05/06/2011
La citation du jour
Rosa Montero

L'amour n'est rien d'autre que la nécessité pressante de se sentir avec un autre, de se penser avec un autre, de cesser de subir l'insupportable solitude de celui qui se sait vivant et condamné. Et donc, nous cherchons dans l'autre non pas qui est l'autre, mais une simple excuse pour imaginer que nous avons rencontré une âme soeur, un coeur capable de palpiter dans le silence assourdissant qui se trouve entre les battements du nôtre, pendant que nous courons à travers la vie ou que la vie court à travers nous jusqu'à nous achever.
Rosa Montero, Belle et sombre (Métailié, 2011)
08:35 Écrit par Claude Amstutz dans La citation du jour, Littérature espagnole, Rosa Montero | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : citations; livres |
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04/06/2011
René Char
René Char, Lettera amorosa (Coll. Poésie/Gallimard, 2007)
Deux versions d'un même poème : la première, publiée en 1952, est illustrée de 16 collages de Jean Arp. Le poème fut repris et remanié l'année suivante et publié avec 24 lithographies de Georges Braque. Ce volume a été édité à l'occasion du Printemps des poètes 2007 qui avait pour thème les lettres d'amour.
Clef de voûte du sens de la vie et de la magie amoureuse, ce texte magnifique nous fait regretter l’impossibilité d’écrire avec un tel talent, ou de n’avoir été la destinataire d’une lettre si dense et évocatrice. Heureusement, il nous reste le plaisir de la lire et celle de l’offrir...
02:15 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, René Char | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature; poésie; livres |
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03/06/2011
Roberto Saviano
Roberto Saviano, Gomorra - Dans l'empire de la camorra (Gallimard, 2007)
A 28 ans, ce fils de médecin, diplômé de sciences politiques, observe de l’intérieur pourrait-on dire, en témoin muet depuis l’adolescence, la camorra napolitaine. Aujourd’hui exilé à Rome, sous la protection de la police et condamné à mort – l’organisation criminelle italienne a peu aimé la parution de son livre – il signe un document magistral à ranger aux côtés de Histoire de la Mafia de Salvatore Lupo, paru chez Flammarion. Outre une documentation impressionnante et un regard qui oscille parfois entre fascination et horreur, Roberto Saviano développe avec beaucoup de magie et d’habileté ses talents de conteur. Gomorra possède toutes les qualités d’un roman exceptionnel sauf que… ce n’en est pas un !
également disponible en format de poche (coll. Folio/Gallimard, 2009)
16:06 Écrit par Claude Amstutz dans Documents et témoignages, Le monde comme il va, Littérature italienne | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : document; témoignage; histoire |
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02/06/2011
Daniel Fazan
Bloc-Notes, 2 juin / Les Saules

Le prince Selim Djem, dans la postface au récit Vacarme d’automne, a bien saisi la personnalité de Daniel Fazan, quand il évoque un être charmant, attentif, souriant, toujours à l’écoute des autres et d’une sensibilité à fleur de peau. Pascal Vandenberghe, dans sa préface, parle d'un homme qui a pu faire de son amour des plaisirs de la vie et des autres, son métier.
Et c'est tout à fait l'image que je me suis fait de lui lors de ses émissions sur RSR La Première, Intérieurs. Quand je l'ai rencontré, rien ne m'a vraiment alerté, sinon un humour facétieux, un brin mélancolique, mais mordant comme un fruit vert de première jeunesse, un don naturel pour les pirouettes qui lui permettent de couper court, en public, à la manifestation de ses fragilités, de ses inquiétudes, de ses colères. L'expression d'une pudeur toute masculine, sans doute.
Dans son livre au contraire, il se lâche, Daniel Fazan. Avec sa difficulté parfois à vivre sur terre, son rejet des modèles - surtout ceux de son âge - et son aspiration à une tranquillité pleine de rébellion, Loulou, le narrateur de son récit, ressemble un peu à un emmerdeur qui prend sa place quand elle n'est pas offerte et la refuse quand le siège est encore chaud. Et comme il sent la vieillesse gagner du terrain, il se mue en vieille branche geignarde, mécontent de son sort, insatisfait de ce que le temps lui réserve, abîmé dans ses souvenirs qui lui semblent demeurer son unique trésor. A ce point-là?
