06/07/2012
Morceaux choisis - Alberto Savinio
Alberto Savinio

Le piano est un instrument moderne par excellence: notre instrument à nous. Sa voix est précise, rigoureuse. Son aspect même, noir et solitaire (...), son aspect même évoque la nudité, la pauvreté de la tragédie moderne. L'homme a inventé le chien pour la garde et le jeu de l'amitié, il a inventé le piano pour la célébration de la musique terrestre. Les autres instruments, de la viole de gambe aux trombones, se sont compromis sur l'Olympe, sur le Parnasse et dans le paradis des catholiques. Le piano seul s'est gardé pur, immaculé: blanc son clavier, digne des nouvelles prophéties. A lui l'honneur de chanter la singulière musique des villes, les miracles du siècle.
La voix du piano est claire et métaphysique. Instrument de la musique la plus impeccable, la plus aride, la plus spectrale, le piano est le seul instrument qui pouvait introduire la musique - cette vieille dame malade et ombrageuse - dans la compagnie de la peinture et de la poésie, dans le vaste courant du romantisme qui parcourt l'Europe et l'Amérique. Et si cet éloge du piano a été écrit voilà quinze ans, quand le piano s'harmonisait encore mieux qu'à présent à un univers exquisément pianistique, perdrait-il de sa vérité?
On reconnaît l'or dans le feu, ses amis dans l'adversité. On reconnaît également les bons livres à la relecture, les bonnes peintures à la reproduction photographique, les bonnes musiques à l'adaptation pour piano.
Alberto Savinio, Ville j'écoute ton coeur (Gallimard, 2012)
traduit de l'italien par Jean-Noël Schifano
17:56 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Littérature italienne, Morceaux choisis, Musique classique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; essai; morceaux choisis; musique; livres |
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Morceaux choisis - Luigi Guarnieri 1b
Luigi Guarnieri
En complément au roman de Luigi Guarnieri, Une étrange histoire d'amour, qui nous raconte la rencontre et les liens indissolubles entre le jeune Johannes Brahms et le couple de Clara et Robert Schumann, voici, interprété par Roberto Piana, le Nocturne no 2, Op 6, de Clara Schumann...
Luigi Guarnieri, Une étrange histoire d'amour (Actes Sud, 2012)
03:50 Écrit par Claude Amstutz dans Johannes Brahms, Morceaux choisis, Musique classique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique classique; livres |
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Morceaux choisis - Luigi Guarnieri 1a
Luigi Guarnieri

Je me rends compte que je ne t'avais rien dit, et que d'un coup notre vie avait sombré dans le silence. Mais ce qui était arrivé ces nuits-là me semblait si absurde, si irréel, si improbable, qu'en y repensant, je craignais que tout cela, en réalité, ne fût jamais arrivé. J'avais peur de me réveiller le matin de mon départ et de découvrir que j'avais tout inventé. Mais est-ce vraiment arrivé, Clara? Nous sommes-nous vraiment aimés pendant des heures toutes ces nuits-là, en criant, en pleurant, avec rage et avec désir, avec désarroi et avec angoisse, avec terreur, avec passion et avec tendresse, oubien tout cela n'a-t-il été qu'un long rêve? Je ne savais plus, peut-être ne le saurai-je jamais. Sans doute une vie entière ne suffirait-elle pas por le comprendre. Mais je sais avoir pensé: Clara, chaque fois que tu me surprends, chaque fois que tu m'étonnes, chaque fois tu me foudroies de ta présence. Car à chaque fois tu m'apparais ainsi, telle que tu es, un miracle dans le chaos et le néant qu'est notre vie. Car il en a été ainsi la première fois que je t'ai vue: un fantôme lumineux dans une maison de Düsseldorf où je n'aurais jamais dû entrer. Oui, tu es apparue, et ce fut comme un éclair.
Si tu avais vraiment voulu me tuer, il aurait suffi de tirer une seule fois - et viser au centre, toucher la poitrine, toucher le coeur. Pour me tuer, non, ce n'est pas le mot juste - c'est d'ailleurs tout le contraire. Car toi seule, Clara, me fais sentir vivant. Car quelque chose est né, durant ces six longues nuits à Rotterdam, et renaîtra une autre nuit, puis une autre et une autre encore. Qui sait. Ce quelque chose qui est un déchirement, une fracture, une blessure dans la chair si fragile de ma vie. Ce quelque chose qui est un sentiment définitif, excessif. Impardonnable.
Mais l'amour est-il autre chose, mon amie - me serais-je alors demandé, et je me le demande encore aujourd'hui -, l'amour est-il autre chose qu'une musique jamais entendue?
Luigi Guarnieri, Une étrange histoire d'amour (Actes Sud, 2012)
traduit de l'italien par Eve Duca et Marguerite Pozzoli
image: Clara Schumann
03:40 Écrit par Claude Amstutz dans Johannes Brahms, Littérature étrangère, Littérature italienne, Morceaux choisis, Robert Schumann | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; musique; livres |
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Mary Wesley
Mary Wesley, Les raisons du coeur (Héloïse d'Ormesson, 2010)
Flora, dix ans à peine, croit rencontrer le grand amour en la personne de Félix, mais aussi de Hubert... et de Cosmo! Chacun de ces trois jeunes hommes incarne pour elle un idéal secret qu'elle refuse de départager. Bien des années plus tard, en pleine seconde guerre mondiale, ils surgiront à nouveau dans sa vie. Trouvera-t-elle auprès d'eux le bonheur, la réalisation de ses désirs, ou au contraire la rivalité, voire la déception des rêves brisés? Davantage que La pelouse de Camomille et même que Rose sainte-nitouche - tous deux publiés chez le même éditeur et en coll. J'ai Lu - ce roman ne répond pas uniquement aux critères d'une comédie sentimentale à l'anglaise. D'autres éléments plus complexes y voient le jour, avec la famille de Flora, rejetée en dépit d'un riche mariage promis par un père qui suscite l'indifférence et une mère qui ne lui inspire que mépris. La perception des comportements humains - masculins en l'occurrence - y est plus doux-amer que dans ses livres précédents, même si le sentiment amoureux, au bout du compte, aura le dernier mot et sera partagé. Impossible de ne pas penser à Jules et Jim, le roman de Henri-Pierre Roché - disponible en coll. Folio/Gallimard - rendu célèbre par l'adaptation au cinéma réalisée par François Truffaut, mais sous la plume de Mary Wesley écrit avec davantage de légèreté et d'insolence.
également disponible en format de poche (coll. J'ai Lu/Flammarion, 2012)
01:22 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature étrangère, Mary Wesley | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres |
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