Barenboim)
*
Robert Schumann
Cello concerto in A minor, Op 129
I. Nicht zu schnell
New York Philharmonic Orchestra
Leonard Bernstein
22:55 Écrit par Claude Amstutz dans Daniel Barenboim, Jacqueline du Pré, Musica présente, Musique classique, Robert Schumann | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique classique; facebook |
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Au bar à Jules - De Kafka
Un abécédaire - K comme Kafka

Il fut un temps - pas si lointain - où l'on brûlait Albert Camus et Franz Kafka, comme de mauvais littérateurs ou écrivains à la pensée trop ancrée dans leur temps, donc jugée dépassée. Pour le premier, le public n'a pas suivi ce caprices des modes et son oeuvre - inclus ses essais et chroniques - est l'une des plus lues parmi les jeunes, et pas seulement par le biais des lectures scolaires obligatoires.
Pour le second en revanche, c'est autre chose. Les clichés les plus grossiers circulent aujourd'hui encore - parmi ceux qui ne l'ont jamais lu, ou peu ou mal - soulignant de façon restrictive la noirceur carcérale de ses écrits, sa personnalité maladive et désespérée. Sa folie, aussi. Quelle folie? Dans son remarquable et court essai que consacre Alexandre Vialatte à ce prince des ténèbres - à qui l'on doit les premières traductions en langue française dès 1924 - il s'attache à des aspects invisibles au lecteur inattentif. Quand on lit Kafka dit-il, il y a sept couleurs dans le prisme. Ce qui déforme et agrandit, ridiculise, inquiète, angoisse et désespère, ce qui crée l'énigme et le mythe, ce qui transporte l'homme dans un univers scandaleux parce qu'il n'a avec lui aucune commune mesure, ce qui se fait d'une façon qui fait peur, ils l'ont trouvé dans des murs nus, dans le gris qui s'ajoute au gris, dans le vide et dans la platitude. Ils ont perçu le fantôme dans une dalle en ciment et le malaise dans un lavis à teintes plates. Un radiateur fraîchement peint devant un mur ripoliné dégage pour eux le comble de l'angoisse.
Manifestement, le contraire d'un auteur... drôle! Et pourtant, dans Mon Kafka, Alexandre Vialatte accroche le lecteur dans un article inhabituel et singulier, intitulé Le joyeux Kafka: Il y a tant d'humour chez Kafka qu'il lui arrive d'oublier Jean qui pleure. Il y a en lui le joyeux Kafka. Si grande que soit la misère de l'homme, sa frivolité bien connue lui permet de vivre ou tout au moins de souffler; ou son humour, ou son plaisir d'artiste; ou sa parfaite adaptation. Il y a des heures où Kafka lui-même se chauffe au soleil sans nul remords. Où son rire est un éclat de rire. Soit qu'il prenne plus son sujet au sérieux, le perde de vue pour une pause, soit qu'il prolonge sur sa lancée quelque arabesque humoristique, pour le seul plaisir de la chose. Au lieu d'un crescendo de l'angoisse, on a alors un crescendo de l'humour qui finit en apothéose. Il est saisi, comme Molière ou Dickens, par la bouffonerie contagieuse de ses situations ou de ses polichinelles, les pousse jusqu'au bout de leur logique, les fignole jusqu'au paraphe dans un vertige de minutie, et se vautre alors dans son plaisir comme le chat dans la valériane.
Que l'on rie en jaune ou en noir - avec cette gaieté qui a mauvaise conscience - il faut relire Kafka de toute urgence! Une seule clef ne suffit à apprivoiser ce théâtre de marionnettes sur lequel notre ombre s'étend, malicieusement...
