04/06/2012
Morceaux choisis - Alexandre Dumas
Alexandre Dumas

Mon cher Maximilien,
Il y a une felouque pour vous à l'ancre. Jacopo vous conduira à Livourne où M. Noirtier attend sa petite-fille, qu'il veut bénir avant qu'elle vous suive à l'autel. Tout ce qui est dans cette grotte, mon ami, ma maison des Champs-Elysées et mon petit château du Tréport sont le présent de noces que fait Edmond Dantès au fils de son patron Morrel. Mlle de Villefort voudra bien en prendre la moitié, car je la supplie de donner aux pauvres de Paris toute la fortune qui lui revient du côté de son père, devenu fou, et du côté de son frère, décédé en septembre dernier avec sa belle-mère.
Dites à l'ange qui va veiller sur votre vie, Morrel, de prier quelquefois pour un homme qui, pareil à Satan, s'est cru un instant l'égal de Dieu, et qui a reconnu, avec toute l'humilité d'un chrétien, qu'aux mains de Dieu seul sont la suprême puissance et la sagesse infinie. Ces prières adouciront peut-être le remords qu'il emporte au fond de son coeur.
Quant à vous, Morrel, voici tout le secret de ma conduite envers vous: il n'y a ni bonheur ni malheur en ce monde, il y a la comparaison d'un état à un autre, voilà tout. Celui-là seul qui a éprouvé l'extrême infortune est apte à ressentir l'extrême félicité. Il faut avoir voulu mourir, Maximilien, pour savoir combien il est bon de vivre.
Vivez donc et soyez heureux, enfants chéris de mon coeur, et n'oubliez jamais que, jusqu'au jour où Dieu daignera dévoiler l'avenir à l'homme, toute la sagesse humaine sera dans ces deux mots: Attendre et espérer!
Votre ami.
Edmond Dantès, Comte de Monte-Christo
Alexandre Dumas, Le comte de Monte Cristo - 3 volumes (coll. Livre de poche/LGF, 1998)
16:24 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; roman; livres |
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Au bar à Jules - De la fête
Un abécédaire: F comme Fête

Peu de gens connaissent l'oeuvre prolifique de Marcel Jouhandeau, dont la plupart des soixante-dix ouvrages - les fameux Journaliers, entre autres - sont presque tous épuisés. Dans l'un de ces volumes, Que la vie est une fête, publié en 1966, il note à propos de l'amour, qui lui inspira ses plus belles pensées: Ce que je cherche, ce n'est ni tout à fait l'amour, ni la beauté, ni le plaisir, mais une sorte de défi à l'orgueil et l'occasion de vaincre quelqu'un par une suprême élégance du coeur.
Dans un autre extrait, il ajoute: Ceux qui peuvent haïr ou songer à se venger ne savent pas ce que c'est que le coeur, ne savent pas ce que c'est que d'aimer. Le coeur sous le sarcasme de ceux qui le broient aime toujours.
L'amour - même douloureux - la plus belle des fêtes? Il sait en parler mieux que personne, et pourtant, Marcel Jouhandeau, secret et controversé, catholique et quelque peu mystique, homosexuel et néanmoins marié à Elisabeth Toulemont - dite Elise dans ses oeuvres - en a connu la plupart des limites, des contradictions, des artifices, des mystères et des voluptés. Sans doute pour tous ces chemins de traverse, sa sensibilité d'écorché vif peut-elle émouvoir, interroger ou plaire, bien davantage - en contrepoint aux relations ambigües avec son épouse: quarante ans de scènes de ménages - qu'au temps de son vivant, débarrassée de l'image sulfureuse de son auteur qui, par ailleurs, l'avait peut-être imprudemment entretenue. Aimer, c'est une présence qui domine sur tout ce que nous sommes. (...) La bonté consiste à vivre avec ceux qui nous ont meurtris, comme si de rien n'était.
Cet écrivain à la recherche de la grandeur de l'homme, ennemi de l'hypocrisie et du mensonge, a pourtant aussi sa part d'ombre: un suicide raté dans sa jeunesse et la publication en 1938 d'un opuscule intitulé Le péril juif, écrit semble-t-il sous l'influence d'Elise, farouche et active antisémite. Un livre qu'il tenta de faire disparaître, mais sans en renier une seule ligne...
De quoi gâcher la fête - hélas! - en ce qui me concerne... Malgré ces réserves, il vaut la peine de lire La prudence Hautechaume et Chaminadour, deux de ses chefs d'oeuvres par l'originalité des récits, la qualité du style et l'acuité du regard, à la fois magnanime et cruel sur les vertiges de la nature humaine.
Marcel Jouhandeau, Chaminadour - Contes, nouvelles, récits (coll. Quarto/Gallimard, 2006)
Marcel Jouhandeau, Que la vie est une fête - Journaliers VIII / 1961 (Gallimard, 1966)
00:11 Écrit par Claude Amstutz dans Au bar à Jules - Un abécédaire 2012, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature: récits; essais; livres |
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