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09/02/2014

Morceaux choisis - Carson Mc Cullers

Carson Mc Cullers

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L'amour est avant tout une expérience commune à deux êtres. Mais le fait qu'elle leur soit commune ne signifie pas que cette expérience ait la même nature pour chacun des deux êtres concernés. Il y a celui qui aime et celui qui est aimé, et ce sont deux univers différents. Celui qui est aimé ne sert souvent qu'à réveiller une immense force d'amour qui dormait jusque-là au fond du coeur de celui qui aime. En général, celui qui aime en est conscient. Il sait que son amour restera solitaire. Qu'il l'entraînera peu à peu vers une solitude nouvelle, plus étrange encore, et de le savoir le déchire. Aussi celui qui aime n'a-t-il qu'une chose à faire: dissimuler son amour aussi complètement et profondément que possible. Se construire un univers intérieur totalement neuf. Un univers de passion et de folie, qui se suffira à lui-même. Il faut d'ailleurs ajouter que celui dont nous parlons, celui qui aime, n'est pas nécessairement un jeune homme qui a mis de l'argent de côté pour acheter une alliance. Celui qui aime peut être un homme, une femme, un enfant, n'importe quelle créature du monde.

Mais voici que celui qui est aimé peut avoir lui aussi n'importe quel visage. Cet aiguillon de l'amour se trouve chez les créatures les plus surprenantes. Un vieillard peut être déjà arrière-grand-père, avec un cerveau embrumé, et continuer d'aimer une bizarre jeune fille qu'il n'a vue qu'une fois, il y a plus de vingt ans, dans une rue de Cheehaw, en fin d'après-midi. Un homme d'Eglise peut aimer une fille perdue. Celui qui est aimé peut vivre dans le mensonge, avoir une intelligence médiocre, s'enfoncer dans les vices les plus atroces - mai oui - et celui qui aime peut en être aussi conscient que les autres, cela n'entravera pas l'évolution de son amour. Un être profondément bas peut donner naissance à l'amour le plus sauvage, le plus extravagant, extravagant et beau comme un lis vénéneux des marais. Un être au coeur pur peut donner naissance à l'amour le plus violent et le plus dégradant. Les bégaiements d'un simple d'esprit peuvent faire germer dans un autre coeur l'amour le plus franc et le plus simple. La valeur, la qualité de l'amour, quel qu'il soit, dépend uniquement de celui qui aime.

C'est pourquoi la plupart d'entre nous préfèrent aimer plutôt qu'être aimés. La plupart d'entre nous préfèrent être celui qui aime. Car, s'il faut avouer toute vérité, la plus cruelle, la plus secrète, pour la plupart d'entre nous, être aimé est insupportable. Celui qui est aimé a toutes les raisons de craindre et de haïr celui qui aime. Car celui qui aime est tellement affamé du moindre contact avec celui qu'il aime qu'il n'a cesse de l'avoir dépouillé, dût-il n'y trouver que douleur.

Carson Mc Cullers, La ballade du café triste (Stock, 1974)

traduit de l'américain par Jacques Tournier

09:28 Écrit par Claude Amstutz dans Carson McCullers, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; nouvelles; morceaux choisis; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

Musica présente - 92 Vladimir Ashkenazy

Vladimir Ashkenazy

pianiste et chef d'orchestre russe - naturalisé islandais, né en 1937

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Modeste Moussorski

Pictures of an Exhibition - piano version


08:44 Écrit par Claude Amstutz dans Musica présente, Musique classique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique classique | |  Imprimer |  Facebook | | |

08/02/2014

Jacques Chessex

9782246743514.gifJacques Chessex, Un juif pour l'exemple (Grasset, 2009)

Nous sommes en 1942: l'Europe est à feu et à sang, la Suisse est travaillée de sombres influences. A Payerne, rurale, cossue, ville de charcutiers, le chômage aiguise les rancoeurs et la haine ancestrale du Juif. Autour d'un gauleiter local, le garagiste Fernand Ischi sorti d'une opérette rhénane, et d'un pasteur sans paroisse proche de la légation nazie à Berne, le pasteur Lugrin s'organise un complot de revanchards au front bas, d'oisifs que fascine la virilité germanique. Ils veulent du sang. Une victime expiatoire. Ce sera Arthur Bloch, marchand de bestiaux...

A lire ce récit, je ne peux manquer de penser au roman Le rapport de Brodeck écrit par Philippe Claudel, paru en 2007 chez Stock. Même trouble d’une mémoire devenue inutile aux collectivités, même remord, même justification ou déni des individus qu’une abjecte réalité dérange. Dans un style concis, évocateur et respirant les lieux du drame, Jacques Chessex nous invite à  revisiter une histoire bien de chez nous contre l’effacement, la banalisation et finalement l’oubli. Avec rage et conviction, comme lui seul sait le faire.

