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10/11/2012

Morceaux choisis - Georges Bernanos 1b

Georges Bernanos

Voici la bande-annonce du film de Robert Bresson, Le journal d'un curé de campagne, d'après le roman de Georges Bernanos et réalisé en 1950, avec Claude Laydu, Adrien Borel, Marie-Monique Arkell, Nicole Ladmiral, Jean Riveyre, Nicole Maurey, Antoine Balpêtré et Martine Lemaire.


Georges Bernanos, Journal d'un curé de campagne (coll. Livre de poche/LGF, 1975)

07:59 Écrit par Claude Amstutz dans Films inoubliables, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; cinéma; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

Morceaux choisis - Georges Bernanos 1a

Georges Bernanos

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Je suis rentré chez moi très tard, et j'ai croisé sur la route de vieux Clovis qui m'a remis un paquet de la part de madame la comtesse. Je ne me décidais pas à l'ouvrir, et pourtant, je savais ce qu'il contenait. C'était le petit médaillon, maintenant vide, au bout de sa chaîne brisée. 

Il y avait une lettre. La voici. Elle est étrange.

Monsieur le curé, je ne vous crois pas capable d'imaginer l'état dans lequel vous m'avez laissée, ces questions de psychologie doivent vous laisser parfaitement indifférent. Que vous dire? Le souvenir désespéré d'un petit enfant me tenait éloignée de tout, dans une solitude effrayante, et il me semble qu'un autre enfant m'a tirée de cette solitude. j'espère ne pas vous froisser en vous traitant ainsi d'enfant? Vous l'êtes. Que le bon Dieu vous garde tel, à jamais!

Je me demande ce que vous avez fait, comment vous l'avez fait. Ou plutôt, je ne me le demande plus. Tout est bien. Je ne croyais pas la résignation possible. Et ce n'est pas la résignation qui est venue, en effet. Elle n'est pas dans ma nature, et mon pressentiment là-dessus ne me trompait pas. Je ne suis pas résignée, je suis heureuse. Je ne désire rien.

Ne m'attendez pas demain. J'irai me confesser à l'abbé X... comme d'habitude. Je tâcherai de le faire avec le plus de sincérité, mais aussi avec le plus de discrétion possible, n'est-ce-pas? Tout cela est tellement simple! Quand j'aurai dit: "J'ai péché volontairement contre l'espérance, à chaque heure du jour, depuis deux ans ", j'aurai tout dit. L'espérance! Je l'avais tenue morte entre mes bras, par l'affreux soir d'un mars venteux, désolé... j'avais senti son dernier souffle sur ma joue, à une place que je sais. Voilà qu'elle m'est rendue. Non pas prêtée cette fois, mais donnée. Une espérance bien à moi, rien qu'à moi, qui ne ressemble pas plus à ce que les philosophes nomment ainsi, que le mot amour ne ressemble à l'être aimé. Une espérance qui est comme la chair de ma chair. Cela est inexprimable. Il faudrait des mots de petit enfant.

Je voulais vous dire ces choses dès ce soir. Il le fallait. Et puis, nous n'en parlerons plus, n'est-ce pas? plus jamais! Ce mot est doux. Jamais. En l'écrivant, je le prononce tout bas, et il me semble qu'il exprime d'une manière merveilleuse, ineffable, la paix que j'ai reçue de vous.

J'ai glissé cette lettre dans mon Imitation, un vieux livre qui appartenait à maman, et qui sent encore la lavande qu'elle mettait en sachet dans son linge, à l'ancienne mode. elle ne l'a pas lus souvent, car les caractères sont petits et les pages d'un papier si fin que ses pauvres doigts, gerçés par les lessives, n'arrivaient pas à les tourner.

Jamais... plus jamais... Pourquoi cela?... C'est vrai que ce mot est doux. 

Georges Bernanos, Journal d'un curé de campagne (coll. Livre de poche/LGF, 1975)

Claude Laydu: Journal d'un curé de campagne, de Robert Bresson (1950)

07:47 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; morceaux choisis; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |

François Bizot

littérature; récit; livresFrançois Bizot, Le portail (Coll. Folio/Gallimard, 2002)

 

François Bizot, membre de l'Ecole française d'Extrême-Orient, est fait prisonnier au Cambodge, en 1971. Enchaîné, il passe trois mois dans un camp de maquisards. Chaque jour, il est interrogé par l'un des plus grands bourreaux du vingtième siècle, futur responsable de plusieurs dizaines de milliers de morts: Douch. Au moment de la chute de Phnom Penh, en 1975, François Bizot est désigné par les khmers rouges comme l'interprète du comité de sécurité militaire de la ville chargé des étrangers auprès des autorités françaises. Il est le témoin privilégié d'une des grandes tragédies dont certains intellectuels français ont été les complices...


Récit âpre et dur qui nous raconte la détention de l’auteur, fait prisonnier par les khmers rouges. Une écriture splendide pour dire la survie, les contradictions du pouvoir et la relation ambiguë entretenue avec son geôlier Douch, auquel il doit sa libération, mais aujourd’hui en prison, condamné à la perpétuité pour crimes contre l’humanité. Un livre singulier d’une puissance inouïe.

06:16 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; récit; livres | |  Imprimer |  Facebook | | |