07/10/2012
Morceaux choisis - Catherine Pozzi
Catherine Pozzi

Catherine Pozzi, Très haut amour - Poèmes et autres textes (coll. Poésie/Gallimard, 2002)
image: lesrevesdemys.com
00:00 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature; poésie; anthologie; livres |
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06/10/2012
Morceaux choisis - Caio Fernando Abreu
Caio Fernando Abreu

Il était une fois le Pays des Fées. Personne ne savait vraiment où il se trouvait, et bien des gens (la majorité) doutaient même de son existence quelque part. Même ceux qui ne doutaient pas (et ils étaient rares) n'avaient pas la moindre idée de ce qu'il fallait faire pour y arriver. Mais ces rares personnes avaient une certitude: si on voulait vraiment y arriver, il y avait un truc et ça finissait par marcher. Une seule chose était essentielle (et extrêmement difficile): y croire.
Il était une fois, également, à cette époque (qui n'était pas un temps ancien, non; c'était un temps présent, du genre du nôtre) un homme qui y croyait. Un homme ordinaire, qui lisait les journaux, regardait la télé (et il avait peur, comme tout un chacun), qu'on licenciait, qui s'endurcissait (comme tout un chacun), essayait d'aimer, n'y parvenait pas (comme tout un chacun). En tout, cet homme était comme tout un chacun. Avec pourtant une énorme différence: c'était un homme qui y croyait. Rien dans les mains, rien dans les poches, un jour il résolut de partir à la recherche du Pays des Fées. Et il partit.
Il lui arriva des tas de choses qu'on ne peut raconter ici faute d'espace. Des choses dures, tristes, périlleuses, effrayantes. L'homme allait toujours de l'avant. Un tantinet dans ses petits souliers cependant, car on lui avait dit (des amis vaches) que même s'il arrivait au Pays des Fées, tout simplement les fées pouvaient ne pas l'aimer. Et rester invisibles (ce qui était le moindre mal), ou même faire d'horribles méchancetés au pauvre homme. Effrayé, inquiet, solitaire, de plus en plus triste et affamé, l'homme continuait à y croire et à cheminer. Il pleurait parfois, priait toujours. Pensait aux fées tout le temps. Et sans rien dire à personne, en secret, de plus en plus: il y croyait, il y croyait.
Un jour, il arriva sur les berges d'une rivière boueuse et furieuse, sans aucune beauté. Quelque chose lui dit que, de l'autre côté de la rivière, se trouvait le Pays des Fées. Il y crut. Il chercha en vain une barque, il n'y en avait pas: le seul moyen était de traverser la rivière à la nage. Ce n'était pas un athlète (au contraire), mais il la traversa. Il atteignit l'autre rive, épuisé, aperçut alors un sentier un peu bizarre et eut l'impression que c'était par là. Il y crut aussi. Et s'en alla par le sentier un peu bizarre, en direction de ce à quoi il croyait.
Puis il s'arrêta. Fatigué comme il l'était, il s'assit sur une pierre. Et l'endroit était si joli qu'il eut envie de se reposer un peu, le pauvre. Involontairement, il s'endormit. Et quand il ouvrit les yeux, devinez qui était posé sur la pierre à côté de lui? Une fée, bien sûr. Une fée minuscule, de la taille d'un petit doigt, avec de petites ailes transparentes et tout ce à quoi les petites fées ont droit. Très embarrassé, il voulut expliquer qu'il n'avait quasiment rien apporté et tira de ses poches tout ce qui lui restait: miettes de pain, bouts de papier, petite monnaie. Mort de honte, il posa cette misère à côté de la petite fée.
Soudain une bande d'autres petites fées et petits lutins (eux aussi existent) se ruèrent de tous côtés sur les pauvres cadeaux de l'homme qui y croyait. Stupéfait, il comprit qu'à tous il leur plaisait beaucoup: ils riaient, se jettaient des miettes les uns aux autres, faisaient rouler les pièces, sur l'endroit le plus plat. Tout ce qu'ils touchaient aussitôt se changeait en or. Après avoir joué un bon bout de temps, ils lui dirent qu'ils avaient adoré ses cadeaux. Et qu'en échange, ils allaient lui apprendre un chemin de retour très facile. Qu'il pouvait repartir quand il le voudrait par ce chemin-là (utilisable aussi à l'aller), facile, sûr, rapide. De surcroît, il pourrait revenir avec quelqu'un d'autre: ils auraient grand plaisir à recevoir une personne aimée de l'homme qui y croyait.
