24/02/2013
Morceaux choisis - Agnès Schnell
Agnès Schnell

Agnès Schnell, Démesure, dans: Pas d'ici, pas d'ailleurs - Anthologie poétique francophone de voix féminines contemporaines / présentation et choix: Sabine Huynh, Andrée Lacelle, Angèle Paoli, Aurélie Tourniaire / préface: Déborah Heissler (Voix d'Encre, 2012)
image: Peter Grevstad, Contemplating Mark Rothko (tumblr.com)
20:47 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie; anthologie; livres |
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23/02/2013
Donna Leon
Donna Leon, La femme au masque de chair (coll. Points/Seuil, 2013)
Comme souvent dans les enquêtes de Brunetti, l'histoire démarre sur un rythme lent, celui du quotidien qui s'égrène de manière apparemment anodine, au fil d'une soirée chez les Falier, parents influents de son épouse Paola. Il y fait la connaissance de Franca Marinello, une femme bizarre au sourire défiguré et aux expressions indéchiffrables. Fascinante et cultivée - elle l'entretient des Géorgiques de Virgile et de Cicéron - elle est aussi l'épouse de Maurizio Cataldo, avec lequel le comte Orazio Falier hésite à s'associer. Tout naturellement, ce dernier demande à Guido de se renseigner discrètement sur ce personnage. Un travail routinier, sauf que Franca confie du bout des lèvres à notre commissaire quelques frayeurs liées aux affaires de son époux, et que dans la même semaine un transporteur routier est retrouvé assassiné!
Un lien existe-t-il entre les deux enquêtes? Vengeances, règlements de comptes, Mafia? La signorina Elettra et le sergent Vianello jouent à nouveau un rôle important dans cet épisode, mais en habile scénariste, Donna Leon y introduit de nouveaux protagonistes tels le major Guarino et Claudia Griffoni qui assiste Brunetti dans cette aventure. Enfin, Donatella Falier, par ses confidences, donne un éclairage particulier à cette plongée dans le monde de l'argent sale, du trafic des déchets et de la criminalité, suggérant à son beau-fils de ne pas se laisser égarer par les évidences... Et le sourire figé de Franca Marinello, quel secret y est donc enfoui? Vous le saurez dans les dernières pages de ce roman au dénouement tout à fait innatendu...
07:13 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; policier; livres |
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22/02/2013
Morceaux choisis - José Saramago
José Saramago

La mort assiste au concert dans la robe neuve achetée la veille dans un magasin du centre. Elle est assise seule dans la loge au premier balcon et elle regarde le violoncelliste comme elle l'avait fait pendant la répétition. Avant que les lumières dans la salle ne soient baissées, pendant que l'orchestre attendait l'entrée du maestro, le musicien avait remarqué cette femme. Il n'avait pas été le seul à s'apercevoir de sa présence. D'abord, parce qu'elle occupait seule la loge et que, même si ce n'est pas rare, ce n'est pas non plus fréquent. Ensuite, parce qu'elle était belle, peut-être pas la plus belle de toute l'assistance féminine, mais belle d'une façon indéfinissable, particulière, impossible à expliquer avec des mots, comme un vers dont le sens ultime, si pareille chose existe dans un vers, échappe continuellement au traducteur. Et enfin, parce que sa silhouette solitaire, là-bas dans la loge, entourée de vide et d'absence de toutes parts, comme si elle habitait le néant, semblait exprimer la solitude la plus absolue. La mort, qui avait souri si souvent et si dangereusement depuis qu'elle était sortie de son souterrain glacial, ne sourit plus à présent. Dans l'assistance, les hommes l'avaient observée avec une curiosité douteuse, les femmes avec une inquiétude jalouse, mais elle, tel un aigle fondant sur un agneau, n'a d'yeux que pour le violoncelliste.
Avec une différence, cependant. Dans le regard de cet autre aigle qui a toujours attrapé ses victimes, il y a comme un voile ténu de pitié, les aigles, nous le savons, sont obligés de tuer, leur nature le leur impose, mais en cet instant cet aigle-ci préférerait peut-être, devant cet agneau sans défense, éployer soudain ses ailes puissantes et s'envoler de nouveau vers les hauteurs, vers l'air glacé de l'espace, vers les troupeaux de nuages inaccessibles.
