18/03/2012
Morceaux choisis - Jean-Pierre Siméon
Jean-Pierre Siméon

nonnotre joie n'est pas nôtrepourquoi sinon durerait-elle en les autresquand nous-mêmes à nous-mêmesnous mouronsnous l'avons bien embrassée et tant de foisla chose heureusenous l'avons crue à nous bien sûrcomme on croit sien un printempsquand on sent monter en soiune eau rebelle et bienfaisante
mais c'est croire celaque la source n'existeque pour nos lèvres ortout existe hors de nousla joie aussi donc et son corps de rivièreallez si vous voulez enfantscueillir la truite dans l'eau claireet puis regardez-la mourirdans vos mains nueslangage perdulangage à jamais perduqui nous donnait le monde
allons c'est dit amismarchons droit dans les chemins chantantset respirons le chantet respirons l'arbre et l'oiseau et la terredonnons-nous vertigineuxaux strophes de la lumière buepar les branchesayons le coeur bien tendrele pas ivre et la pensée errantepromeneurs naïfsdans la vie innombrablemarchons silencieux
et la joie doit venirelle viendra bonne fille implacablementoh laissons-la venircompagne jaillissant d'un buisson inconnuet donnons-lui nos mains sans mot diresans rien croirespérant seulement que notre visageen elle se reposeet qu'un instantpar quel amour sans nomnous ne vivions que d'être
nous aurons ce jour-làles yeux lavés de tout désirde tout regretnous irons dans la beauté d'un matinle long d'une rivièreentre douleur et douleurle coeur battule coeur recommençantet nous la saurons alors la joie libreet sans attentecomme un dernier souffle fraispeut-êtreau revers de la nuit.
Jean-Pierre Siméon, Traité des sentiments contraires (Cheyne, 2011)
image: Marc Chagall, La maison des splendeurs
22:40 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Morceaux choisis, Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie |
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Actualité de la poésie
Bloc-Notes, 18 mars / Les Saules

Comme je l'ai mentionné à plusieurs reprises, la poésie est intensément présente sur le réseau social de Facebook qui m'a ainsi permis de faire plus ample connaissance avec des grands noms de la littérature classique ou contemporaine - tels, pêle-mêle: Alphonse de Lamartine, Anne de Noailles, Abdellatif Laâbi ou Emily Dickinson - et davantage encore avec des auteurs que je n'aurais jamais lus sans la magie de cette toile lumineuse à ses heures et qui recèle de nombreux trésors de plume, pour peu qu'on éprouve le plaisir de les savoir partagés et multipliés à travers ces incomparables amitiés nouées autour de la poésie.
C'est ainsi que je me suis glissé entre les pages de ces jeunes talents - ou moins jeunes mais absents des grandes chaînes de librarie - avec les deux anthologies Le chant des larmes et Les cygnes de l'aube, sous la direction de Abbassia Naïmi, déjà présentés dans ces colonnes. Aujourd'hui, voici quelques récentes acquisitions susceptibles de vous intéresser, même si elles ne sont pas parues au cours de ces derniers mois!
Marie Hurtrel est artiste peintre dans l'Indre - voir ses oeuvres dans les liens de La scie rêveuse - mais se consacre également à l'écriture. On ne vit pas de son art, mais l'art est notre vie, chiche d'un côté et riche en l'autre, écrit-elle sur son site Internet: des mots qui éclairent sa démarche et son ouverture à tous les horizons. Lézards de poussière ressemble un peu au vol du cormoran qui survole les terres amères - celles qui attisent la violence, la révolte, l'injustice - mais aussi les territoires de l'intime, germe d'espoir, de douceur, de paix: Comment te dire ce que tu dis, comment te dire quel ciel je vois, comment écrire cette larme qui ne pleure pas, cette perle des yeux qui te chante?
Avec Patrick Berta Forgas, né à Montreuil, vous ne rencontrez pas un nouveau venu en littérature. Auteur d'une dizaine de recueils poétiques, il signe avec La chambre des hommes des textes aux contours sombres: le vertige de l'enfer, la brûlure du silence, la mémoire des cassures, les hommes fragiles, les simulacres et les cris, l'ombre des guerres. C'est aussi le chant de la terre perdue, aimée, attendue: Je sais l'effort du vent pour soulager la mer. Je sais la douleur du souvenir rangée au chant amer. Ou encore: L'ombre est l'artère noire de la lumière et le corps du monde, un silence qui pleure ses cris.
