02/01/2010
Rahel Hutmacher
Rahel Hutmacher, Fille (José Corti, 2010)
Ma fille est partie. Elle m’a arraché la moitié de mon cœur alors que je dormais, et elle est partie avec. Ma voix, elle me l’a volée dans ma bouche, alors que je l’appelais. Maintenant je ne peux plus crier Reviens. Je vous en supplie : Rendez-moi ma fille …
Ainsi commence ce singulier récit de la zurichoise Rahel Hutmacher qui explore, sur le mode d’un conte, en quarante-huit variations poétiques, la violence des relations filiales. Une cérémonie des adieux jamais achevée où la mère et la fille, comme au théâtre, empruntent tour à tour l’habit de la princesse, celui de la sorcière ou de l’esprit malin. Une impression douce baigne cette histoire troublante, incantation sans fin ni commencement, pour dire la douleur de la séparation, la fascination et la frayeur des territoires inconnus, les liens indéfectibles du sang.
En langue originale allemande, ce texte a paru en 1983.
00:10 Écrit par Claude Amstutz dans Contes, Littérature suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; récit; livres |
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31/12/2009
Lettres à mon libraire
Bloc-Notes, 31 décembre / Nyon

Dans un charmant petit livre intitulé Lettres à mon libraire, 45 écrivains - parmi lesquels Delphine de Vigan, Benoîte Groult, Claudie Gallay, Eric Emmanuel Schmitt, Muriel Barbery et Michele Lesbre - empruntent la plume pour évoquer la librairie, les libraires et leur point de convergence sans lequel rien de ce qui bouleverse, instruit ou apaise ne pourrait exister sous cette forme, je veux dire le livre.
Ce soir, je vous partage le témoignage de Sylvain Tesson qui écrit : Une librairie, c’est le dernier endroit des grandes villes où les gens marchent lentement et parlent à voix basse. J’aime les observer, tes clients. On croirait les personnages d’un petit théâtre. On retrouve toujours les mêmes, où qu’on soit. Il y a le vieux monsieur la tête penchée sur les tables qui retourne lentement les livres pour lire les quatrièmes de couverture. Il y a la grosse dame qui cherche un livre mais elle a oublié le titre, elle ne se souvient plus de l’auteur et elle ne sait pas qui l’a édité ni si c’est de cette année mais on lui a dit que c’était extraordinaire. Il y a la fille très belle qui serre amoureusement le livre qu’elle vient d’acheter et on se dit qu’il va peut-être la tenir éveillée cette nuit ou changer sa vie et on la regarde partir et on aimerait être le livre. (…) Et puis il y a toi au milieu de cette lente agitation, qui conseille, qui répond (…) et qui met dans les mains des gens ces drôles de petits compagnons silencieux, lesquels ne réclament rien, se tiennent toujours disponibles et ont été inventés pour arracher les larmes et faire battre les cœurs.
A toutes et à tous, amis, collègues, visiteurs, libraires, hôtes de passage et – tous ensemble - amoureux du livre, je souhaite une heureuse année 2010 !
Collectif, Lettres à mon libraire (Rouergue, 2009)
01:00 Écrit par Claude Amstutz dans Bloc-Notes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; bloc-note; essais; livres |
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29/12/2009
Les romans s'enrhument
Bloc-Notes, 29 décembre / Les Saules

A propos de la rentrée littéraire du printemps 2010, la revue professionnelle Livres Hebdo, dans son numéro 801 du 11 décembre nous l’annonce : Les romans s’enrhument, avec 491 titres pour janvier et février, contre 538 l’an dernier, soit un recul de 12 %, le plus mauvais score depuis 2001. Faut-il s’en étonner, le déplorer ou au contraire s’en réjouir ?
Ma réponse est un peu normande, car au regard d’une année 2009 qualitativement plus maussade que le crû 2008 et surtout celui de 2007, oui, je suis soulagé… pour les romans francophones et leurs éditeurs qui bien souvent, ont signé un chèque un blanc à des auteurs qui ne le méritaient pas. Un peu triste aussi, pour les étrangers dont la production à venir recule de 20 %, alors que ses talents sont écrasants en nombre, en style, en originalité, comparés aux nôtres.
Tenez, par exemple, Willy Melodia de Alfio Caruso (Liana Levi) consacré aux années mafia et jazz en Sicile au cours de la première moitié du siècle dernier, Venise est une fête de Alberto Garlini (Bourgois) où rôde le fantôme d’Hemingway, L’ombre de ce que nous avons été de Luis Sepulveda (Métailié) qui se déroule sur fond d’action révolutionnaire dans le Chili de Pinochet, Sept années du thurgovien Peter Stamm (Bourgois) dérèglant subtilement les mécanismes du bonheur, ou encore Fille de la zurichoise Rahel Hutmacher (Corti) qui en conteuse dévoile la violence des relations filiales.
En langue originale française, la moisson n’est pas aussi riche. Il y a bien sûr, Le dernier crâne de M. de Sade du vaudois Jacques Chessex (Grasset) écrit posthume consacré à la dernière année du divin marquis, L’Olympe des infortunes de Yasmina Khadra (Julliard) qui change de registre par rapport à ses précédents romans en évoquant le destin des vagabonds et laissés pour compte, Ru de Kim Thuy (Liana Levi) où la destinée d’une vietnamienne liée à deux patries véhicule le thème de l’exil, enfin Les âmes sœurs de Valérie Zenatti (L’Olivier) qui nous invite à un voyage intérieur tout en nuances, à travers le destin croisé de deux femmes.
Parmi ces 491 romans, quatre – tous étrangers ! - méritent une mention particulière : Comment peindre un homme mort de Sarah Hall (Bourgois) abordant avec virtuosité le monde de l’art, de la gemmelité et de l’univers des sens à travers quatre personnages hors du commun, Instructions pour sauver le monde de Rosa Montero (Métailié) où le rythme endiablé du récit parle de l’absurde, de la beauté et de la douleur d’une grande ville, Un train pour Trieste de Domnica Radulescu (Belfond) qui nous raconte une histoire d’amour et de trahison au temps de Ceausescu et Comme personne de Hugo Hamilton (Phébus) traitant de la quête identitaire au sein d’une famille après la guerre.
Alors, quelles que soient les leçons à tirer des statistiques de l'édition, le printemps s'annonce prometteur, notamment avec les titres mentionnés dans ce bloc-notes et qui feront, bien sûr, l’objet d’un article, mais un peu plus tard... en 2010! Patience, donc!
00:56 Écrit par Claude Amstutz dans Bloc-Notes | Lien permanent | Commentaires (0) |
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