25/04/2012
Morceaux choisis - Clémence Boulouque
Clémence Boulouque

Les mots dessinent les amandes. Les livres aussi. Le Livre. Je tourne les pages de la Bible, cherche dans les versets un creuset de mémoire. Pas seulement les rites, mais aussi les premières traces de profane, la célébration de nos jours, de la nature, du miel, le lait, les rives à franchir, les terres promises, le monde d'ici et le monde à venir. Ce n'est pas un fantasme de pureté, une caution de tradition que je guette dans les textes sacrés, mais l'âpreté des paysages du Moyen-Orient, le creuset des siècles, les échos d'une célébration de la vie, ici, en attendant, peut-être... En attendant.
En hébreu, l'amande a pour nom shaked. Une désignation est composée des lettres shin, kaf et dalet. Les lettres ont des significations précises, elles correspondent à des mots: shin signifie "dent", kaf "paume de main" et dalet "porte", "ouverture". Les lettres hébraïques ont également une valeur numérique précise, mais cet exercice de guematria, ce rapport entre les mots et les lettres, ne tomberait pas juste si je m'y livrais ici. On peut tout interpréter de façon légère, souriante et alerte: c'est vif, parfois élégant, souvent n'importe quoi. Ce que je dessine ici, ce ne sont que des horizons, des grands traits pour rêver. L'amande, qui irait de la main à la bouche, qui ouvrirait vers des ailleurs. L'amande, qui se glisse dans les premières esquisses de l'humanité.
Elle apparaît à quatre reprises dans le texte biblique, le fruit étant à chaque fois lié au motif de l'élection ou, tout au moins, à un témoignage de magnificence, de déférence. Chacune de ces occurences fait écho dans ma vie. Ce ne sont pas des références coudées, d'improbables liens, mais des résonances. C'est ainsi.
Clémence Boulouque, Au pays des macarons (coll. Le Petit Mercure/Mercure de France, 2005)
09:13 Écrit par Claude Amstutz dans Clémence Boulouque, Littérature francophone, Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; essai; morceaux choisis; livres |
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Le poème de la semaine
Abdellatif Laâbi
J'aurai gravé sur l'étherdes voixdes cantilènesdes crisdes bribes d'histoiredes dates sans commentairedes mots d'adieurepris à des stèles funérairesdes chemins d'exildes bateaux de retourdes nervures d'arbresdes silhouettes d'oiseauxdes corps de femmesdes traces de pasdes cours de fleuvesdes dessins d'enfantsune main coupéeun coeur nuun lever de soleilque j'ai imaginé le premiersur terreune étoileque j'ai souvent visitée dans mes rêves éveillésun homme deboutles pieds fermesla tête hauteet dans ses yeux où perle une larmesubitement agrandis à la dimension du cielj'aurai gravé en pointilléla flèche de l'infini J'aurai marquécette pageet referméle livreQuelques traces de craie dans le ciel,Anthologie poétique francophone du XXe siècle
06:25 Écrit par Claude Amstutz dans Abdellatif Laâbi, Littérature francophone, Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature; poésie |
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