Jean-Philippe Miginiac, pour sa part, est à la fois photographe, historien, archéologue, grand admirateur de Paul Eluard, passionné de musique classique et poète lui-même. Dans les liens de La scie rêveuse, vous pouvez aussi découvrir l'ensemble de ses oeuvres. Musiques imaginaires célèbre les amours, la terre, mais aussi la colère devant cette armée des ombres qui incarne pour lui ces fragments d'injustices: le visage des exilés, des étrangers, des mendiants, des rebelles au rythme de leurs infortunes. Si demain, ami, quelqu'un s'inquiète de mon absence, dis-lui que je suis parti dans la nuit chercher d'autres mots, sans attendre que sèche l'encre de mes poèmes, et sans que les dieux en soient informés, dis-lui que je suis parti me perdre où je voulais.
Kadour Naïmi - frère de Abbasssia Naïmi - est l'auteur d’essais et de colloques autour du théâtre, réalisateur pour le cinéma et la télévision, poète, prosateur et dramaturge. Il écrit en langue italienne, dont Les mots d'amour, poèmes pleins d'ardeur et de tendresse, pénétrant tels les rayons matinaux du soleil, cet au-delà des sentiments épousant sa variété de couleurs: Si tu veux être mon soleil, je serai ta planète. Si tu veux être mon vent, je serai ta bannière. Si tu veux être mon oasis, je serai ton eau. D'autres pages évoquent l'exil, avec amertume, mais sans haine: Pour ne pas périr, j'ai besoin d'aimer.
Pour les deux derniers auteurs, leur lueur discrète est déjà connue de ceux que la passion de la poésie habite. Véritable passeur en littérature, producteur d'émissions radiophoniques, Thierry Renard a publié à ce jour une trentaine d'ouvrages, parmi lesquels Il neige sur ta face. Toute la vie y remue dans cette poésie du quotidien, où se confondent les rêves, les réminiscences du football, les doutes de l'écrivain, les misères du monde, et la neige - en filigrane tout au long de ce recueil - et l'amour aux formes d'un coeur de lierre. Le mal est fait, le moindre mal. Ecrire est un verbe qui m'est avec le temps devenu familier. Ecrire est un verbe dont j'interroge encore le sens et qui donne du sens à ma vie. La roue tourne, la chance aussi. Avant j'étais zéro, aujourd'hui je ne vole pas bien haut. Demain j'irai sans ma vie lasse, petite cendre dans le vent.
Quant à Jean-Pierre Siméon, on lui doit une quarantaine de livres: recueils de poèmes, essais littéraires, pièces de théâtre et ouvrages destinés aux jeunes. Traité des sentiments contraires explore l'ombre et la lumière, la douleur et l'apaisement, la blessure et la joie: Silence maintenant, immobile et obstiné silence, c'est l'instant timide en vous, l'instant effarouché, où vient tout le ciel immense trouver son appui. On appellerait bien cela un bonheur sans usure, une phrase dans l'air parfaite comme la neige.
Dans la catégorie Morceaux choisis de ce jour, vous trouverez un extrait de ce livre.
Un poème, c'est quoi au juste? C'est presque rien, un silence, une idée, un amour, un élan, une fuite, quelques gouttes d'encre sur la page blanche. (Thierry Renard)
Thierry Renard, Il neige sur ta face (Le bruit des autres, 2001)
Marie Hurtrel, Lézards de poussière (Lire et Méditer, 2011)
Patrick Berta Forgas, La chambre des hommes (L'Harmattan, 2009)
Jean-Philippe Miginiac, Musiques imaginaires (TheBookEdition/J.P.Miginiac, 2010)
Kadour Naïmi, Mots d'amour (Lire et Méditer, 2011)
Jean-Pierre Siméon, Traité des sentiments contraires (Cheyne, 2011)
image: Thierry Renard (Maxime Roccisano, 2009)
22:39 Écrit par Claude Amstutz dans Bloc-Notes, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature; poésie; livres |
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