L'orchestre se tut. Le violoncelliste commença à jouer son solo comme s'il n'était venu au monde que pour cela. Il ne sait pas que cette femme dans la loge a dans son sac à main étrenné récemment une lettre de couleur violette dont il est le destinataire, non, il ne le sait pas, il ne pourrait pas le savoir, et cependant il joue comme s'il faisait ses adieux au monde, comme s'il disait enfin tout ce qu'il avait tu, les rêves tronqués, les désirs frustrés, bref, la vie. Les autres musiciens le regardent avec ébahissement, le chef d'orchestre avec surprise et respect, le public soupire, frissonne,le voile de pitié qui masquait le regard perçant de l'aigle s'est changé en larmes.
Déjà le solo est fini, l'orchestre, telle une puissante mer, s'est avancé lentement et a doucement submergé le chant du violoncelle, il l'a englouti et amplifié comme s'il voulait le conduire en un lieu où la musique se sublimerait dans le silence, dans l'ombre d'une vibration qui parcourrait la peau comme la dernière et inaudible résonance d'une timbale effleurée par un papillon. Le vol soyeux et sinistre de l'acherontia atropos traversa rapidement la mémoire de la mort, mais celle-ci l'écarta d'un geste de la main qui ressemblait autant à celui avec lequel elle faisait disparaître les lettres de la table dans la pièce souterraine qu'à un signe de gratitude destiné au musicien qui tournait à présent la tête dans sa direction, frayant un chemin à ses yeux dans la chaude obscurité de la salle.
La mort répéta son geste et ce fut comme si ses doigts effilés étaient allés se poser sur la main qui déplaçait l'archet. Bien que son coeur eût fait de son mieux pour que cela se produisit, le violoncelliste ne fit pas de fausse note. Les doigts de la mort ne le toucheraient plus, elle avait compris qu'il ne faut jamais distraire un artiste de son art. Quand le concert prit fin et que les applaudissements éclatèrent, quand les lumières se rallumèrent et que le chef d'orchestre ordonna aux musiciens de se lever, puis quand il fit signe au violoncelliste de s'avancer seul afin de recevoir la part d'applaudissements qui lui revenait de droit, la mort, debout dans la loge, souriant enfin, croisa les mains en silence sur sa poitrine et se borna à regarder, que les autres applaudissent, que les autres poussent des cris, que les autres réclament dix fois le chef d'orchestre, elle se contentait de regarder. Puis, lentement, comme à contrecoeur, le public commença à s'en aller, cependant que l'orchestre se retirait. Quand le violoncelliste se tourna vers la loge, elle, la mort, n'était déjà plus là. La vie est ainsi, murmura-t-il.
Il se trompait, la vie n'était pas toujours ainsi, la femme de la loge l'attendra à l'entrée des artistes...
José Saramago, Les intermittences de la mort (coll. Points/Seuil, 2009)
traduit de l'espagnol par Geneviève Leibrich
image: www.all4myspace.com
07:40 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature espagnole, Littérature étrangère, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; morceaux choisis; livres |
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21/02/2013
La citation du jour
Paul Valéry

Mon âme a plus de soif d'être étonnée que de toute autre chose. L'attente, le risque, un peu de doute, l'exaltent et la vivifient bien plus que ne le fait la possession du certain.
Paulé Valéry, Monsieur Teste (coll. Imaginaire/Gallimard, 2006)
image: www.zazzle.fr
00:18 Écrit par Claude Amstutz dans La citation du jour, Littérature francophone, Paul Valéry | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : citation; livres |
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Musica présente - 53 Christa Ludwig
Christa Ludwig
mezzo-soprano allemande, née en 1928
*
Vincenzo Bellini
La Norma
"Oh, Rimembranza! Ah si, fa core, abbracciami"
(Maria Callas, Orchestra e Coro del Teatro alla Scala, Tulio Serafin)
00:05 Écrit par Claude Amstutz dans Maria Callas, Musica présente, Musique classique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : musique classique |
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20/02/2013
Morceaux choisis - Jacques Jouet/Zeina Abirached
Jacques Jouet/Zeina Abirached
Agatha de Win'theuil venait de changer de nom. Comme à son habitude, à peine franchissait-elle la frontière d'une ville toute nouvelle, qu'elle prenait le nom de celle-ci. Aujourd'hui, Agatha de Win'theuil n'était plus Agatha de Win'theuil. Elle était Agatha de Beyrouth!
