22/08/2012
Le poème de la semaine
Nadia Tuéni
Mon pays longiligne a des bras de prophète.Mon pays que limitent la haine et le soleil.Mon pays où la mer a des pièges d'orfèvre,que l'on dit villes sous marines,que l'on dit miracle ou jardin.Mon pays où la vie est un pays lointain.Mon pays est mémoired'hommes durs comme la faim,et de guerres plus anciennesque les eaux du jourdain.Mon pays qui s'éveille,projette son visage sur le blanc de la terre.Mon pays vulnérable est un oiseau de lune.Mon pays empalé sur le fer des consciences.Mon pays en couleurs est un grand cerf-volant.Mon pays où le vent est un noeud de vipères.Mon pays qui d'un trait refait le paysage. Mon pays qui s'habille d'uniformes et de gestes,qui accuse une fleur coupable d'être fleur.Mon pays au regard de prière et de doute.Mon pays où l'on meurt quand on a de temps.Mon pays où la loi est un soldat de plomb.Mon pays qui me dit : "prenez-moi au sérieux",mais qui tourne et s'affole comme un pigeon blessé.Mon pays difficile tel un très long poème.Mon pays bien plus doux que l'épaule qu'on aime.Mon pays qui ressemble à un livre d'enfant,où le canon dérange la belle-au-bois-dormant. Mon pays de montagnes que chaque bruit étonne.Mon pays qui ne dure que parce qu'il faut durer.Mon pays pays tu ressembles aux étoiles filantes, qui traversent la nuit sans jamais prévenir.Mon pays mon visage,la haine et puis l'amournaissent à la façon dont on se tend la main.Mon pays que ta pierre soit une éternité.Mon pays mais ton ciel est un espace vide. Mon pays que le chois ronge comme une attente.Mon pays que l'on perd un jour sur le chemin.Mon pays qui se casse comme un morceau de vague.Mon pays où l'été est un hiver certain.Mon pays qui voyage entre rêve et matin. Quelques traces de craie dans le ciel,Anthologie poétique francophone du XXe siècle
10:32 Écrit par Claude Amstutz dans Littérature francophone, Nadia Tuéni, Quelques traces de craie dans le ciel - Anth | Lien permanent | Commentaires (1) |
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Clémence Boulouque
Clémence Boulouque, Survivre et vivre - Entretiens avec Denise Epstein (Denoël, 2008)
Denise Epstein est née en 1929, année de parution de David Golder, le premier succès littéraire d'Irène Némirovsky. Fille de la romancière, elle est jetée de plein fouet dans la vie, en juillet 42, lorsque les gendarmes français viennent arrêter sa mère dans le village où sa famille a trouvé refuge. Quelques mois plus tard, son père, Michel Epstein, est lui aussi déporté puis exécuté. C'est tout un itinéraire, à la fois exemplaire et reflet du siècle, qui se lit dans ces entretiens de Denise Epstein: une enfance choyée, une adolescence laminée par la peur, un âge adulte sans repères, une vie de militante dans les années soixante et soixante-dix, enfin un timide retour vers le judaïsme qui n'interdit pas - on le comprend - un procès fait à Dieu pour ses absences et notamment celle qui l'a privée des siens, même s'ils ne cessent de l'accompagner. Pour, comme elle, vivre et survivre...
Ce livre n’est pas un devoir de mémoire, pas davantage une biographie, mais un éclairage personnel, intime, affectueux, sur sa fille Irène Némirovsky, auteur - entre autres récits - de Suite française, Prix Renaudot 2004. Sous la plume de Clémence Boulouque, admirable courroie de transmission, Denise Epstein évoque ces fragments de vie, en témoin des années de guerre, préludes à d’autres combats qui se déroulent sous nos yeux comme un rayon de soleil dans la nuit.
07:04 Écrit par Claude Amstutz dans Clémence Boulouque, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature; essai; témoignage; livres |
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