Alexandre Vialatte, Mon Kafka (Belles Lettres, 2010)
image: Franz Kafka (wordpress.com)
07:09 Écrit par Claude Amstutz dans Au bar à Jules - Un abécédaire 2012, Franz Kafka, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; essai; livres |
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06/07/2012
Morceaux choisis - Alberto Savinio
Alberto Savinio

Le piano est un instrument moderne par excellence: notre instrument à nous. Sa voix est précise, rigoureuse. Son aspect même, noir et solitaire (...), son aspect même évoque la nudité, la pauvreté de la tragédie moderne. L'homme a inventé le chien pour la garde et le jeu de l'amitié, il a inventé le piano pour la célébration de la musique terrestre. Les autres instruments, de la viole de gambe aux trombones, se sont compromis sur l'Olympe, sur le Parnasse et dans le paradis des catholiques. Le piano seul s'est gardé pur, immaculé: blanc son clavier, digne des nouvelles prophéties. A lui l'honneur de chanter la singulière musique des villes, les miracles du siècle.
La voix du piano est claire et métaphysique. Instrument de la musique la plus impeccable, la plus aride, la plus spectrale, le piano est le seul instrument qui pouvait introduire la musique - cette vieille dame malade et ombrageuse - dans la compagnie de la peinture et de la poésie, dans le vaste courant du romantisme qui parcourt l'Europe et l'Amérique. Et si cet éloge du piano a été écrit voilà quinze ans, quand le piano s'harmonisait encore mieux qu'à présent à un univers exquisément pianistique, perdrait-il de sa vérité?
On reconnaît l'or dans le feu, ses amis dans l'adversité. On reconnaît également les bons livres à la relecture, les bonnes peintures à la reproduction photographique, les bonnes musiques à l'adaptation pour piano.
Alberto Savinio, Ville j'écoute ton coeur (Gallimard, 2012)
traduit de l'italien par Jean-Noël Schifano
17:56 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Littérature italienne, Morceaux choisis, Musique classique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; essai; morceaux choisis; musique; livres |
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Morceaux choisis - Luigi Guarnieri 1b
Luigi Guarnieri
En complément au roman de Luigi Guarnieri, Une étrange histoire d'amour, qui nous raconte la rencontre et les liens indissolubles entre le jeune Johannes Brahms et le couple de Clara et Robert Schumann, voici, interprété par Roberto Piana, le Nocturne no 2, Op 6, de Clara Schumann...
Luigi Guarnieri, Une étrange histoire d'amour (Actes Sud, 2012)
03:50 Écrit par Claude Amstutz dans Johannes Brahms, Morceaux choisis, Musique classique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique classique; livres |
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Morceaux choisis - Luigi Guarnieri 1a
Luigi Guarnieri

Je me rends compte que je ne t'avais rien dit, et que d'un coup notre vie avait sombré dans le silence. Mais ce qui était arrivé ces nuits-là me semblait si absurde, si irréel, si improbable, qu'en y repensant, je craignais que tout cela, en réalité, ne fût jamais arrivé. J'avais peur de me réveiller le matin de mon départ et de découvrir que j'avais tout inventé. Mais est-ce vraiment arrivé, Clara? Nous sommes-nous vraiment aimés pendant des heures toutes ces nuits-là, en criant, en pleurant, avec rage et avec désir, avec désarroi et avec angoisse, avec terreur, avec passion et avec tendresse, oubien tout cela n'a-t-il été qu'un long rêve? Je ne savais plus, peut-être ne le saurai-je jamais. Sans doute une vie entière ne suffirait-elle pas por le comprendre. Mais je sais avoir pensé: Clara, chaque fois que tu me surprends, chaque fois que tu m'étonnes, chaque fois tu me foudroies de ta présence. Car à chaque fois tu m'apparais ainsi, telle que tu es, un miracle dans le chaos et le néant qu'est notre vie. Car il en a été ainsi la première fois que je t'ai vue: un fantôme lumineux dans une maison de Düsseldorf où je n'aurais jamais dû entrer. Oui, tu es apparue, et ce fut comme un éclair.