Tout à coup, l'homme se vit dans une barque glissant entre d'énormes colonnes, sculptées dans la pierre. De belles colonnes couvertes de signes, sur le fleuve calme comme un tapis magique portant la barque dans laquelle il se trouvait. Quelques petites fées voletaient autour de lui, en riant. Tout cela était si plaisant qu'il s'endormit. Il s'éveilla à l'endroit (sa chambre) d'où il était parti un jour. C'était le matin de bonne heure. L'homme qui y croyait ouvrit les fenêtres sur le jour d'un bleu brillant. Il respira profondément, et sourit. Il réfléchit à la personne qu'il pourrait inviter à aller avec lui au Pays des Fées. Quelqu'un qu'il aimerait beaucoup et qui y croirait aussi. Lorsque, sans effort, un tas de gens lui vinrent à l'esprit, il sourit plus encore. A présent, l'invitation est toujours sous ses yeux: quand on y croit, on trouve. Je ne garantis pas qu'il fut heureux pour toujours, mais en pensant à tout cela il avait un beau sourire. A ce propos, je n'ai pas le moindre doute. Et vous?
Caio Fernando Abreu, Un conte de fées, dans: Petites épiphanies (José Corti, 2000)
traduit du portugais (Brésil) par Claire Cayron
image: Vieux Lyon (2008)
00:15 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Littérature sud-américaine, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature; récit; conte; morceaux choisis; livres |
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05/10/2012
Lire les classiques - Jean Racine
Jean Racine

Jean Racine, Cantiques spirituels et autres poèmes (coll. Poésie/Gallimard, 1999)
image: Elly Wright, Campagne (http://www.art-en-france.eu/ellywright.html)
12:35 Écrit par Claude Amstutz dans Lire les classiques, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie; anthologie; livres |
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Musica présente - 34 Arthur Grumiaux
Arthur Grumiaux
violoniste belge, 1921-1986
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Maria Theresia Paradis: Sicilienne in E major
Wolfgang Amadeus Mozart: Serenade no 7 in D major, K 250 - IV. "Rondo" (arrang. Fritz Kreisler)
Enrique Granados: Danzas for Piano, Op 37 - V. "Andaluza" (arrang. Fritz Kreisler)
Fritz Kreisler: Schön Rosmarin - Liebesleid - Liebesfreud
Francesco Maria Veracini: Allegro for Violin and Basso Continuo
Antonio Vivaldi: Concerto for 2 Violins and Cello in D minor No 11, Op 3
Franz Schubert: Ellens Gesang III, D 839 - VI. "Ave Maria"
Antonín Dvorak: Humoresques for Piano No 7 in G major, Op 101
Jules Massenet: Thaïs Meditation
Piotr Ilitch Tchaïkovski: Morceaux for Piano, Op 51 - VI. "Valse sentimentale"
Francesco Maria Veracini: Largo for Violin and Piano in F minor
Fritz Kreisler: Rondino on a theme by Beethoven - Andantino in the style of Martini
Edward Elgar: La capricieuse, Op 17
Franz von Vecsey: Valse triste
Manuel Ponce: Estrellita (arrang. Jascha Heifetz)
Jean Sibelius: Belshazzar's Feast, Op 51 - II. "Nocturne" (arrang. M. Press)
Giovanni Battista Pergolesi: Andantino
Franz Schubert: Schwanengesang, D 957 - IV. "Ständchen"
Wolfgang Amadeus Mozart: Divertimento for 2 Horns and Strings no 17 in D major, K 334 - III. "Menuetto"
Robert Schumann: Kinderszenen, Op 15 - VII. "Träumerei"
Antonín Dvorak: Sonatina for Violin and Piano in G major, Op 100 - II. "Larghetto"
Charles Gounod: Ave Maria (based on J.S. Bach's Prelude no 1 in C from "The Well-Tempered Clavier")
Niccolo Paganini: Sonata for Violin and Guitar No 6 in E minor, Op 3
Henri Wieniawski: Souvenir de Moscou, Op 6
Maurice Ravel: Pièce en forme de Habanera
Pablo de Sarasate: Zigeunerweisen, Op 20
Gabriel Fauré: Les berceaux No 1, Op 23
Maurice Ravel: Tzigane for Violin and Piano
Ernest Bloch: Baal Shem - II. "Nigun" / Improvisation
Gabriel Fauré: Après un rêve No 1, Op 7
Christoph W. Gluck: Orfeo ed Euridice - "Dance of the Furies"
Ludwig van Beethoven Minuet for Piano No 2 in G major, WoO 10
Isaac Albeniz: Hojas de album Espana, Op 165 - II. Tango (arrang. Fritz Kreisler)
Antonín Dvorak: Zigeunermelodien, Op 55 - "Als die alte Mutter"
Joseph-Hector Fiocco: Pièces de clavecin, Op 1 - I. Allegro (arrang. A. Bent and N. O'Neill)
Zoltan Kodaly: Adagio for Violin, Viola, Cello and Piano
Arthur Grumiaux (Violin), Istvan Hajdu
merci à Zar T
04:08 Écrit par Claude Amstutz dans Musica présente, Musique classique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique classique |
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04/10/2012
Morceaux choisis - Hermann Hesse
Hermann Hesse

pour Catherine P et Judith S
Certaines années, notre été tessinois ne peut se décider à prendre fin. Si, assez souvent, après de fortes chaleurs, il se déchaîne soudain vers la fin d'août ou au début de septembre en un brutal orage et en plusieurs jours de pluies torrentielles, puis se retrouve busquement vieilli, brisé et s'éclipse, l'air morne et tout honteux, les autres fois il se maintient semaine après semaine sans orages, sans pluie, aimable et paisible comme ces étés finissants que décrit Stifter, tout azur et or, tout de paix et de douceur, interrompu seulement parfois par le foehn qui, un jour ou deux, secoue les arbres et fait tomber prématurément les châtaignes prisonnières de leurs bogues vertes, rend le bleu encore un peu plus bleu, le mauve tendre et chaud des montagnes encore un peu plus clair et ajoute un degré de limpidité à l'air cristallin. Lentement, au fil de nombreuses semaines, les feuilles se colorent, la vigne devient jaune, marron ou pourpre, le cerisier d'un rouge écarlate, la ronce dorée, tandis que les petites feuilles ovales prématurément jaunies des acacias scintillent comme autant d'étoiles dispersées dans le bleu sombre de leur feuillage.
