21/08/2011
Thierry Laget
Thierry Laget, La lanterne d'Aristote (Gallimard, 2011)
Invité au château dune comtesse - Azélie, descendante de la princesse de Clèves - afin de recenser les ouvrages de sa bibliothèque, un homme entre ainsi dans le monde fascinant des livres, dont certains sont déplacés ou disparaissent au fil des nuits. Un fantôme ou un locataire soigneusement dissimulé aux yeux de tous? Que cache cette fenêtre éclairée du château où pourtant nul n'est sensé habiter? Les relations entre la cuisinière, le factoton - l'homme à tout faire - et Azélie, ne sont-elles scellées par un lourd secret?
Si le style rappelle immanquablement Marcel Proust - dont Thierry Laget est un fervent admirateur - c'est du côté de Henry James qu'on retrouve cette ambiance singulière, à la fois étrange, un peu irréelle, où s'insinuent les passions les plus meurtrières. Malgré quelques longueurs, ce roman érudit exalte la beauté de la langue française, le pouvoir incandescent des livres, les remous du bonheur et de l'oubli.
Je vois que tous, tant que nous vivons, nous ne sommes que des simulacres ou une ombre légère...
10:26 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Marcel Proust | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres |
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19/08/2011
Caterina Bonvicini 1b
Bloc-Notes, 19 août / Curio
En annexe au roman Le lent sourire de Caterina Bonvicini, voici la très belle chanson de Leonard Cohen, Tower of Song, citée à la page 148... Sur Youtube, vous pouvez en découvrir le texte intégral en version originale.
Caterina Bonvicini, Le lent sourire (Gallimard, 2011)
08:00 Écrit par Claude Amstutz dans Bloc-Notes, Caterina Bonvicini, Chansons inoubliables, Littérature italienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; chanson; livres |
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Caterina Bonvicini 1a
Bloc-Notes, 19 août / Curio

Elles sont des amies trentenaires qui ne se sont jamais perdues de vue depuis le lycée. Et voilà que dans ce groupe, après Diana opérée avec succès, c’est chez Lisa deux ans plus tard, que le même mal - une tumeur au cerveau - est diagnostiqué par les médecins. Elle, par contre, en meurt: Lisa, l'amie inséparable de Clara et son lent sourire qui offre un si beau titre au roman de Caterina Bonvicini: Le sourire lent, c'est le sourire de la fin. La vie qui ralentit, qui décélère jusqu'a l'immobilité.
C'était une histoire simple: Nous nous sommes rencontrées, nous nous sommes choisies, nous nous sommes écoutées, nous nous sommes comprises. Il n'y avait pas de noeuds à défaire, pas de fragments à rassembler, pas de mystères. Nous étions là. A cette touchante évocation répond une autre, après la mort de Lisa: C'était une amitié passionnelle, certes, reposant sur une attraction réciproque, mais une amitié profonde, durable. Un peu comme sa foulée, son pas qui résonne encore dans ma tête quand je retourne dans cette maison, un pas élancé. Il m'arrive de l'entendre dans le hall: c'est elle qui entre. Alors je vais dans la cuisine, je m'assieds et fixe la place vide. Je tends le bras, tourne ma main, et attends. Les yeux fermés, j'essaie de sentir ses doigts, longs comme ses pas, qui touchent les miens.
Remontant le temps, égrenant les souvenirs partagés - les moments d'extase, de turpitudes ou d'insouciance de leur jeunesse - le tour de force de ce roman est de nous montrer, par la voix de Lisa, que la mort peut prendre le visage de la vie dans un mouvement opposé à la sépulture, et qu’il n’est pas nécessaire d’oublier pour affronter l’avenir: Derrière nos dialogues il y avait des pages et des pages de vie commune. L'enfance, l'adolescence, les années de fac, tous les boulots et les amours venus après, les anniversaires, les réveillons, les vacances, les mariages, les enterrements, les cuites, les bêtises monstres, les soucis d'argent, les problèmes familiaux, tout un entrelacs d'événements partagés qui émergeait comme un fleuve souterrain, en se mélangeant au flux du présent.
Un éloge de l’amitié - thème somme toute peu abordé en littérature - qui obéit à d’autres règles que celles de l’amour, unissant malgré la douleur présente Sandra l'ex première de classe avec sa petite frange brune aujourd'hui épouse de Daniele, Veronica la rebelle qui organisait les fugues du lycée et toujours à la recherche du prince charmant, Diana la véritable soeur avec laquelle Lisa a partagé 4'745 jours sur les bancs d'école et qui est mariée avec Marco, Clara la librairie qui s'est enfin découvert un mec libre prénommé Tommaso, enfin Lisa et ses yeux en amande qui évoquent Giotto, bleus comme le fond de la chapelle Scrovegni et son mari Alberto.
Caterina Bonvicini, par de délicates anecdotes, souvent drôles, décrit admirablement les états d'âme qui s'emparent de ce groupe d'amis - un pluriel fissuré - submergés tour à tour par la soudaine précarité de la vie, la fatigue, la colère, les reproches, la difficulté à supporter les autres ou d'être ensemble, se sentant coupables d'être en bonne santé, coupables d'être heureux, coupables d'être vivants avec leurs limites, leurs défauts, leur générosité, chacun devenu la mémoire de l'autre, tantôt prison, tantôt rempart devant ce paysage dévasté.
Une histoire bien différente de celle qui secoue Ben, le narrateur de la partie centrale du livre: un chef d'orchestre célèbre, homme jaloux, possessif, égoïste qui fait la connaissance de Clara dans les couloirs de la clinique de Bentivoglio, où il rend visite à son épouse Anna - une cantatrice adulée par son public - elle aussi arborant ce lent sourire, mais dans un contexte bien différent: Les mille amis qu'Anna croyait avoir. Avec leurs histoires incroyables. Personne ne s'est donné la peine de venir. En même temps, je lançais des coups d'oeil méprisants vers les tournesols et les orchidées, les roses et les lis, qu'on apercevait par la porte entrouverte. Pour envoyer des fleurs, il y a du monde. Seulement ce n'est pas une loge ici, messieurs.
Si les vivants sont faits pour se remémorer, Caterina Bonvicini restitue toute l'émotion palpable de ce roman bouleversant par la bouche de la mère de Clara: Trésor, les morts ne doivent pas sentir notre douleur. Ils ne doivent sentir que notre amour...
A lire et relire, le coeur gagné par le léger tremblement de ces saisons volées en éclats, empreintes de tant de douceur et d'apaisement: Le lent sourire est un pur chef d'oeuvre!
Caterina Bonvicini, Le lent sourire (Gallimard, 2011)
07:55 Écrit par Claude Amstutz dans Bloc-Notes, Caterina Bonvicini, Littérature étrangère, Littérature italienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres |
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15/08/2011
Paul Claudel
Paul Claudel
Il est midi.Je vois l'église ouverte.Il faut entrer.Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.Je n'ai rien à offrir et rien à demander.Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.Vous regarder, pleurer de bonheur,savoir celaQue je suis votre fils et que vous êtes là.Rien que pour un moment pendant que tout s'arrête.Midi ! Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.Ne rien dire, regarder votre visage,Laisser le cœur chanter dans son propre langage.Ne rien dire,mais seulement chanter parce qu'on a le cœur trop plein,Comme le merle qui suit son idéeen ces espèces de couplets soudains.Parce que vous êtes belle,parce que vous êtes immaculée. La femme dans la Grâce enfin restituée,La créature dans son honneur premieret dans son épanouissement final,Telle qu'elle est sortie de Dieuau matin de sa splendeur originale.Intacte ineffablementparce que vous êtes la Mère de Jésus-Christ,Qui est la vérité entre vos bras,et la seule espérance et le seul fruit.Parce que vous êtes la femme,l'Eden de l'ancienne tendresse oubliée,Dont le regard trouve le cœur tout à coupet fait jaillir les larmes accumulées,Parce que vous m'avez sauvé,parce que vous avez sauvé la France,Parce qu'elle aussi, comme moi,pour vous fut cette chose à laquelle on pense,Parce qu'à l'heure où tout craquait,c'est alors que vous êtes intervenue,Parce que vous avez sauvé la France une fois de plus,Parce qu'il est midi,parce que nous sommes en ce jour d'aujourd'hui,parce que vous êtes là pour toujours,simplement parce que vous êtes Marie,simplement parce que vous existez,Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée ! Quelques traces de craie dans le ciel,Anthologie poétique francophone du XXe siècle
05:24 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie |
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