17/07/2011
Marcello Fois
Bloc-Notes, 17 juillet / Nyon

Ce n'était pas que ce récit fut vrai ou faux, l'important c'était de raconter. Cette phrase, quelque part au milieu du livre, pourrait résumer la démarche de Marcello Fois, déjà adoptée dans son précédent et formidable roman, La mémoire du vide, paru en traduction française chez le même éditeur. A la manière de l'une des figures emblématiques de la nouvelle littérature espagnole, Rosa Montero, il sait raconter des histoires et le confirme aujourd'hui avec La lignée du forgeron.
Entre 1899 et 1943, il nous fait revivre, à travers le destin de Michele Angelo - l'âme vaguement blonde, le fruit d'un germe de miel contre l'insistance du noir corbeau qui l'entoure - quelques pages terribles de son pays, la Sardaigne. Orphelin recueilli par un honnête homme, Giuseppe Mundula, qui l'introduit à la forge et lui apprend le métier, Michele épouse une autre paria, Mercede. De leur union naissent les jumeaux Pietro et Paolo, plus tard - après deux enfants morts-nés - Gavino, Luigi Ippolito et Marianna.
Cet amour a fait beaucoup de chemin. Ils sont allés comme deux pèlerins vers un sanctuaire très lointain dont on attend à chaque pas de voir au moins le sommet du clocher, et puis, rien. Aussi est-il nécessaire de s'aimer et de s'aimer encore en dépit de tout; de la poussière qui empâte les cheveux; de la tentation d'accepter de faire un bout de chemin sur une charrette ou de s'abandonner, trempés de pluie, au désespoir, les chaussures enfoncées dans la boue, les pas incertains, le palais asséché par la canicule, les doigts livides à cause du gel, le regard fixé sur une fin qui toujours, toujours, se transforme en un début.
En trois parties distinctes - le paradis, l'enfer, le purgatoire - le lecteur voit le village de Nuoro s'ouvrir à l'espoir, à l'argent, à la modernité, mais le bonheur ne dure pas. Vient le temps de la Grande Guerre, puis la montée du fascisme et la Seconde Guerre mondiale qui fracassent et divisent, avec en arrière-plan ces lumières cruelles qui éclairent un fils parti en volontaire et un autre qu'on serait prêt à mutiler pour le garder chez soi, bien vivant, à l'abri des horreurs du monde, loin de cette Italie qui ressemble à une terre étrangère. Certains passages rappellent dans leur intensité le Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline: Lorsque la terre explose autour de moi je ne sens même pas de douleur, je vois ma jambe qui me précède et je pense: Malgré tout, nous sommes fragiles. Je sens comme un crochet qui m'arrache la moitié du visage et je pense encore: Nous sommes fragiles. Et pourtant je ne meurs pas. Je suis fort ! crié-je. Je suis vivant ! Les brancardiers courent vers moi. Je n'ai pas mal, je le jure. Après, oui, après, mais là, brisé en morceaux, avec le sang qui se colle à la terre, aucune douleur. Rien. A chaud, jeté au sol après l'explosion, j'ai le temps de penser à ma permission, puis plus rien.
Sur cette terre ingrate, rude et austère, aucune douleur ne sera épargnée à Michele Angelo dont la famille, victime de l'injustice, de la cruauté et de l'épuisement, subit les affres de ces temps maudits. Pourtant, un vent apaisé souffle un beau jour sur sa maison et prend l'apparence inattendue d'un jeune homme qui lui rend sa force initiale et scelle le destin de la forge qu'il avait abandonnée...
Dans la précarité de l'équilibre frontal il y a une histoire qui n'a pas été racontée. Oui. Dans la spécificité d'un sens accompli demeure l'irréalité. Une portion de vérité qui n'a pas de mots pour s'exprimer. A la manière d'une grande nature morte qui est temps fixé, collé à la toile, soustrait au devenir. Dans l'attente seulement, dans l'attente seulement on peut s'accorder avec cette fixité d'icône. Dans l'attente que le calice tombe, que ce cristal, enfin, se brise... Et la fin n'est pas une fin.
Marcello Fois, né en 1960 en Sardaigne, vit aujourd'hui à Bologne. Une quinzaine de ses livres sont traduits à ce jour, parmi lesquels Sheol (coll. Points/Seuil, 1999) - un roman policier qui évoque les persécutions juives en Italie -, Les hordes du vent (Seuil, 2005) et Mémoire du vide (Seuil, 2008). La ligne du forgeron (Seuil, 2011) est à ce jour peut-être, son roman le plus accompli.
Un des chefs-d'oeuvre de l'année !