Agatha de Beyrouth ressemblait à Agatha de Win'theuil comme deux gouttes d'eau, c'est-à-dire comme une goutte d'eau ressemble à une goutte d'eau, ou comme une goutte de vin ressemble à une goutte de vin: pour l'oeil comme pour le goût, aussi parfaite l'une que l'autre.
Agatha de Beyrouth n'avait pas mégoté sur son habillement du jour. Comme le printemps était arrivé, elle avait fait en sorte de ne pas trop se charger en tissus superflus. Juste ce qu'il fallait dans la partie haute, pas la plus petite surface excessivement couvrante dans la partie basse. Elle avait toujours pensé que la mode féminine consistait avant tout à bien gérer ce qu'on laisse à découvert. La soie était une matière qui aidait à la stabilité du voilement, tout en laissant venir, à la faveur de mouvements plus ou moins contrôlés, des entrouvertures de fenêtres extrêmement suggestives. Agatha était en noir. Elle avait les cheveux noirs. Elle avait les yeux noirs. Elle avait les sourcils noirs noircis au crayon noir, au pinceau noir, mais aussi aux idées noires.
A cette époque, Agatha de Win'theuil, et de Beyrouth tout à la fois, après avoir été, tout récemment, de Paris, de Tyré et de Ouagadougou, Agatha potentiellement de partout, Agatha était toujours la première vice-présidente du gouvernement Monde-Mondes, charge qu'elle occupait depuis des temps immémoriaux, comme le prétendaient perfidement ses rares opposants. Elle ne décolérait pas contre le président en titre, lequel n'en fichait pas une rame, n'était jamais dans son bureau et surtout pas quand la conjoncture avait besoin de lui. Nous en reparlerons.
Agatha de Beyrouth avait les idées noires. Nul ne savait ce qu'elle venait faire à Beyrouth. Le savait-elle elle-même? Elle était arrivée secrètement, sans protocole, avait acheté son billet d'avion de ses propres deniers. Réservé son hôtel sous un faux nom: Agath'Ouyes de Venise. Etait allée chez le coiffeur pour changer de tête (rajouté des longueurs au bout des pointes). Avait semé ses gardes du corps à Istanbul.
Agatha avait quitté sa chambre d'hôtel à 7 h 45 exactement pour s'en aller à pied dans les rues de Beyrouth. Elle marchait légèrement sur ses belles jambes visibles, ressentant simplement une légère douleur au bras droit pour avoir tenté de soulever, au matin, le double rideau de la fenêtre de sa chambre, rideau qui paraissait peser une tonne de tissu à fleurs brodées. Elle se retrouva dans la rue Elias-Sarkis, et bientôt sur la place Bechara-El-Khoury.
Elle aperçut, un peu plus loin, la Maison Jaune.
La soie noire se souleva instantanément au niveau du coeur qui battait dessous, qui battait soudain trop fort.
Elle franchit lentement le morceau d'avenue qui la séparait encore de la Maison Jaune. Son regard ne se décollait pas de la façade grêlée, marquée, vérolée, ridée, sillonnée, ravagée, plissée, rayée, rongée, grignotée par les ans, les ânes et les projectiles, égratignée, fragmentée, décolorée, vitriolée, défoncée, mais qui tenait encore debout en épousant élégamment l'angle obtus que faisait la rue de Damas avec la rue Elias-Sarkis. La colonne suspendue l'émut comme un moignon de gueule cassée. Etait-il possible qu'elle eût déjà, dans sa vie, fréquenté la Maison Jaune? C'est l'une des questions à laquelle le roman-feuilleton se devra de répondre avant le vingt-quatrième épisode.
Qu'on se le dise.
