15/05/2010
La citation du jour
Georges Perros

L'écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n'existons plus.
Georges Perros, Papiers collés vol. 1 (Coll. Imaginaire/Gallimard, 1999)
00:30 Écrit par Claude Amstutz dans Georges Perros, La citation du jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : citations; livres |
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13/05/2010
Coup de gueule
Bloc-Notes, 14 mai / Les Saules

Il ne s'écoule de jour, sans qu'il soit question dans nos médias de Facebook: ses dangers, ses violations de la sphère privée, ses détournements ou vols de données. Si, à titre personnel, j'ai rencontré peu de problèmes depuis mon inscription en février 2010, il est peut-être nécessaire de fixer quelques règles à l'attention de celles et ceux tentés par l'expérience Facebook, et non aux utilisateurs actuels qui en règle générale maîtrisent le sujet.
Dans la rubrique infos, ne manquez pas de prendre du temps pour personnaliser votre profil. Capital pour mettre à jour des affinités possibles - biographie, citations, centres d'intérêt - il devient plus délicat à propos d'autres éléments - opinions politiques et religieuses, formation et emploi - sauf si ces précisions sont prioritaires dans votre recherche d'amis. Enfin, certaines notions - date de naissance, situation familiale ou amoureuse - méritent d'être réservées aux seuls amis: pas même aux amis de vos amis... Reste la question épineuse de la photographie, bien tentante surtout pour le sexe à tort dit faible, mais plus exposé. Sachez qu'un tableau, la photographie d'un artiste que vous aimez, un bouquet de fleurs en lieu et place d'un cliché attractif ne vous privera pas d'amis - si vos centres d'intérêts sont clairement définis! - mais éloignera bon nombre de relations désagréables. En revanche, expérience faite, le 90% des utilisateurs usant de la silhouette par défaut, n'exposent aucune information à leur sujet - paresse ou parano? - et ne risquent pas de se faire des amis sur Facebook. Personnellement, je les rejette systématiquement. Tant pis pour eux!
Pour conclure sur ce chapitre des dangers liés à Facebook en matière de confidentialité, les utilisateurs dont je cherche à me rapprocher ne sont, la plupart du temps, pas des amis au présent, mais susceptibles de le devenir. Rarement, j'ai été déçu d'avoir effectué le premier pas. En revanche, méfiez-vous des suggestions de Facebook qui, au fil du temps vous suggère des ami(e)s pour le moins ambigü(e)s...
Facebook est un lieu d'échange gratifiant, si... si on ne s'en sert pas uniquement comme d'un distributeur de boisson (!), mais si vous vous intéressez aux fenêtres des autres - le fil d'actualité - et mettez en ligne des sujets originaux, si vous aimez écrire, partager vos humeurs ou passions, vous découvrirez bien vite après quelques semaines, que certains amis soi-disants virtuels vous connaîtront mieux que vos voisins ou collègues de travail! Tout est donc question d'interprétation, d'affinités, de savoir-vivre, de sensibilité.
Reste le plus difficile pour tous: La gestion du temps... Désactivez les avis d'événements - vous pouvez les retrouver sur le fil d'actualités, dans la colonne de gauche - ce qui vous permettra de consacrer davantage de temps à l'essentiel et d'éviter une surcharge de mails dans votre messagerie. Enfin, les discussions instantanées sont à n'en pas douter enrichissantes, mais personnellement je ne m'y connecte jamais. On ne peut tout faire: Gérer sa vie professionnelle, cultiver les amitiés de proximité, assurer la continuité d'un blog, faire un tour de Facebook au pas d'un montagnard, savourer des moments de solitude, de silence, de sommeil...
Alors, dangereux, Facebook? Coupons la poire en deux: Disons, comme dans la Bible, qu'il faut être prudents comme les serpents et candides comme les colombes (Matthieu 10,16) ...
12:44 Écrit par Claude Amstutz dans Bloc-Notes, Le monde comme il va | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bloc-notes; actualités; facebook |
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12/05/2010
Denis Arché
Denis Arché, Dans la fuite incessante (Seuil, 2010)
Johanna décide de partir, de quitter Frans, son mari, qu'elle n'aime plus. Elle se rend à Berck et y rencontre Eric, un voyageur de commerce auquel elle se présente sous le nom d'Isa, sa meilleure amie et probable maîtresse de Frans. Après plusieurs rencontres, elle lui fait une proposition pour le moins saugrenue: Elle vivra une semaine avec lui et en échange, il lui fera un enfant. Ensuite, ils redeviendront étrangers l'un à l'autre, pour toujours... Banal me direz-vous, mais dans le même temps, Hilda, une serveuse que nos deux protagonistes avaient rencontrée à Ostende, est assassinée... Johanna se persuade qu'elle est morte à sa place. Elle va se recueillir sur sa tombe avant de chercher, dans le passé d'Hilda, un sens à cette tragédie et, qui sait, à sa propre vie.
Ainsi commence cette histoire qui semble avoir été écrite dans la pierre brute, en bordure de mer sous un ciel changeant, indéfinissable, énigmatique. Elle nous entraîne dans un jeu de miroirs - Johanna et Hilda - où la réalité et l'imagination s'entremêlent dans une atmosphère sensible, lourde, aux confins de la folie, proche de l'univers d'un Olivier Adam ou d'un Pierre Péju, ce qui n'est pas un mince compliment pour ce premier roman déroutant qui nous attire dès les premières lignes, dans l'ivresse de ses profondeurs !
00:01 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature: roman; livres |
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11/05/2010
Le poème de la semaine
Louis Aragon
Il avait tout à coup cédé
Le long hiver interminable
Et la douleur
Et la douleur dans tout ce printemps adorable
Humide et lourd
Et la douleur qui porte sous ses yeux
Les précoces lilas de mars
La douleur qui marchait sourdement dans la rue
Aurait-t-elle après tout remarqué le printemps
N’était que tant de fleurs escortaient la douleur
Le long l’interminable hiver de la douleur
Qui marchait
Qui marchait sur le bitume bleu
Et c’est alors que j’ai vu pleurer Jeannette
On croyait cependant que dans le fond du verre
Tout le breuvage bu pour amer qu’il parût
N’était pas plus amer que l’épreuve ancienne
Et le sang tant de fois versé des jeunes gens
On croyait cependant après la guerre noire
A tout jamais fait le tour des larmes
Et c’est alors que j’ai vu pleurer Jeannette
Tout en haut du Père-La-Chaise
Où quand ils n’eurent plus derrière eux que ce mur
Chantèrent-ils La Marseillaise
Comme ceux que nos yeux connurent
Où noirs de poudre et de colère
Ils s’arrêtèrent pour mourir les fédérés
Tout en haut du Père-La-Chaise
Il y avait tant de roses rouges
Qu’on perdait mémoire du sang
Et c’est alors que j’ai vu pleurer Jeannette
La tribune de drap grenat
Dans l’absence des feuilles d’arbres
La tribune voyait passer les derniers traînards
Des enfants de vieilles femmes fatiguées
La tribune dans le soleil de cette fin d’après-midi
La tribune dans ce beau jour encore étonné de lui-même
Et la fosse ouverte semblait une aventure contredite
Et c’est alors que je vis pleurer Jeannette
Oh nous avons tant de fois piétiné cette allée
Tant de fois en passant salué cette tombe
Et naturellement levé nos yeux distraits
Vers les maisons voisines
Vers cet immeuble neuf où la vie continue
Au-delà du mur vert de lierre
Qui ressemble à l’oubli plus qu’à la mémoire
Oh tant de fois
Tant de fois nous avons salué
Ceux qui ne sont plus que les mots
D’une chanson mécanique
Et c’est ici pourtant que j’ai vu pleurer Jeannette
Il devait y avoir un deuil plus grand
Un deuil sans aucune mesure
Ni dans ces lieux
Accoutumés aux sombres pensées des passants
Soudain s’est déchiré le cœur
S’est déchirée l’accoutumance
Et le courage et la résolution prise
De regarder quoiqu’il advienne
L’avenir avec ces grands yeux bleus
De l’optimisme et du bonheur
Soudain s’est déchiré quelque chose
Que je sens avec surprise en moi
Comme une lointaine marée
Et c’est alors que je vis pleurer Jeannette
Toute la famille noire était là qui barrait le chemin
Descendant dans un extraordinaire silence
Qui barrait le chemin du monde machinal
Une famille noire et calme et raisonnable
Et qui savait si bien épargner les sanglots
Et rendait sagement la poignée de main
Sans gémir
La poignée de main que l’on donne
A défaut de dire les mots nuls
A la famille noire
Et c’est alors que j’ai vu
Et c’est alors que j’ai vu
amily: 'Trebuchet MS'; font-size: small;">Dans le printemps funèbre et tendre
Et la lumière pâle et fraîchement ouverte
Cette terre et les fleurs
Et les fleurs qui couvraient tout autour
Tant de tombeaux abandonnés
Avec la seule gloire et le nom des héros
D’or gravé dans la pierre
Et les fleurs dépassant le territoire assigné
A la mémoire d’un seul mort
C’est alors que j’ai vu
Que j’ai vu
Et c’est alors que je vis pleurer Jeannette
Quelques traces de craie dans le ciel,
Anthologie poétique francophone du XXe siècle
23:59 Écrit par Claude Amstutz dans Louis Aragon, Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie |
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