23/02/2012
Morceaux choisis - Colette Fellous/Paul Nizon
Colette Fellous et Paul Nizon

Je dévorais et buvais sa présence, ses yeux avec ces mignones petites taches dans le brun clair, la bouche joliment peinte, et surtout cette façon qu'avaient ses lèvres de laisser passer la voix. Pas seulement le son, mais les mots, les phrases dans cette langue étrangère que j'aime tant, et quel frisson quand cette voix prononçait mon nom. Je ne pouvais me rassasier de son visage ni de ses doigts fins aux ongles merveilleusement soignés qui maniaient les couverts.
J'enregistrais tout cela, ce port de reine, la lumière de son visage, notre intimité, et j'étais conscient que cette heure et ces secondes n'auraient eu lieu qu'une fois, j'aimais t sentais le monde autour de moi comme jamais, la rue avec ses mélopées du soir, tout, j'étais aveugle et voyant. Miracle sur miracle, moi avec elle, dans cette ville unique, et c'était comme si elle l'avait inventée pour moi et qu'elle me l'offrait, à moi. A moi seul.
Colette Fellous et Paul Nizon, Maria Maria (Maren Sell, 2004)
08:29 Écrit par Claude Amstutz dans Colette Fellous, Littérature francophone, Littérature suisse, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; récit; livres |
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Steinunn Sigurdardottir
Steinunn Sigurdardottir, Cent portes battant aux quatre vents (Héloïse d'Ormesson, 2011)
présenté par Sonia Castro - Librairie Payot, Nyon
Plus de vingt ans ont passés depuis que Brynhildur a quitté Paris où elle a été étudiante à la Sorbonne. Mais un court séjour dans la capitale ainsi qu'une aventure inattendue et sans lendemain la projettent malgré elle face à ses souvenirs de jeunesse, parmi lesquels, celui du grand amour à côté duquel elle est passée. Pourquoi ne saisit-on pas le bonheur lorsqu'il passe? Pourquoi tous ces tourments et ces attirances non réciproques?
Brynhildur part à Paris afin de trouver un paravent pour sa fille. Tournant dans la capitale, elle atterrit dans une petite boutique où elle va vivre une expérience charnelle qui fera jaillir de sa mémoire ses souvenirs d’étudiante. Elle retrouve alors les rues qu’elle prenait en suivant son professeur de grec qu’elle aimait. La nostalgie d’une femme qui regarde sa vie passée, essayant d’y trouver du réconfort.
08:15 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres |
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Morceaux choisis - Giuseppe Ungaretti
Giuseppe Ungaretti

J'ai toujours pensé que les vrais grands peintres sont ceux qui savent se servir du blanc. Tous les registres y sont contenus; une pointe en suffit à faire hurler un tableau, ou le faire rire comme les jeunes filles de Corte. Ce n'est pas une absence de couleurs; ce sont toutes les couleurs en mouvement, parmi lesquelles, l'une ou l'autre, ou plus lente, ou plus prompte, glisse un rien de discordant; bleu, ou rouge, ou jaune bile, ou aveuglant comme le soleil. Le blanc ne permet de triompher qu'à force de retenue; quand, dans un poème, un tableau, le blanc réussit à éclairer le sens profond des paroles, le poète ni le peintre n'a plus rien à apprendre.
Giuseppe Ungaretti, Neige (Revue Europe - no 955-956, novembre-décembre 2008)
image: Nicolas de Staël, Le concert (1955)
00:27 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Littérature italienne, Morceaux choisis, Nicolas de Staël | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; prose; morceaux choisis; livres |
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