03/11/2013
Morceaux choisis - Michela Murgia
Michela Murgia

Nous avons joué dans la même rue.
C'est ainsi qu'on devient vraiment frères et soeurs à Crabas, étant donné que naître de la même mère n'a jamais apparenté quiconque, pas même les chats. Que soit toujours béni le respect pour la chair de notre chair, mais la rue et le fait d'avoir joué ensemble offrent aux enfants un lien de parenté plus étroit, qu'ils n'oublieront pas à l'âge adulte. Il n'y a rien d'intuitif dans la génération: le sang suit des parcours troubles, et aucun gamin ne peut imaginer que partager le nom d'un père suffit pour revendiquer une semence commune.
Comment on naît, voilà une des questions qu'il est besoin de se faire expliquer plusieurs fois, et c'est sans doute pour ce motif que nombre d'adultes s'efforcent leur vie durant de se libérer de liens de parenté fortuits en s'en créant d'autres par de purs actes de volonté. Des témoins de mariage sont ainsi élevés au rang de frères et de soeurs. Les parrains et marraines des enfants, promus membres de la famille d'occasion. Des compères et des commères naissent au début de chaque été, la nuit de la Saint-Jean, quand l'île entière brille de feux à sauter main dans la main afin de conquérir une fraternité qui ne soit redevable à aucune mère. Des arbres généalogiques surgissent sans cesse du feu, du vin, de la faute et de l'eau bénite. Pourtant, ces rituels millénaires eux-mêmes ne parviennent pas à engager la mémoire du coeur aussi efficacement que les jeux que les enfants célèbrent dans la rue.
Aucune famille ne l'emportera jamais sur les après-midi d'été ensoleillés au cours desquels on a réussi à marquer son premier but parmi les cris des copains, ou libéré avec eux une libellule gigantesque entrée par mégarde dans un filet à papillons. Et la voix de son propre sang est vaine face à la certitude d'avoir fait saigner involontairement le genou d'un ami. Jamais un Noël parmi les siens ne rivalisera intimement avec le souffle du vent sur le visage lorsqu'on dévale une pente à vélo sans les mains; avec le reflet d'une natte sombre se balançant dans le dos de la fille la plus jolie; on encore avec la honte cuisante d'un magazine pour adultes trouvé au milieu des broussailles et feuilleté en bande dans un silence hagard. C'est dans ces virginités perdues que résident le pacte secret des vrais complices, le pouvoir normatif des premières certitudes communes, devant lesquelles il n'y a pas de famille qui puisse revendiquer de droits plus importants.
C'est ainsi qu'on entend dans les bars certains adultes, des hommes mille fois faits et défaits par la vie, se vanter encore des liens que la rue de leur enfance a créés entre eux - nous avons partagé le jeu - comme s'il s'agissait d'un pacte respecté.
Michela Murgia, Prologue, dans: La guerre des saints (Seuil, 2013)
traduit de l'italien par Nathalie Bauer
00:29 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Littérature italienne, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature; roman; morceaux choisis; livres |
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02/11/2013
Morceaux choisis - François Mauriac
François Mauriac

Sans mari, sans enfants, sans amis, certes on ne pouvait être plus seule au monde; mais qu'était cette solitude, au prix de cet autre isolement dont la plus tendre famille ne l'eût pas délivrée: celui que nous éprouvons à reconnaître en nous les signes d'une espèce singulière, d'une race presque perdue et dont nous interprétons les instincts, les exigences, les buts mystérieux? Ah! ne plus s'épuiser dans cette recherche! Si le ciel était encore pâle d'un reste de jour et de lune naissante, les ténèbres s'amassaient sous les feuilles tranquilles. Le corps penché dans la nuit, attiré, comma aspiré par la tristesse végétale, Maria Cross cédait moins au désir de boire à ce fleuve d'air encombré de branches qu'à la tentation de se perdre en lui, de se dissoudre, pour qu'enfin son désert intérieur se confondit avec celui de l'espace, pour que ce silence en elle ne fût plus différent du silence des sphères.
François Mauriac, Le désert de l'amour / extrait, dans : Oeuvres romanesques (coll. Pochothèque/LGF, 1992)
image: Marcel Feguide, La jeune fille sous l'arbre (feguide.free.fr)
00:09 Écrit par Claude Amstutz dans François Mauriac, Littérature francophone, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; morceaux choisis; livres |
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01/11/2013
La citation du jour
Rainer Maria Rilke

Que je sois le veilleur de tous tes horizons... Permets à mon regard plus hardi et plus vaste d'embrasser soudain l'étendue des mers. Fais que je suive la marche des fleuves afin qu'au-delà des rumeurs de leurs rives j'entende monter la voix silencieuse de la nuit.
Rainer Maria Rilke, Le livre de la pauvreté et de la mort (Actes Sud, 1992)
traduit de l'allemand par Arthur Adamov
image: Débarcadère de Nyon / Suisse (uprapide.com)
00:02 Écrit par Claude Amstutz dans La citation du jour, Littérature étrangère, Rainer-Maria Rilke | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : citation; livres |
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31/10/2013
La citation du jour
Catherine de Sienne

N'aimez pas Dieu pour vous-même, pour votre propre utilité, mais aimez Dieu pour Dieu, parce qu'il est la suprême bonté digne d'être aimée.
Catherine de Sienne, dans: Revue Ma Prière No 6, Octobre 2013 (mapriere.com)
image: Catherine de Sienne (womenintheology.org)
10:08 Écrit par Claude Amstutz dans La citation du jour, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; spiritualité; anthologie; citation; livres |
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Morceaux choisis - Fernando Pessoa
Fernando Pessoa

Fernando Pessoa, Poèmes désassemblés, dans: Le gardeur de troupeaux, suivi de: Poésies d'Alvaro de Campos (coll. Poésie/Gallimard, 2012)
traduit du portugais par Armand Guibert
image: fond-ecran-image.com
08:45 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie; anthologie; livres |
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30/10/2013
Le poème de la semaine
Guillevic
Autrefois,quand j'étais gamin,je me sentais étrangerau monde. C'étaitcomme si je n'en étais pas,et je me suis appliquéà m'incorporer à ce tout. Maintenant où s'approchema fin,et je le sais, je le vis,maintenantje n'ai plus d'effort à fairepour sentir pleinementle mondeseconde après seconde. Il est là et je suis en lui,je suis à lui,en lui je me plais. Quelques traces de craie dans le ciel,Anthologie poétique francophone du XXe siècle
02:05 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature; poésie |
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29/10/2013
Véronique Olmi
Véronique Olmi, Sa passion (Grasset, 2007)
La rupture amoureuse – thème central de ce court roman – qui broie les cœurs et les corps, retire à Hélène sa raison de vivre, mais éprise d’absolu, saura-t-elle vivre le deuil de sa passion sans détruire ce qui l’a émue, épanouie, révélée à elle-même ? Prise dans un étau entre désir et raison, elle traversera les affres de la jalousie, de la possessivité, de la rancœur, avant de trouver la voie qui la libérera de sa prison. Au passage, une subtile évocation des milieux littéraires et de la famille d’Hélène.
également en format de poche (Livre de poche/LGF, 2008)
05:54 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres |
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28/10/2013
Musica présente - 80 Christian Zacharias
Christian Zacharias
pianiste et chef d'orchestre allemand, né en 1950
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Wolfgang Amadeus Mozart
Piano Concerto No 5 in D major, K 175
(Stuttgart Radio Symphony Orchestra, Neville Marriner)
pour Giulia L
00:08 Écrit par Claude Amstutz dans Musica présente, Musique classique, Wolfgang Amadeus Mozart | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique classique |
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