Marcello Fois, La lignée du forgeron (Seuil, 2011)
Rosa Montero, Belle et sombre (Métailié, 2011)
01:01 Écrit par Claude Amstutz dans Bloc-Notes, Louis-Ferdinand Céline, Rosa Montero | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres |
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15/07/2011
Christohe Ono-dit-Biot
Christophe Ono-dit-Biot, Birmane (Plon, 2007)
Décidé à changer le cours de sa vie, un jeune homme s'envole pour le pays de tous ses fantasmes avec un projet fou: décrocher l'interview du plus grand trafiquant d'opium de tous les temps. Un scoop sans prix. Double problème : César est un amateur, et la Birmanie une dictature. A Rangoon, où la paranoïa le dispute à la moiteur tropicale, il rencontre une jeune femme au charme trouble. Médecin humanitaire passionnée et déterminée, elle se montre parfois mélancolique, lointaine. Fasciné, il en tombe amoureux...
A la fois roman d’aventures, plongée dans l’enfer de la dictature et initiation aux mythologies du Triangle d’Or, ce texte ouvre une brèche salutaire dans les lettres françaises ! Pour votre bonheur et comme son héros, vous perdrez bien vite vos repères ou vos certitudes sous les Tropiques, entraînés par ce voyage enivrant et ses personnages troubles, passionnés ou secrets. Tout cela dans un climat à la fois inquiétant, sensuel, moite et envoûtant. Alors, laissez-vous faire : Larguez les amarres …
également disponible en coll. de poche (Pocket, 2008)
22:25 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; voyages |
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14/07/2011
Le chant des larmes
Bloc-Notes, 14 juillet/ Nyon

Le cercle des Amoureux de la poésie, autour d'Abbassia Naïmi, concrétise avec Le chant des larmes un rêve magnifique: promouvoir la poésie francophone contemporaine et mettre en relation les auteurs et les lecteurs de tous bords en insistant plus particulièrement sur la lecture à haute voix nécessaire en poésie.
Vingt poètes de tous horizons - Maroc, Algérie, Tunisie, Cameroun, Etats-Unis, Canada et France - ont ainsi participé à ce projet qui respire d'un besoin de transmission orale, enraciné chez les uns et les autres. On y chante la beauté apaisée, le sang de la terre, l'ombre qui se balance sur un mur, les traces éphémères de la vie, les chemins de l'enfance, le monde qui tour à tour pleure et saigne, les bruits du jour devenus silence, et ces mots comme fleurs au vent, écrits comme on respire ont en commun de libérer l'âme et de partager, chacun à sa manière, un fragment d'espoir, de solidarité et de combat. Une poésie de la proximité dans laquelle les lecteurs attentifs peuvent reconnaître leurs propres résonances.
Une notice biographique - avec référence aux sites Internet - précède les textes de chaque auteur, dont bon nombre sont connus des usagers de Facebook. Au chant des larmes ont contribué Marie Hurtrel, Hamid Medah, An Ishtar, Xavier Lainé, Eve Oramie, Jean-Luc Moulin, Assia Benotmane, Amel Belkacemi, Makhlouf Boughareb, Emmanuel Parmentier, Nadir Kateb, Amel Tafsout, Robert Notenboom, Réjean Blais, Hanène Chelbi, Rodrigue Ndzana, Michèle Minary, Pierre la Paix, Cécyl et Abbassia Naïmi.
Une bien belle aventure qui prouve que la poésie - comme le disait Charlie Chaplin - demeure une indispensable lettre d'amour adressée au monde.
Le chant des larmes - Le cercle des Amoureux de la Poésie (Editions Lire et Méditer, 2010)
image: Abbassia Naïmi, Librairie Quesseveur, Agen (France)
Le cercle des Amoureux de la Poésie: www.lecap-edition.fr/
10:14 Écrit par Claude Amstutz dans Bloc-Notes, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature; poésie; livres |
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12/07/2011
Philippe Fusaro
Philippe Fusaro, Palermo solo (La Fosse aux Ours, 2007)
L’Italie se retrouve enfin un grand écrivain … français, libraire et fils d’immigrés ! Il nous conte, dans ce court récit plein de nostalgie, de violence, de poésie aussi, l’histoire du Baron qui a dû quitter sa ville natale de Castelvetrano, parce que la mafia l’a condamné à payer sa dette de sang, au Grand Hôtel de Palerme, à deux pas du port et qu’il ne peut fuir depuis près d’un demi-siècle, sous peine de mort. A 92 ans, au cœur d’une terrible solitude consentie – il est un homme d’honneur – ses souvenirs de jeune homme remontent à la surface, fugaces, silencieux et apaisants. A découvrir.
06:46 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Littérature italienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature: roman; livres |
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