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24/05/2013

Lire les classiques - Alfred de Musset

Alfred de Musset

François-Martin Kavel_DP.jpg

Pâle étoile du soir, messagère lointaine,
Dont le front sort brillant des voiles du couchant,
De ton palais d'azur, au sein du firmament,
Que regardes-tu dans la plaine?
 
La tempête s'éloigne, et les vents sont calmés.
La forêt, qui frémit, pleure sur la bruyère;
Le phalène doré, dans sa course légère,
Traverse les prés embaumés.
 
Que cherches-tu sur la terre endormie?
Mais déjà vers les monts je te vois t'abaisser;
Tu fuis, en souriant, mélancolique amie,
Et ton tremblant regard est près de s'effacer.
 
Étoile qui descends vers la verte colline,
Triste larme d'argent du manteau de la Nuit,
Toi que regarde au loin le pâtre qui chemine,
Tandis que pas à pas son long troupeau le suit, 
 
Étoile, où t'en vas-tu, dans cette nuit immense?
Cherches-tu sur la rive un lit dans les roseaux?
Où t'en vas-tu si belle, à l'heure du silence,
Tomber comme une perle au sein profond des eaux?
 
Ah ! si tu dois mourir, bel astre, et si ta tête
Va dans la vaste mer plonger ses blonds cheveux,
Avant de nous quitter, un seul instant arrête; 
Étoile de l'amour, ne descends pas des cieux!
 

Alfred de Musset, Le saule, dans: Premières poésies (coll. GF/Flammarion, 1998)

image: Francois Martin Kavel, A Summer Rose (french-painters.blogspot.com)

05:29 Écrit par Claude Amstutz dans Lire les classiques, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie; anthologie; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

23/05/2013

Brian Freeman

9782258069138.gifBrian Freeman, Jamais je ne reviendrai (Presses de la Cité, 2007)

 

Rachel a dix-sept ans et la beauté du diable. Aussi sa disparition suscite-t-elle bien des questions à Duluth, petite ville paisible du Minnesota. Fugue ? Enlèvement ? Meurtre ? Tout est possible avec cette adolescente sulfureuse. Pour l'inspecteur Jonathan Stride, cette enquête a le goût amer du déjà-vu. Un an plus tôt, il n'a pas réussi à retrouver Kerry, une autre jeune fille disparue sans laisser de traces... Mais les deux affaires sont-elles liées ? Aidé par Maggie, femme flic au caractère bien trempé, Stride devra fouiller la vie tumultueuse de Rachel. Et ce qu'il découvrira fera voler en éclats toutes ses certitudes...


Le héros de ce roman, l’inspecteur Jonathan Stride, hanté par le souvenir de sa première épouse décédée d’un cancer, enquête sur la disparition de cette jeune lycéenne (la seconde en peu de temps qui le conduira des forêts enneigées du Minnesota aux boîtes de nuit de Las Vegas. Jamais à court de rebondissements, diabolique et déroutant, ce polar palpitant rappelle l'atmosphère propre à Michael Connelly.


Auteur de Las Vegas Baby, Le prix du péché, Je t'aurai, et Le voyeur, Brian Freeman avec Jamais je ne reviendrai - également disponible en coll. Pocket (2008) - a été traduit en seize langues. et vendu dans quarante-six pays.

03:34 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature: roman; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

22/05/2013

Le poème de la semaine

Stéphane Mallarmé

merci à Michael L

Fée, au parfum subtil de foin
Coupé, dans la verte prairie,
Avec sa baguette fleurie
Elle surgit, charmant témoin.
 
Ce n'est pas quand on se marie
Seulement, qu'aux pays du loin,
Avec sa baguette fleurie
Elle surgit, charmant témoin.
 
Attentive à porter le soin
Jusqu'au cher cadeau qui varie
Toujours selon la rêverie
De l'enfant muette en son coin,
Elle surgit, charmant témoin.
 
Prenez dans chaque main de l'homme
Tourmenté par un soin ardu
De savoir ce qu'il vous faut, du
Bouton de rose ou de la pomme.
 
Pour chasser le malentendu,
En lui disant que c'est tout comme
Prenez dans chaque main de l'homme
Tourmenté par un soin ardu.
 
Si, damoisel ou majordome,
Il a, près de vous, confondu
La fleur qu'on respire éperdu
Et le fruit qui ne se consomme,
Prenez dans chaque main de l'homme.

 
Quelques traces de craie dans le ciel,
Anthologie poétique francophone du XXe siècle

07:23 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie | |  Imprimer |  Facebook | | |

21/05/2013

La citation du jour

François Mauriac

citation; livres

Ce n'est pas la ville de pierres que je chéris, ni les conférences, ni les musées, c'est la forêt vivante qui s'y agite, et que creusent des passions plus forcenées qu'aucune tempête.

François Mauriac, Thérèse Desqueyroux, dans: Oeuvres romanesques (La Pochothèque/LGF, 1992)

image: Georges Franju, Thérèse Desqueyroux, avec Emanuelle Riva, Philippe Noiret, Sami Frey, Hélène Dieudonné, Edith Scob, Jacques Monod et Lucien Nat (1962)

07:28 Écrit par Claude Amstutz dans François Mauriac, La citation du jour, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : citation; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

20/05/2013

Morceaux choisis - Albert Camus

Albert Camus

littérature; essai; morceaux choisis; livres

merci à Christiane H

J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j’attends. J’attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. On me voit passer dans de belles rues savantes, j’admire les paysages, j’applaudis comme tout le monde, je donne la main, ce n’est pas moi qui parle. On me loue, je rêve un peu, on m’offense, je m’étonne à peine. Puis j’oublie et souris à qui m’outrage, ou je salue trop courtoisement celui que j’aime. Que faire si je n’ai de mémoire que pour une seule image? On me somme enfin de dire qui je suis: Rien encore, rien encore...

C’est aux enterrements que je me surpasse. J’excelle vraiment. Je marche d’un pas lent dans des banlieues fleuries de ferrailles, j’emprunte de larges allées, plantées d’arbres de ciment, et qui conduisent à des trous de terre froide. Là, sous le pansement à peine rougi du ciel, je regarde de hardis compagnons inhumer mes amis par trois mètres de fond. La fleur qu’une main glaiseuse me tend alors, si je la jette, elle ne manque jamais la fosse. J’ai la piété précise, l’émotion exacte, la nuque convenablement inclinée. On admire que mes paroles soient justes. Mais je n’ai pas de mérite: j’attends.

J’attends longtemps. Parfois, je trébuche, je perds la main, la réussite me fuit. Qu’importe, je suis seul alors. Je me réveille ainsi, dans la nuit, et, à demi endormi, je crois entendre un bruit de vagues, la respiration des eaux. Réveillé tout à fait, je reconnais le vent dans les feuillages et la rumeur malheureuse de la ville déserte. Ensuite, je n’ai pas trop de tout mon art pour cacher ma détresse ou l’habiller à la mode.

D’autres fois, au contraire, je suis aidé. À New York, certains jours, perdu au fond de ces puits de pierre et d’acier où errent des millions d’hommes, je courais de l’un à l’autre, sans en voir la fin, épuisé, jusqu’à ce que je ne fusse plus soutenu que par la masse humaine qui cherchait son issue. J’étouffais alors, ma panique allait crier. Mais, chaque fois, un appel lointain de remorqueur venait me rappeler que cette ville, citerne sèche, était une île, et qu’à la pointe de la Battery l’eau de mon baptême m’attendait, noire et pourrie, couverte de lièges creux.

Ainsi, moi qui ne possède rien, qui ai donné ma fortune, qui campe auprès de toutes mes maisons, je suis pourtant comblé quand je le veux, j’appareille à toute heure, le désespoir m’ignore. Point de patrie pour le désespéré et moi, je sais que la mer me précède et me suit, j’ai une folie toute prête. Ceux qui s’aiment et qui sont séparés peuvent vivre dans la douleur, mais ce n’est pas le désespoir: ils savent que l’amour existe. Voilà pourquoi je souffre, les yeux secs, de l’exil. J’attends encore. Un jour vient, enfin...

Albert Camus, L'été, précédé de: Noces (coll. Folio Essais/Gallimard, 2007)

image: Alger (www.voyagesphotosmanu.com)

02:40 Écrit par Claude Amstutz dans Albert Camus, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature; essai; morceaux choisis; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |