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04/04/2010

Heureuses fêtes

Exultate

A toutes et à tous, je souhaite d'heureuses fêtes de Pâques, en compagnie de cette merveilleuse cantatrice, Edith Mathis, au sommet de son art, dans son répertoire favori: Wolfgang Amadeus Mozart, l'équivalent de William Shakespeare en littérature...



00:09 Écrit par Claude Amstutz dans Musique classique, Wolfgang Amadeus Mozart | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique classique | |  Imprimer |  Facebook | | |

02/04/2010

La citation du jour

 

Albert Camus 2.jpg

Albert Camus

Le malheur est qu'il nous a laissés seuls, pour continuer, quoiqu'il arrive, même lorsque nous nichons dans le malconfort, sachant à notre tour ce qu'il savait, mais incapables de faire ce qu'il a fait et de mourir comme lui. On a bien essayé, naturellement, de s'aider un peu de sa mort. Après tout, c'était un coup de génie de nous dire: Vous n'êtes pas reluisants, bon, c'est un fait. Eh bien, on ne va pas faire le détail! On va liquider ça d'un coup, sur la croix!...

Mais trop de gens grimpent maintenant sur la croix seulement pour qu'on les voie de plus loin, même s'il faut pour cela piétiner un peu celui qui s'y trouve depuis si longtemps. Trop de gens ont décidé de se passer de la générosité pour pratiquer la charité. O l'injustice, l'injustice qu'on lui a faite et qui me serre le coeur!...

Ils l'ont juché sur un tribunal, au secret de leur coeur, et ils cognent, ils jugent surtout, ils jugent en son nom. Il parlait doucement à la pécheresse: Moi non plus, je ne te condamne pas... Ca n'empêche rien, ils condamnent, ils n'absolvent personne. Au nom du Seigneur, voilà ton compte. Seigneur? Il n'en demandait pas tant, mon ami. Il voulait qu'on l'aime, rien de plus.

La chute (Coll. Folio/Gallimard, 2007)

00:05 Écrit par Claude Amstutz dans Albert Camus, La citation du jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : citations; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

30/03/2010

le poème de la semaine

Francis Carco


Je me souviens de la bohème,

De mes amours de ce temps-là!

O mes amours, j'ai trop de peine

Quand refleurissent les lilas...

Qu'est-ce que c'est que cette antienne?

Qu'est-ce que c'est que cet air-là?

O mes amours, j'ai trop de peine...


Le temps n'est plus de la bohème.

Au diable soient tous les lilas!

Il pleut dans le petit jour blême.

Il pleut, nous n'irons plus au bois.

Toutes les amours sont les mêmes,

Les morts ne ressuscitent pas.

Un vieil orgue, comme autrefois,

Moud, essouflé "La Marjolaine".

O mes amours de ce temps-là,

Jamais les mortes ne reviennent.

Elles dorment sous les lilas

Où les oiseaux chantent ma peine,

Sous les lilas qu'on a mis là...

Les jours s'en vont et les semaines:

O mes amours, priez pour moi...


Quelques traces de craie dans le ciel,

Anthologie poétique francophone du XXe siècle

00:25 Écrit par Claude Amstutz dans Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie | |  Imprimer |  Facebook | | |

29/03/2010

George Steiner - 1b

George Steiner

En complément au bloc-notes, voici un entretien exceptionnel accordé par George Steiner au magazine Philosophie, numéro 31:




00:10 Écrit par Claude Amstutz dans Documents et témoignages, George Steiner, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : auteur; document; littérature | |  Imprimer |  Facebook | | |

George Steiner - 1a

Bloc-Notes, 29 mars / Les Saules

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Il me tient à coeur de vous présenter aujourd'hui un des plus grands esprits de notre temps, George Steiner. Son histoire, en elle-même, n'est déjà pas banale: Né dans une famille juive autrichienne en 1929, exilé en France pour échapper à l'antisémitisme qui régne à Vienne à cette époque, il quitte l'Europe avec sa famille en 1940, étudie au lycée français de New York, à l'université de Chicago et parachève ses études avec un doctorat à l'université d'Oxford. Enseignant au Williams College (dans le Massachusetts), à Innsbruck, Cambridge et Princeton, il devient professeur de littérature comparée à l'université de Genève, avec - entre autres - des cours mémorables consacrés à mon ami William Shakespeare! Son parcours - tout sauf classique - explique peut-être sa fascination pour la langue, la traduction, la culture - outre le grec et le latin, son éducation est marquée par l'allemand, le français et l'anglais - avec un ancrage dans la tradition juive, même s'il se déclare athée: le signe d'une conscience complexe, d'une réflexion sans concession, d'une approche de la pensée en perpétuel devenir, comme ces vieux arbres qui se déploient avec élégance, mais gagnent aussi en lumière, en simplicité pour l'oeil qui les guette, au fil du temps.

Parmi les textes d'une oeuvre considérable, certains méritent qu'on s'y arrête un instant: La nostalgie de l'absolu (où il interroge le sens des spiritualités pour l'homme moderne), Maîtres et disciples (consacré à l'éducation et à la transmission du savoir), Réelles présences (le miroir tendu entre le déclin possible du sens et l'appréciation de l'art), Le silence des livres (leur rapport à l'intolérance, à la fin, à la destruction). Je pourrais encore citer Après Babel et Les passions impunies - deux oeuvres majeures - mais d'une accessibilité plus délicate pour le commun des mortels dont je suis!

Tous les thèmes mentionnés jusqu'ici - auxquels j'ajoute la question du mal et de la Shoah, omniprésente dans toute sa démarche de penseur - sont évoqués dans les entretiens de George Steiner avec Antoine Spire, Barbarie de l'ignorance (plus de deux heures sur CD) diffusés sur France Culture en 1998. Il s'agit là, à mon sens, de la meilleure introduction à l'hommes et l'oeuvre, indissociables. J'y ajoute deux livres essentiels, Errata (une évocation des frémissements du monde, de l'histoire, de la pensée) et Les livres que je n'ai pas écrits (la proximité délicate entre la perception, la compréhension et la création), sans doute le texte le plus humain, le plus intime et lucide qu'il a écrit à ce jour.

Pour terminer, sachez que le propre des grands hommes - c'est leur immense qualité - est de nous surprendre, toujours. Ainsi, vient de paraître en librairie un choix de chroniques du New Yorker, publiées entre 1967 et 1997. Vous y croisez  Alexandre Soljenitsyne, Simone Weil, Bertolt Brecht, Paul Celan, Georges Orwell, mais plus insolite, l'histoire de Bébert (le chat de Louis-Ferdinand Céline) ou d'Anthony Blunt (historien d'art anglais et espion). De quoi s'instruire en s'amusant...

Bref: que du bonheur!

George Steiner, Lectures - chroniques du New Yorker (Coll. Arcades/Gallimard, 2010)

Georges Steiner, Barbarie de l'ignorance, 2 CD (France Culture, Radio France et Harmonia Mundi, 1998)