Depuis bien des années, douze déjà, j'ai vécu ici ces étés finissants et ces automnes, promeneur sans but, spectateur recueilli, peintre; et lorsque commençaient les vendanges et que flamboyaient, entre la vigne d'un brun doré et les grappes d'un bleu noir, les fichus des femmes et que retentissaient les cris de joie des jeunes gens, ou que, par jours sans vent et légèrement couverts, je voyais s'élever partout dans le vaste paysage de notre vallée lacustre les petites colonnes de fumée bleue des feux d'automne campagnards enveloppant dans leurs volutes le proche comme le lointain, il n'était pas rare que je ressentisse un désir et une mélancolie tels que l'errant les éprouve en automne ou lorsque, vieillissant, il jette un regard par-delà les clôtures vers les autres, les sédentaires, ceux qui récoltent leurs grappes, les pressurent, engrangent leurs pommes de terre, marient leurs filles, font brûler leurs petits feux capricieux et griller les premières châtaignes ramassées à l'orée des bois.
Hermann Hesse, Tessin - textes de prose et poèmes / avec 16 aquarelles hors texte (Metropolis, 2000)
traduit de l'allemand par Jacques Duvernet
image: Hermann Hesse, Blick gegen Porlezza (1933)
16:21 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Morceaux choisis, Rosebud | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; voyages; morceaux choisis; livres |
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03/10/2012
Le poème de la semaine
Anne Perrier
Le temps est mûrJe n'en sais rienJe vois le murEt le cheminLa vie peut-être qui s'arrêteUn plomb d'or dans la têteEt moi toute déserteLes mains bien lisses bien ouvertesVivant d'aumônesA l'entrée des palaisEt des miettes que les balaisChassent au vent pour personne Quelques traces de craie dans le ciel,Anthologie poétique francophone du XXe siècle
19:37 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Littérature suisse, Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie |
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01/10/2012
Christian Signol
Christian Signol, Une si belle école (Albin Michel, 2010)
Ce roman est un hommage émouvant à la vocation des enseignants en milieu rural: leur passion de transmettre des valeurs, une culture, un bagage - surtout auprès des enfants défavorisés ou marginaux, promis au désespoir de leurs parents - dans un environnement peu préparé à cette appréhension de l'avenir. Emboîtant les pas d'une institutrice de village - et de son futur époux - nous suivons l'évolution de cette école qui passe de l'âge de la craie et des encriers à celui des feutres et des ordinateurs. Véritable journal d'une époque, entre 1954 et 1989, avec des difficultés qui s'estompent et d'autres qui voient le jour, ce livre est aussi une magnifique histoire d'amour qui puise toute sa sève dans cette passion commune d'éduquer et d'instruire par des chemins souvent ingrats, exposant à des bonheurs inattendus mais aussi à une grande solitude intérieure, face à ceux qui, de réformes en contre-réformes, élaborent un système scolaire pour tous et ne privilégient plus l'approche pédagogique de chacun, défendue par notre couple d'instituteurs, jusqu'au bout. Une évocation poignante, chaleureuse et poétique, ravivant nos souvenirs d'enfance comme les délicieux crépitements d'un feu de bois. A offrir à tous nos amis enseignants: ils le méritent bien!
également disponible en édition de poche (coll. Pocket, 2012)
Du même auteur, parmi une trentaine de romans, ne manquez pas de lire Les cailloux bleus (1984), Les menthes sauvages (1985) et Marie des brebis (1989) parus en coll. Pocket. Trois petits chef d'oeuvres...
06:46 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature; roman; livres |
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