Il est vrai que malgré la sympathie que j'éprouve pour Daniel Fazan, Loulou m'a souvent agacé, viscéralement. Non qu'il me déplaise, mais parce que ses coups de gueule décalés ou ses jérémiades à répétition me sont étrangement familiers, tout à coup, à moi qui suis à peine de deux ans plus jeune que lui... Après avoir ravalé ma salive, un peu déçu - de moi-même: je pensais avoir mieux réussi que lui! - je souris finalement, comme auprès d'un frère malicieux, à ce personnage où le tragique se mêle à la fantaisie et à la légèreté: Il me semble que je repique, comme ce lilas flétri reçu ce mai de lumière, dont j'ai entaillé les branches grises trempées dans l'eau chaude. Il relève la tête et ouvre ses grappes d'étoiles.
Loulou a encore de belles années devant lui. En fait, hormis les autres qui veulent le réduire à un dinosaure, le médecin qui doit plus souvent que par le passé ajuster la bécane, il a le coeur d'un adolescent: pourfendeur de l'ennui et du renoncement, un peu à côté de la plaque dans un univers qui vire à la conformité, sans oublier la passion qui, au bout du compte, retarde en lui avec élégance le poids de l'inéluctable et le mot de la fin: Chacun m'a donné sa perception du monde, ses sensations terrestres et mystiques, confié ses entrailles mémoriales avec une confiance délicieuse. J'ai, en contrepartie, offert mon moi, à chaque fois, avec la plus grande sincérité. (...) Leurs voix sont mes Schubert, mes Mozart, elles sont les concertos où leurs instruments brillent dans la nuit humaine des destins contrariés ou pacifiés. (...) Je les entends tous vibrer et les reconnaîtrais dans la multitude des voix anonymes.
La lumière, je vais la créer, elle sera mienne. Elle éclairera mon crépuscule. Lointain...
Un petit conseil cependant à Daniel Fazan qui, comme le rappelle Pascal Vandenberghe, est vieux et n'aime pas qu'on le lui dise: qu'il ne lise jamais - une rechute n'est jamais impossible - le roman de Adolfo Bioy Casares, Journal de la guerre au cochon puisqu'on y traque avec allégresse afin de les exterminer, les vieux de plus de... cinquante ans! Pauvres et vulnérables bien sûr...
Daniel Fazan, Vacarme d'automne (Olivier Morattel, 2011)
Adolfo Bioy Casarès, Journal de la guerre au cochon (coll. Bouquins/Laffont, 2001)
23:04 Écrit par Claude Amstutz dans Bloc-Notes, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; récit; livres |
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31/05/2011
Le poème de la semaine
06:17 Écrit par Claude Amstutz dans Jules Supervielle, Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie |
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Jean-Pierre Otte
Bloc-Notes, 31 mai / Les Saules

Certains auteurs, irrésistiblement, donnent envie de les connaître, pour de vrai. Jean-Pierre Otte fait partie de ceux-là. Amoureux de la vie et de tous ses bienfaits, esprit curieux intéressé par les êtres qui sont en eux-mêmes toute une histoire et ne ressemblent à personne, il nous raconte aujourd'hui une de ses belles rencontres, celle de Mehdi Mansour: un visage fascinant, de conciliation et d'ouverture (...), un de ces êtres fluides capables de se jouer de toutes les serrures.
A Lespinas, un hameau dans le Haut Quercy, en bordure du Cantal, ce dernier a créé un cercle des lecteurs - une quinzaine de personnes environ - qui se réunissent pour débattre autour de thèmes variés - la présence au monde, la philosophie, le bonheur ou l'écriture - de livres aimés, échangés, partagés - une centaine d'ouvrages à travers les siècles et mentionnés en fin de volume - conviant notre auteur dans cette oasis, un petit monde oublié du monde, une ambiance faite de quiétude, d'entrain et de camaraderie dans la proximité du feu.
Si Jean-Pierre, Mehdi et les autres ont en commun la passion de l'écrit, le refus du piétinement et de la stagnation, c'est sous le signe de l'amitié, de mets savoureux et de vins délicats que s'opère la magie. Si vous suivez un régime, ce livre sera une torture pour vous, car au fil des lieux et des saisons, vous humerez la tarte au citron de Maylis, le tiramisu de Bella, le quatre-quarts au chocolat d'Eliane, le vin chaud à la muscade et aux bâtons de cannelle de Mehdi, les crêpes au pommes flambées au kirsch de Petite Ourse... La fête, tout simplement!
Truffé d'anecdotes sur l'histoire de ces compagnons singuliers, souvent drôles et pas conventionnels pour un sou, ce récit nous délivre aussi quelques pensées merveilleuses. Sur la philosophie: Philosopher, c'est dans une volonté d'allégresse, apprendre à vivre au mieux la vie qui nous est échue en partage quand apprendre à mourir n'est pas nécessaire, puisqu'on y réussit fort bien la première fois. Sur l'importance des livres: Certains livres sont d'une telle fertilité que lorsqu'on y plonge la tête la première, ils remplissent le vide, délivrent, détruisent insensiblement toute impression d'isolement. On se croyait séparé de tout, en rade, laissé pour compte, et on se retrouve réuni, accordé à tout, au diapason même de l'univers. C'est cela, le plaisir par excellence.