Jacques Jouet et Zeina Abirached, Agatha de Beyrouth (Cambourakis, 2011)
image: Jacques Jouet et Zeina Abirached (www.beirutworldbookcapital.com)


13:10 Écrit par Claude Amstutz dans Contes, Littérature francophone, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; contes; morceaux choisis; livres |
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Le poème de la semaine
Anne de Noailles
Ainsi, quand j'aurai dit combien je vous adore,Combien je vous désire et combien je t'attends,Ivresse de l'année, ineffable Printemps,Tu seras plus limpide et plus luisant encoreQue mon rêve volant, éclatant et chantant! Les délicats sureaux et la pervenche blancheMe surprendront ainsi que des yeux inconnus,Les lilas me seront plus vivants et plus nus,Le rosier plus empli du parfum qu'il épanche,Et le gazon plus droit, plus lisse et plus ténu; La juvénile odeur, aiguë, acide, frêle,Des feuillages naissants, tout en vert taffetas,Sera plus évidente à mon vif odoratQue n'est aux dents le goût de la fraise nouvelle,Que n'est le poids charmant des bouquets dans les bras. Quelques traces de craie dans le ciel,Anthologie poétique francophone du XXe siècle
07:48 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature; poésie |
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19/02/2013
John Banville
John Banville, La mer (Robert Laffont, 2007)
A la mort de son épouse Anna, Max, le narrateur de cette histoire, se remémore un deuil antérieur qui remonte au temps de son enfance, dans un petit village au bord de la mer où il décide de se réfugier aujourd’hui. Tel un peintre impressionniste, il fait revivre sous nos yeux, sur un ton parfois acerbe mais toujours profondément humain Madame Grace, ses enfants jumeaux Chloé et Myles, qui ont bouleversé son existence, jadis. Un roman émouvant, intimiste et douloureux comme les battements du cœur.
Egalement en coll. de poche (10/18, 2009)
05:35 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature: roman; livres |
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18/02/2013
Morceaux choisis - Roberto Juarroz
Roberto Juarroz

Roberto Juarroz, Dixième poésie verticale / édition bilingue (José Corti, 2012)
traduit de l'argentin par François-Michel Durazzo
image: www.petitgestevert.ca
23:02 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Littérature sud-américaine, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature; poésie; anthologie; livres |
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Frédérique Deghelt
Frédérique Deghelt: La nonne et le brigand (Actes Sud, 2011)
Le thème de l'identité féminine est une nouvelle fois à l'honneur au coeur de ce roman, comme c'était déjà le cas avec ce petit chef d'oeuvre, La grand-mère de Jade, publié par le même éditeur en 2009, mais par le biais d'une intrigue très différente, ce qui n'est pas le moindre des mérites de son auteur.
Dans La nonne et le brigand, nous suivons deux histoires qui vont s'imbriquer l'une dans l'autre. Au début du livre, celle d'une femme mariée, Lysange, chercheur au CNRS, dévorée par la passion éprouvée pour un autre homme, Pierre. Puis, remontant le temps - près de 50 ans plus tôt - apparaît Soeur Madeleine, la petite soeur de Lysange partie en mission au Brésil, à travers un Journal découvert par cette dernière.
L'une libertine, sensuelle, moderne; l'autre vouée à Dieu, fidèle, au service des autres. Laquelle est prisonnière? Laquelle est libre? Tout n'est pas aussi simple car - sans vous révéler la trajectoire de ces deux soeurs - toutes les deux connaissent, chacune à sa manière, le doute, l'imprévu, le trouble, la fragilité des certitudes. Frédérique Deghelt, une fois encore sonde avec beaucoup de finesse l'intimité de ses deux héroïnes qui, par des voies différentes, opposées en apparence, partagent le même amour du dépassement et de l'absolu. Des mots ciselés à l'ancienne et pourtant si bien intégrés dans notre époque, c'est là toute la résonance affective de cet auteur qui s'accroche à nos pas et ne nous lâche plus...
Quand tu regardes le monde, tu crois qu'il est comme toi, violent et condamné. Tu oublies la grâce des contraires.
également disponible en format de poche (coll. Babel/Actes Sud, 2013)
07:53 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres |
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