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30/05/2012

Le poème de la semaine

Louise de Vilmorin

Plus jamais de chambre pour nous, 
Ni de baisers à perdre haleine 
Et plus jamais de rendez-vous 
Ni de saison, d'une heure à peine, 
Où reposer à tes genoux. 
 
Pourquoi le temps des souvenirs 
Doit-il me causer tant de peine 
Et pourquoi le temps du plaisir 
M'apporte-t-il si lourdes chaînes 
Que je ne puis les soutenir? 
 
Rivage, oh! rivage où j'aimais 
Aborder le bleu de ton ombre, 
Rives de novembre ou de mai 
Où l'amour faisait sa pénombre 
Je ne vous verrai plus jamais. 
 
Plus jamais. C’est dit. C'est fini. 
Plus de pas unis, plus de nombre, 
Plus de toit secret, plus de nid, 
Plus de lèvres où fleurit et sombre 
L'instant que l'amour a béni. 
 
Quelle est cette nuit dans le jour? 
Quel est dans le bruit ce silence? 
Mon jour est parti pour toujours, 
Ma voix ne charme que l'absence, 
Tu ne me diras pas bonjour. 
 
Tu ne diras pas, me voyant, 
Que j'illustre les différences, 
Tu ne diras pas, le croyant, 
Que je suis ta bonne croyance 
Et que mon cœur est clairvoyant. 
 
Mon temps ne fut qu'une saison. 
Adieu saison vite passée. 
Ma langueur et ma déraison 
Entre mes mains sont bien placées 
Comme l'amour en sa maison. 
 
Adieu plaisirs de ces matins
Où l'heure aux heures enlacée 
Veillait un feu jamais éteint. 
Adieu. Je ne suis pas lassée 
De ce que je n'ai pas atteint. 
 
 
Quelques traces de craie dans le ciel,
Anthologie poétique francophone du XXe siècle

15:04 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie | |  Imprimer |  Facebook | | |

Morceaux choisis - Henri Roorda

Henri Roorda

littérature; chroniques; livres

C'est incontestable: je suis un roseau pensotant. Le lecteur ne s'en apercevra peut-être pas; car aujourd'hui, ceux qui lisent pensotent aussi rarement que ceux qui écrivent. Il y a beaucoup de personnes qui lisent des pages entières en somnolant. Eh bien, que ces personnes le sachent: mon éditeur n'a pas l'habitude de rendre l'argent. Au lecteur mécontent qui n'aura trouvé dans mon livre aucun aliment sapide, je demanderai: Aux endroits où je pensotais, pensotiez-vous aussi? 

Dans les phénomènes de télépathie sans fil, il importe que l'appareil récepteur soit réglé sur l'autre. Pour qu'un livre ait de l'efficacité, il faut que l'auteur et le lecteur pensotent simultanément. Cela dit, je ne crains plus aucune critique. 

Henri Roorda, Le roseau pensotant (Ed. Mille et une Nuits, 2011) 

image: deco-design.biz

00:05 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Littérature suisse, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; chroniques; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |