10/04/2011
La citation du jour 1b
Joseph Haydn
Les sept paroles du Christ en croix
Sonate VII - Largo
Navarra String Quartet
07:11 Écrit par Claude Amstutz dans Joseph Haydn, Musique classique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique classique |
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La citation du jour 1a
Charles Journet

Les sept paroles de Jésus en croix font entrer dans le drame d'un Dieu crucifié pour le monde. Chacune d'elles découvre un aspect de ce voyage unique, passant toute parole, capable d'illuminer toutes les agonies des hommes et des peuples. Entrer dans ce mystère par un peu de contemplation silencieuse, c'est le seul moyen de l'honorer, et de donner, à son âme à soi, la dimension de la profondeur. Tout ce qu'on peut en écrire pour le faire aimer, hors ces sept divines paroles, on voudrait, après coup, le brûler.
Charles Journet, Les sept paroles du Christ en croix (Seuil, 1952)
07:10 Écrit par Claude Amstutz dans La citation du jour, Littérature francophone, Littérature suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; spiritualité; anthologie; citation; livres |
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08/04/2011
Malika Mokeddem 1b
Bloc-Notes, 8 avril / Les Saules
Malika Mokeddem sur Lechoixdeslibraires.com

1) Qui êtes-vous ?
Une fille du désert algérien qui y a vécu la pire des claustrations, celle où les immensités n'étaient qu'un néant. Une terrible angoisse s'abattait sur moi lorsque je fixais l'abîme infranchissable de l'horizon. Je levais un livre à la hauteur de mon visage pour ne plus le voir. Les raisons de cet enfermement n'étaient, certes, pas seulement géographiques. La pauvreté ne nous permettait pas d'échapper à la fournaise des étés. La camisole des traditions m'empêchait de bénéficier des rares distractions locales. Mon refus des servitudes me dressait contre ma famille, plus tard contre la société, en un combat de chaque instant.
Ma seule liberté, acquise de hautes luttes, c'était de pouvoir lire. Et quelle liberté ! Les livres ont été mes seuls voyages durant toute mon enfance et mon adolescence. Ils ont structuré ma pensée, transformé ma véhémence et mes colères en ténacité, en résistance. Dans «Une passion dans le désert» Balzac écrit : «dans la littérature du désert, il y a tout, et il n'y a rien...C'est Dieu sans les hommes.» Pour moi le désert c'était les Écrivains sans dieu. Aucun.
Partie de l'Algérie pour fuir ses suffocations et continuer mes études de médecine en France, j'ai passé mes vacances d'été et tous mes moments de loisir à naviguer à travers la Méditerranée. C'est en pleine mer que j'ai apprivoisé l'horizon. Peu à peu, la mer est devenue mon désert assouvi. Et j'ai commencé à aimer le désert, à l'écrire en la traversant.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le roman s'ouvre sur une disparition. Celle de Léo, un passionné de voile dont le bateau a été retrouvé à la dérive en Méditerranée, à l'extrême sud de la botte italienne. Sa compagne, Shamsa, s'apprêtait à le rejoindre. Elle ne peut pas, elle ne veut pas croire à un accident. Elle part donc, à bord de «Vent de sable», sur les traces de Léo. Depuis huit ans, elle ne naviguait qu'avec lui. C'est la première fois qu'elle prend la mer seule. Elle qui fut abandonnée à sa naissance dans le désert algérien, elle qui a fui une Algérie devenue sanguinaire, la voici hantée par son passé. Mais pour affronter ce nouveau coup du sort, elle est portée par l'énergie du désespoir. Et surtout par le courage que donne un amour absolu.
Sur cette Méditerranée dont Shamsa connaît par coeur les méandres et les drames, elle seule sera sans doute capable de retrouver les chaînons manquants aux limiers de la police.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«J'étais déserte et notre rencontre m'a rendue désirante.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Le ressac de la mer.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Leur plaisir de lecture en miroir à celui que j'ai pris à écrire ce livre. Et puis que leur courrier m'attende dans ma boite aux lettres, m'accueille chez moi, comme d'habitude. Ces élans peuplent ma solitude de façon aussi discrète que profonde.
Malika Mokeddem, La désirante (Grasset, 2011)
04:16 Écrit par Claude Amstutz dans Bloc-Notes, Littérature francophone, Malika Mokeddem | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; interview; livres |
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Malika Mokeddem 1a
Bloc-Notes, 8 avril / Les Saules
Ce roman est le journal de bord que tient Shamsa. Lou, son compagnon, directeur au C.N.R.S., quitte un jour l'île grecque de Céphalonie à bord du Vent des sables. Au large du golfe de Squillace, tout au sud de la botte italienne, on retrouve son bateau à la dérive. Personne à bord. Lou a disparu. Noyé? Assassiné? Enlevé?
Avec l'aide de Régis - le père de son ami - du carabiniere Lorenzo et de quelques proches, Shamsa entreprend des recherches, déterminée à comprendre ce qui a bien pu entraîner sa disparition, avec le ferme espoir de le retrouver vivant, celui dont elle dit: Je me trouvais avec la hantise de te perdre, toi, et sa double signification: la réalité de l'amour qui avait enfin pris corps avec cette intensité-là et la menace qu'il me fut arraché. Avant toi je n'avais rien à perdre.
Comme toujours avec Malika Mokeddem, cette enquête sur les traces de Lou la confronte à son propre passé: Je suis née d'une tombe de sable. La mer est mon désert. Une fillette abandonnée à sa naissance dans une Algérie violente, recueillie par des soeurs blanches et élevée dans leur orphelinat, puis ses souvenirs traumatisants de journaliste d'investigation: Ces visages de femmes meurtries par des disparitions et errant comme des damnées entre bureaucrates et journalistes. Des visages sans corps. Tous confondus en une masse de calamités et d'obsessions. Et la procession lugubre des foulards juste derrière. (...) La terreur a fini par me faire fuir l'Algérie comme tant d'autres.
La personnalité de Shamsa - que Régis appelle la fille du désert - est extrêmement attachante, forte et fragile à la fois, méfiante envers l'indulgence et la bonté - formes édulcorées de l'arrogance - se reconnaissant au passage en Nina Simone dont le parcours lui ressemble: Elle est comme le ressac des vagues sur toutes sortes de rivages: de roc, de sable ou de boue, dans des vents hurlants ou d'éphémères brises: Again and again, and again. Oh, who am I?
De très belles pages sont vouées à la beauté tragique de la Méditerranée dans ce récit où les saveurs, les éblouissements, les couleurs se mêlent au vécu de ses protagonistes, un continent liquide, aux frontières solides et aux habitants mobiles. (...) Elle est comme toutes les mères. Elle porte ceux qui ont ses faveurs dans la joie et la sérénité et noie, de mille manières, les indésirables.
Par elle s'opère le lien avec Lou - toute entière, elle s'engouffre dans mes yeux au timbre de ta voix - son port d'attache, la lumière de sa vie, enfin. Un roman que l'amour régénère et transfigure à chaque mouvement de plume, ce qui n'interdit pas à Malika Mokeddem quelques coups de griffe sur l'immigration, le machisme ou la différence. La preuve qu'on peut toucher du front les étoiles sans pour autant être frappé de cécité.
Et c'est peut-être cela, la plus belle des libertés...
Malika Mokeddem, La désirante (Grasset, 2011)
photographie: sur El Watan.com
04:16 Écrit par Claude Amstutz dans Bloc-Notes, Littérature francophone, Malika Mokeddem | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : litérature; roman; livres |
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05/04/2011
L'idiot du village
Bloc-Notes, 5 avril / Les Saules
Depuis vingt-sept ans, le Prix du jeune écrivain, soutenu par la Fondation BNP Paribas, récompense chaque année une oeuvre d’imagination inédite, en prose - nouvelle, conte, récit - de 5 à 25 pages, de jeunes auteurs de nationalité française et francophone, qui ont entre 15 et 24 ans révolus. Chaque candidat ne peut envoyer qu’un seul texte. Les écrits présélectionnés sont soumis à un jury tournant, composé d’écrivains et de critiques littéraires tels David Foenkinos, Christiane Baroche, Jean-Baptiste del Amo, Boualem Sansal, Marie-Hélène Lafon, Vincent Delecroix, Minh Tran Huy, Georges-Olivier Châteaureynaud et Ananda Devi, pour n'en citer que quelques-uns pour la présente édition.
Par le passé, ce prix littéraire a révélé des auteurs qui, par la suite, ont confirmé leur chemin d'écriture, tels Jean-Baptiste del Amo, Marie Darrieussecq, Antoine Bello, Leïla Haddad ou Dominique Mainard.