Egalement disponible en coll. Livre de poche (LGF, 2010)

01:10 Écrit par Claude Amstutz dans Jacques Chessex, Littérature francophone, Littérature suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature; récit; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

07/02/2014

La citation du jour

David Dumortier

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Ses vaches sont gentilles, la vigne est bien coiffée, la mare est calme, mais ce n'est pas ça, sa vie: il manque quelqu'un au bout de la table pour se taire ensemble.

David Dumortier, Une femme de ferme, suivi de: Le livre des poules (Cheyne, 2010)

image: Jean-Baptiste-Camille Corot, Jeune Femme à la fontaine / 1860-1870 (connaissancedesarts.com)

00:10 Écrit par Claude Amstutz dans La citation du jour, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : citation; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

06/02/2014

La musique sur FB - 2055 O.Merikanto

Ocar Merikanto

Romanssi, Op 12

 

Risto Lauriala


07:44 Écrit par Claude Amstutz dans La musique sur Facebook, Musique classique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique classique; facebook | |  Imprimer |  Facebook | | |

05/02/2014

Le poème de la semaine

Maurice Carême

merci à José M

On vendit le chien, et la chaîne,
Et la vache, et le vieux buffet,
Mais on ne vendit pas la peine
Des paysans que l’on chassait.
 
Elle resta là, accroupie
Au seuil de la maison déserte,
A regarder voler les pies
Au-dessus de l’étable ouverte.
 
Puis, prenant peu à peu conscience
De sa forme et de son pouvoir,
Elle tira d’un vieux miroir
Qui avait connu leur présence,
 
Le reflet des meubles anciens,
Et du balancier, et du feu,
Et de la nappe à carreaux bleus 
Où riait encore un gros pain.
 
Et depuis, on la voit parfois,
Quand la lune est dolente et lasse,
Chercher à mettre des embrasses
Aux petits rideaux d’autrefois. 
 
 
Quelques traces de craie dans le ciel,
Anthologie poétique francophone du XXe siècle
 

00:40 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie | |  Imprimer |  Facebook | | |

04/02/2014

Khaled Al Khamissi

9782742785414.gifKhaled Al Khamissi, Taxi (Actes Sud, 2009)

Portant chacune sur un aspect particulier de la vie sociale, économique ou politique en Egypte, ces cinquante-huit conversations avec des chauffeurs de taxi du Caire composent un tableau fascinant de ce pays à un moment clé - d'avril 2005 à mars 2006 - du règne du président Hosni Moubarak, qui sollicitait alors un cinquième mandat. Tout y est: les difficultés quotidiennes de la grande majorité de la population, la corruption qui sévit à tous les échelons de l'administration, l'omniprésence et la brutalité des services de sécurité, le blocage du système politique, les humiliations sans fin que la population subit en silence, les ravages du capitalisme sauvage...

S’il vous arrive de prendre le taxi chez nous autres, vous pouvez imaginer que ce livre pourrait être écrit avec la même curiosité et le même éclat à Milan, Paris ou Lausanne. Mais ici, nous sommes bien au Caire, sous le regard parfois mélancolique, amusé ou grave des petites gens dont les réparties mises en commun dressent un tableau complexe et attachant de la réalité égyptienne.

également disponible au format de poche (coll. Babel/Actes Sud, 2011)

00:12 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

03/02/2014

André Pieyre de Mandiargues

littérature: roman; livresAndré Pieyre de Mandiargues, Le lis de mer (Coll. Folio/Gallimard, 1972)

Quand la jeune fille fut entrée dans le bois, l'inconnu vint la saisir. Vanina écoutait avec curiosité cette petite phrase qui bourdonnait dans sa tête sans qu'on eût rien fait pour l'appeler, née dans l'état de vide mental qui avait été le sien pendant qu'elle marchait sous le soleil et qui avait fait place à une agitation d'esprit un peu fébrile depuis qu'elle se trouvait sous le couvert des branches. L'inconnu vint la saisir - oui ; et n'était-ce pour cela, justement, qu'elle s'était échappée de sa chambre?

Une des plus belles plumes de la littérature française contemporaine livre ici un court récit qui mérite de figurer parmi les plus beaux romans érotiques de tous les temps. Pourtant, nul voyeurisme dans le propos. Toute la quête du désir est suggérée par l’atmosphère, les lieux, le temps qui change, le feu intérieur qui couve. Si inoubliable qu’il ne figure généralement pas dans une bibliothèque rose mais aux côtés des plus grands noms du XXe siècle. À lire au plus vite !

00:33 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature: roman; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |