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10/05/2013

Morceaux choisis - Sylvie Fabre G.

Sylvie Fabre G.

Livre_2.jpg

Dans la bibliothèque de ma mère
les livres étaient comme des draps
linge frais ou linceuil
ils moulaient formes et rêves, vivants et morts
m'enveloppant de silence
pour mieux parler les choses innommées
l'azur et l'ombre
et les visages, beaux oiseaux
qui n'en finissent pas de passer
sur leurs pages veinées d'encre de sang et d'eau
 
dans la bibliothèque de ma mère
la solitude dessinait un paysage sans horizonun présent
où le coeur avançait
les livres souffleurs d'amour et de douleur
couturaient l'invisible
je m'égarais dans leur végétation
au-dedans et au-dehors, mots ouverts
histoire oubliée sous les lilas
l'odeur de la vie m'emportait
 
dans la bibliothèque de ma mère
les livres étaient comme des mains
que je promenais sur le monde
que je levais vers le ciel, feu ou vide
ils rendaient toute figure visible
traversant le temps, l'ici et l'ailleurs
pour retourner à la source dont ils venaient
dans la bibliothèque de ma mère
j'étais sans âge et sans demeure
la lectrice éternelle, l'étrangère.

Sylvie Fabre G., Dans la bibliothèque de ma mère, dans: Pas d'ici, pas d'ailleurs - Anthologie poétique francophone de voix féminines contemporaines / présentation et choix: Sabine Huynh, Andrée Lacelle, Angèle Paoli, Aurélie Tourniaire / préface: Déborah Heissler (Voix d'Encre, 2012)

image: livresanciens-tarascon.blogspot.com

12:55 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie; anthologie; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

Patricia MacDonald

9782226173447.gifPatricia Mac Donald, J'ai épousé un inconnu (Albin Michel, 2006)

Victime de plusieurs tentatives de crime – alors qu’elle attend un bébé - Emma, en proie au doute, ne sait plus vers qui se tourner. Qui peut donc lui en vouloir au point de vouloir la tue? David, son mari, mystérieux, aimant, mais dissimulateur? Burke, un ami de jeunesse dont l’épouse s’est suicidée? Le père d’une anorexique, aujourd’hui décédée, dont elle assurait l’accompagnement? Ou encore un patient du Centre qui n’apprécierait pas son récent mariage? Patricia MacDonald joue habilement avec nos nerfs de la première page à la dernière et, comme dans tous les bons romans policiers, nous ouvre à une vérité insoupçonnable. Un suspense terrifiant.

Egalement disponible en coll. Livre de poche (LGF, 2008)

09:44 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature: roman; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

Vendanges tardives - De la mesure

Un abécédaire: M comme mesure

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pour Charline K

Jamais je n'aurais imaginé me retrouver - surtout une veille de la fête de l'Ascension! - dans un box des urgences de l'Hôpital Cantonal, avec un blouse bleue et blanche et des tuyaux reliés à toutes les parties du corps, comme Victor Newman dans Les feux de l'amour. Et, tandis que je mesurais le temps qui s'étire, ponctué ça et là par le son aigu de l'échocardiographe signalant un dérapage, me venaient à l'esprit des pensées plutôt légères, malgré le lieu, malgré ce moment suspendu où j'étais encore incapable de savoir, si cette fois-ci en ce qui me concerne, le fil tendu entre le commencement de toutes choses et la fin de ces dernières dans l'ordre du monde, n'était pas sur le point de se rompre, comme il se doit, un jour ou l'autre.

Je me suis ainsi souvenu de ma mère qui me raconta que, lors de son premier infarctus, elle se voyait dans une vallée verdoyante et reposante, tandis qu'elle se remémorait les paroles du Psaume 22Sur des prés d'herbe fraîche, Il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles... Et elle se répétait pour elle-même: Eh bien non, je ne veux pas y aller! Elle ouvrit alors les yeux, se vit en salle de réanimation et esquissa un sourire. Le voyage était interrompu.

Et - tu connais mon côté farceur - j'ai aussi pensé à Woody AllenCe n'est pas que j'ai peur de mourir, je veux juste ne pas être là quand ça arrivera. Puis à Francis BlancheVienne la nuit, sonne l'heure, Des gens s'amusent, d'autres meurent.

Mais à toi, Fred, je peux bien le dire: alors que sur le départ - sans diagnostic critique ni séquelles inquiétantes - je restituais mes habits de cérémonie et le sac en plastique contenant mes effets personnels, malgré le légendaire contrôle de mes émotions en public, toute trace d'humour m'avait quitté et derrière cette absence de frivolité, quelle digue s'était donc rompue? Tu voudrais bien le savoir, mais entre hommes - pudeur, refoulement, absence d'abandon? - il m'est bien difficile de satisfaire ta curiosité!

Je vais plutôt téléphoner à notre amie Laurence qui te racontera - si le coeur lui en dit - ces éclats de ténèbres et de lumières qui somme toute, dans un désordre trompeur, célèbrent la vie: si précieuse, si incertaine...

Francis Blanche, Les pensées (Cherche Midi, 2011)

Woody Allen, Dieu Shakespeare et moi (coll. Points Virgule/Seuil, 2001)

image: Melody Thomas Scott et Eric Braeden dans: The Young and the Restless / Les feux de l'amour (globaltv.com)