Douze nouvelles ont été choisies pour le Prix du jeune écrivain 2011, soit les textes ayant été récompensés par les cinq premiers prix auxquels sept autres - distingués par le jury - ont été ajoutés. La palme revient cette année à l'auteur suisse Bruno Pellegrino, pour L'idiot du village, la nouvelle qui donne son titre au recueil. Collaborateur régulier au Passe Muraille - revue des livres, des idées et des expressions - ce grand admirateur d'Albert Cohen, Romain Gary, Charles-Ferdinand Ramuz, Virginia Woolf et Emily Brontë, déploie dans ce récit d'une trentaine de pages à peine un talent fou, tout simplement stupéfiant, au point que j'ai remis à plusieurs jours la lecture des autres textes. Sans vous raconter toute l'histoire, sachez qu'elle se déroule dans un petit village avant la deuxième guerre mondiale, où plusieurs personnes meurent. Victimes d'un mauvais sort, celui de l'idiot du village, par exemple? On les pleure. On pointe le doigt vers le ciel. Trop injuste. Et voilà que l'idiot du village - bien vivant lui - vient leur annoncer en bégayant: mobilisation générale, c'est la guerre...
Aucun texte littéraire, sur ce thème, ne m'a autant remué depuis Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel. Et que dire du style qui, par ses parenthèses - comme les points de suspension d'un certain Louis-Ferdinand Céline - construit ce récit magistral, interroge les consciences, brasse les images sans ce verbiage excessif qui caractérise parfois les débuts d'un écrivain. A cet exercice, Bruno Pellegrino s'inscrit dans la lignée de Noëlle Revaz et Douna Loup, pour la singularité de son écriture, preuve qu'en Suisse - un pays qui ne brille pas vraiment par son imagination ou sa créativité - la jeunesse de ces trois auteurs réconcilie avec la littérature de qualité et nourrit de belles promesses.
Dans ce même recueil, un autre texte tout à fait remarquable s'intitule L'oeuvre de la pierre, écrit par Elodie Soury-Lavergne, le monologue d'une femme enterrée vivante, qui voudrait sauver ce qui peut l'être encore: son musée intérieur... Un immense talent dans la construction de son récit qui, comme dans celui de Bruno Pellegrino - une histoire de folie collective, dans les deux cas - en dessine les contours par une tension ordinaire, progressive, terrifiante où le lecteur, insidieusement, devient sans même s'en apercevoir, le témoin, l'acteur, la mémoire vivante, redonnant ses lettres de noblesse à un genre littéraire trop souvent négligé - la nouvelle - dans lequel bon nombre d'écrivains chevronnés, qui divulguent à la première page les deux cents qui s'en suivent, ne seraient pas trop à l'aise...
Bonne chance en tous les cas à ces heureux lauréats qui, outre les deux auteurs mentionnés plus haut, se nomment Alexandre Sordet, Pauline Feray, Aurélia Demarlier, Carole Awit, Karim Haroun, Valérie Lamesch, Baptiste Ledan, Clémence Lefèvres, Baptiste Mongis, Lydiane Tsane Tsayem et méritent - c'est la moindre des choses - tous nos applaudissements!
L'idiot du village - et autres nouvelles (Buchet-Chastel, 2011)
image: Bruno Pellegrino
02:35 Écrit par Claude Amstutz dans Bloc-Notes, Charles Ferdinand Ramuz, Le Passe Muraille, Littérature francophone, Littérature suisse, Louis-Ferdinand Céline | Lien permanent | Commentaires (0) |
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04/04/2011
Graham Greene
Graham Greene, La saison des pluies (Coll. Pavillons/Robert Laffont, 2007)
Paru en 1960, souvent réédité mais indisponible depuis plusieurs années, ce roman secret, tourmenté et méconnu de Graham Greene peut être considéré comme un chef d’œuvre, tant sa thématique est actuelle. Querry, le héros de ce roman, a tout pour être heureux. Brillant architecte, adulé par les femmes et riche, il ne ressent plus ni désir, ni convictions. Devenu incapable d’aimer – ni Dieu, ni ses proches, ni son métier - il quitte tout et entreprend un voyage en Afrique, le plus loin possible, peut-être pour y mourir. Cynique et désabusé, il nouera pourtant une amitié profonde avec le docteur Colin, dans une léproserie et ressentira auprès de lui et de ses malades une certaine paix intérieure, jusqu’au jour où un journaliste le reconnaîtra. Aidé par un prêtre ambitieux en mal de publicité, il s’acharnera à en faire un héros ou un saint auprès des médias, au mépris de Querry lui-même, rejoint pour son malheur par tout ce qu’il avait fui. L'un de mes romans préférés!
06:05 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres |
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