Sur l'écriture, Jean-Pierre Otte nous partage une jolie image: Si tous les livres lus sont autant d'échappées belles sur les routes du monde, écrire, c'est s'inventer des chemins vierges. Alliance spontanée de la maturité et de la jeunesse, c'est de cette dernière, à propos de l'éducation, que jaillit peut-être le plus beau passage de ce livre: Nous les avons éduquées à baptiser les rêves de noms d'oiseaux, à construire des rires avec le sable, à semer le trouble dans l'obscur, à chanter avec l'eau, à ne jamais écouter leurs parents; nous leur avons tout appris, sauf à devenir. Grandir, j'espère que ce ne sera jamais le projet de nos filles.
Et si c'était cela, le bonheur?
Minna vous le dira bien mieux que moi, à la fin de Un cercle de lecteurs autour d'une poêlée de châtaignes: Au bout du jardin de mon enfance, il y avait une rivière. Les cailloux chatoyants au fond du courant me fascinaient: leurs formes fluides, leurs formes indéfinies. Un jour, j'ai retiré des cailloux et les ai posés sur l'herbe de la berge. En séchant au soleil, ils devenaient ternes, terreux, avaient perdu leur caractère enchanté. Et pourtant, il suffisait de les rendre à la rivière, de les rentrer dans le courant pour qu'ils recouvrent instantanément leur magie...
Jean-Pierre Otte est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages, parmi lesquels L'amour au jardin (coll. Libretto/Phébus, 2002), L'épopée amoureuse du papillon (Julliard, 2007) et La vie amoureuse des fleurs dont on fait les parfums (Julliard, 2009), déjà évoqué sur La scie rêveuse.
Jean-Pierre Otte, Un cercle de lecteurs autour d'une poêlée de châtaignes (Julliard, 2011)
00:34 Écrit par Claude Amstutz dans Bloc-Notes, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature; récit; livres |
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30/05/2011
Editions La Dogana, Chêne-Bourg (Suisse)
Collectif: Un visa donné à la parole - Trente ans d'édition (La Dogana, 2011)
Ce n'est pas par le nombre de publications que nous souhaitons nous distinguer, mais par leur qualité et la cohérence des choix. Et pour cette même raison que la poésie demeure à nos yeux - au sein des discours scientifiques, didactiques ou idéologiques dont nous sommes trop souvent devenus la proie - une des rares paroles à la fois légère, durable et nécessaire, nous avons accordé un soin particulier à l'aspect extérieur de nos livres; afin d'aboutir à une sorte de point d'équilibre entre la petite masse de papier, de toile et d'encre et l'énorme densité des oeuvres qui s'y trouvent inscrites.
Ainsi s'exprime Florian Rodari pour célébrer les trente ans de sa maison d'édition. Je ne vais pas vous raconter l'histoire de La Dogana, puisque - dans ces mêmes colonnes - un article lui a déjà été consacré par le passé, de même que plusieurs livres parmi lesquels ceux d'Ossip Mandelstam, Anna Akhmatova et Philippe Jaccottet. Par la critère de recherche sur ce site, vous pouvez les découvrir, les lire ou relire, si le coeur vous en dit. Ce petit cadeau fait à tous les passionnés de poésie est un catalogue illustré de toutes les publications de cet éditeur - 80 titres - entrecoupé par des textes inédits d'Yves Bonnefoy, Pierre-Alain Tâche, Jacques Réda, Philippe Jaccottet, Jean-Pierre Lemaire, Fréderic Wandelère, Alain Madeleine-Perdrillat et Angelika Kirchschlager. De l'autre côté du miroir, une autre résonance conclut ce bel anniversaire, avec Muriel Bonicel: Impressions d'une libraire à Montparnasse.
Florian Rodari peut être fier de son travail d'éditeur passionné, minutieux, insensible au rythme effréné des mondes, comme ces vagues de l'âme unissant une communauté d'artisans qui, refusant toute compromission, en scellent toute la beauté et l'authenticité.
00:01 Écrit par Claude Amstutz dans Anna Akhmatova, Littérature étrangère, Littérature francophone, Littérature italienne, Littérature suisse, Philippe Jaccottet, Yves Bonnefoy | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie; essais; musique classique; livres |
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