Si tu avais vraiment voulu me tuer, il aurait suffi de tirer une seule fois - et viser au centre, toucher la poitrine, toucher le coeur. Pour me tuer, non, ce n'est pas le mot juste - c'est d'ailleurs tout le contraire. Car toi seule, Clara, me fais sentir vivant. Car quelque chose est né, durant ces six longues nuits à Rotterdam, et renaîtra une autre nuit, puis une autre et une autre encore. Qui sait. Ce quelque chose qui est un déchirement, une fracture, une blessure dans la chair si fragile de ma vie. Ce quelque chose qui est un sentiment définitif, excessif. Impardonnable.
Mais l'amour est-il autre chose, mon amie - me serais-je alors demandé, et je me le demande encore aujourd'hui -, l'amour est-il autre chose qu'une musique jamais entendue?
Luigi Guarnieri, Une étrange histoire d'amour (Actes Sud, 2012)
traduit de l'italien par Eve Duca et Marguerite Pozzoli
image: Clara Schumann
03:40 Écrit par Claude Amstutz dans Johannes Brahms, Littérature étrangère, Littérature italienne, Morceaux choisis, Robert Schumann | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; musique; livres |
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Mary Wesley
Mary Wesley, Les raisons du coeur (Héloïse d'Ormesson, 2010)
Flora, dix ans à peine, croit rencontrer le grand amour en la personne de Félix, mais aussi de Hubert... et de Cosmo! Chacun de ces trois jeunes hommes incarne pour elle un idéal secret qu'elle refuse de départager. Bien des années plus tard, en pleine seconde guerre mondiale, ils surgiront à nouveau dans sa vie. Trouvera-t-elle auprès d'eux le bonheur, la réalisation de ses désirs, ou au contraire la rivalité, voire la déception des rêves brisés? Davantage que La pelouse de Camomille et même que Rose sainte-nitouche - tous deux publiés chez le même éditeur et en coll. J'ai Lu - ce roman ne répond pas uniquement aux critères d'une comédie sentimentale à l'anglaise. D'autres éléments plus complexes y voient le jour, avec la famille de Flora, rejetée en dépit d'un riche mariage promis par un père qui suscite l'indifférence et une mère qui ne lui inspire que mépris. La perception des comportements humains - masculins en l'occurrence - y est plus doux-amer que dans ses livres précédents, même si le sentiment amoureux, au bout du compte, aura le dernier mot et sera partagé. Impossible de ne pas penser à Jules et Jim, le roman de Henri-Pierre Roché - disponible en coll. Folio/Gallimard - rendu célèbre par l'adaptation au cinéma réalisée par François Truffaut, mais sous la plume de Mary Wesley écrit avec davantage de légèreté et d'insolence.
également disponible en format de poche (coll. J'ai Lu/Flammarion, 2012)
01:22 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Mary Wesley | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres |
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05/07/2012
La citation du jour
Jean Paulhan

Quand le langage à la fois nous manque, et la sécurité, quand chaque détail est fait pour nous troubler et que les mots nous trompent, l'amour est à tout prendre la seule ressource qui nous reste.
Jean Paulhan, Petit avertissement au lecteur suisse, suivi de: Henri Calet, Rêver à la Suisse / 1948 (Pierre Horay, 1984)
09:06 Écrit par Claude Amstutz dans La citation du jour, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; essai; voyages; livres |
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Ann Packer
Ann Packer, Chanson sans paroles (Editions de l'Olivier, 2009)
Quelle est notre part de responsabilité, quand la foudre s’abat sur nos proches, que rien ne semble préfigurer les caprices du destin nés de fissures imperceptibles de l’existence? Et pour y remédier, sommes-nous assez forts dans notre tête et notre coeur, malgré nos propres doutes, échecs ou désillusions? Après le très attachant Un amour de jeunesse – chez le même éditeur – Ann Packer explore une fois encore la vie quotidienne, le souci de conscience et de vérité, l’évolution des rapports humains. Un ton juste et vrai pour dire la complexité des sentiments.
Egalement disponible en coll. Points (Seuil, 2010)
07:13 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres |
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