30/08/2012
Prix Edelweiss 2012
Prix Edelweiss 2012 - Deuxième sélection
Editorial de Joëlle Brack, Payot Libraire (extrait)

Lancé en 2007 à l’initiative du magazine féminin romand Edelweiss avec Payot Libraire pour partenaire, le Prix des Lectrices Edelweiss a immédiatement gagné ses lettres de noblesse!
D’un côté, dix femmes, lectrices du magazine Edelweiss mais de bien d’autres choses aussi, qui ont proposé de mettre leur été - voire un peu plus - de lectures à la disposition de la littérature. De l’autre, cinq libraires Payot. Entre eux, Laurence Desbordes, rédactrice en chef d’Edelweiss, et Pascal Vandenberghe, directeur général de Payot Libraire, qui arbitrent les choix et les débats.
C’est une aventure en deux épisodes, comme les histoires trop belles et trop riches pour épuiser leurs charmes en un seul volume. Chaque été, les jurées choisies par le magazine féminin romand Edelweiss dévorent d’abord dix romans francophones séectionnés par les libraires de Payot parmi les nouveautés du début de l’année. Mais de cette première moisson, seuls trois titres passent l’examen, le crible des lectrices étant particulièrement fin et leur soutien – ou désaveu – passionné! C’est ainsi que les trois rescapés auront à faire à une sévère concurrence, celle des mythiques titres de la Rentrée Littéraire...
Les jurées du Prix des Lectrices Edelweiss ont bouquiné tout l’été et retenu les trois ouvrages suivants de la première sélection:
Yasmine Char, Le palais des autres jours (Gallimard)
Raphaël Jérusalmy, Sauver Mozart - Le journal d'Otto J. Steiner (Actes Sud)
Grégoire Delacourt, La liste de mes envies (Lattès)
Trois histoires poignantes dont l’humour et la poésie ne sont pourtant pas absents, et qui du Liban en guerre à Arras en morne crise économique, en passant par le miracle de la musique contre la barbarie nazie, racontent – sur des tons variés – le combat de l’individu contre la fatalité ou l’Histoire : des parties aux dés pipés, mais dont l’issue n’est pas toujours écrite. Un très beau trio de tête!
Dans la marée des nouveautés, les libraires de Payot ont choisi au cours de l'été sept nouveaux potentiels lauréats, constituant - avec les trois titres déjà retenus - la sélection finale, qui débouchera sur l'attribution du Prix des Lectrices 2012, en octobre prochain.
Deuxième sélection
Le second round est donc lancé, avec:
Véronique Olmi, Nous étions faits pour être heureux (Albin Michel)
Quentin Mouron, Notre-Dame-de-la-Merci (Olivier Morattel)
Cécile Guilbert, Réanimation (Grasset)
Francis Dannemark, La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis (Laffont)
Thierry Beinstingel, Ils désertent (Fayard)
Yannick Grannec, La déesse des petites victoires (Anne Carrière)
Marie-Hélène Lafon, Les pays (Buchet Chastel)
Bonne chance à tous et que le meilleur gagne!
Au cours des éditions précédentes, ont été couronnés: Olivier Adam, A l'abri de rien (L'Olivier, 2007); Claudie Gallay, Les déferlantes (Rouergue, 2008); Véronique Ovaldé, Ce que je sais de Vera Candida (Olivier, 2009); Fatou Diome, Celles qui attendent (Flammarion, 2010); Tonino Benacquista, Homo Erectus (Gallimard, 2011).
Vous pouvez retrouver l'ensemble des présentations de ce prix littéraire Edelweiss, sur le site Payot mentionné ci-dessous.
http://www.payot.ch/fr/nosLivres/selections/edelweiss.html
http://www.edelweissmag.ch
00:45 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Littérature suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; romans; livres |
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Morceaux choisis - Marie-Hélène Lafon
Marie-Hélène Lafon

Dans la salle des pas perdus de la gare de Lyon la fille tournoie comme une toupie folle. Elle est jeune, grande, taillée d'une seule pièce, une masse de chair mollement vêtue de bleu qui tournoie dans la nef vide; le tissu pend, la vie pend, la fille mendie dans la grande nef que traversent d'un pas hâtif les voyageurs du dernier train en provenance de Clermont-Ferrand. C'est dimanche soir, retour des vacances de Pâques, dites vacances de printemps. Le lendemain à neuf heures Claire sera devant ses élèves; elle revient, elle va, l'allure est ferme. Dans le sac à dos, léger et chamarré, un saint-nectaire emballé dans un demi-exemplaire de La Montagne, trois livres, et son pantalon de velours vert, tenue de là-bas et d'ici, pour l'intérieur, qui voyage entre les deux pays, avec la clef de la maison. La maison, sa maison, depuis cinq ans, royaume suffisant, pierre ardoise et bois, formule sempiternelle et éprouvée; la sixième saison commence, maison ouverte, jusqu'à la Toussaint.
Elle y retourne pour cinq jours, dans trois semaines; elle a quitté Paris depuis seize jours. La mendiante de la gare de Lyon est devant elle, petit visage pointu planté sur la masse de chair, visage lisse marqué d'enfance écrasée, quelque chose d'effondré vacille dans le regard gris; la jeune chair tremble sous le mauvais tissu et passera la nuit dans les entrailles de la gare. La ville est sans recours. Claire donne un billet, regarde la fille, attrape le regard gris qui hésite; le sourire éclate, dégoupillé, blanc et rose. Claire s'enfonce dans le métro, les couloirs fétides l'avalent, direction Porte de Vincennes, queue de rame, fermeture automatique des portières, ça mugit, les mâchoires de la ville se referment sur elle. (...)
Le trajet est court, quatre stations, elle ne s'assied pas et s'adosse à peine, sans comprimer le saint-nectaire dans le sac à dos; le fromage doit être impeccable pour sa voisine de palier qui s'occupe du courrier en son absence et, en dépit de l'heure tardive, l'attendra, contente de la savoir rentrée, rassérénée de sentir, de l'autre côté du couloir, l'appartement garni, même si on n'entend pas Claire au point que l'on sait à peine qu'elle est là.
Elle respire la ville aimée, sa seconde peau, elle hume le fumet familier qu'elle ne parvient pas tout à fait à démêler; c'est, tout entassé, machine et chair, rouages et sueurs, haleines suries et parfums fatigués sur poussière grasse, c'est animal et minéral à la fois; c'est du côté du sale et elle se coule dans cette glu, elle prend place, s'insère dans le flot. Son pas résolu claque sur le sol dur, ses bottines à lacets et talon bobine sont lustrées comme de petits sabots de cavale d'apparat. La ville s'apprend par le corps et se retrouve par lui, le pas sonne et claque comme il ne saurait le faire sur la terre souple de l'autre pays. Claire, debout, flotte dans le métro du retour et rentre en ses habits citadins. La nuit sera fluide et douceâtre sous les feuillages neufs des marronniers du cours de Vincennes.
Marie-Hélène Lafon, Les pays (Buchet Chastel, 2012)
image: http://sphotos.xx.fbcdn.net/hphotos-ash3/46768
00:09 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; morceaux choisis; livres |
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