15.05.2012

La scie rêveuse

Bloc-Notes, 14 janvier / Les Saules

mise à jour 15 mai  

actualité

La scie rêveuse a fait peau neuve, car outre les rubriques régulières que vous avez pu découvrir sur ce blog - La citation du jour, Le poème de la semaine, le Bloc-Notes, In Memoriam ou La musique sur FB - ont vu le jour au début du printemps Morceaux choisis qui présente des extraits de livres - déjà actif sur Facebook depuis plus d'un an - Au bar à Jules, un abécédaire un peu déjanté et La prière du coeur, une anthologie dévolue aux grandes figures de l'élévation spirituelle. Enfin, Musica présente s'efforce de proposer - sans commentaire ainsi que La musique sur FB mais intégré dans les notes récentes au contraire de cette dernière - un florilège des interprètes du classique. 

A ce jour, La citation du jour regroupe 84 évocations, Le poème de la semaine 143 titres, Morceaux choisis 68 textes, La prière du coeur 12 méditations et La musique sur FB 646 extraits ou intégrales.

Toutes ces rubriques - en blanc dans le texte - peuvent être retrouvées sans peine sur La scie rêveuse, dans la rubrique catégories.

Les nouveautés littéraires subissent - provisoirement, peut-être? - une cure d'amaigrissement, car ma retraite professionnelle, fin février de cette année, modifie sensiblement mon regard sur le livre, même si - c'est en revanche une certitude - la passion de l'écrit demeure: inchangée, fertile et légère, au gré de mes vagabondages amoureux...

J'appelais de mes voeux la parution du chef-d'oeuvre de l'écrivain véritable: un livre blanc, constitué de pages blanches, sans un seul mot. Au lecteur d'y lire ce qu'il voudrait, au gré de sa plus grande liberté. Driss Chraibi

A tous je souhaite quelques moments de plaisir sur La scie rêveuse, et merci pour votre fidélité!

Driss Chraïbi,  Le monde à côté (coll. Folio/Gallimard, 2003)

21.02.2012

Jean d'Ormesson

Les trois paris sur la présidentielle, 21 février 2012

Jean d'Ormesson 

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A deux mois d’un scrutin décisif, le paysage politique se simplifie et s’éclaircit. Longtemps, les électeurs ont pu croire que l’affaire allait se jouer à quatre - Hollande, Sarkozy, Le Pen, Bayrou -, avec un cinquième gaillard en embuscade : Jean-luc Mélenchon. Les rêves les plus fous sont nés de cette configuration. Marine Le Pen et François Bayrou ont pu croire ou faire semblant de croire qu’un double 21 avril allait assurer l’élimination au premier tour et du candidat socialiste et du candidat UMP et entraîner au second un duel entre le Modem et le Front national. Plus sérieusement, l’hypothèse d’un simple 21 avril inversé a pu être retenue: élimination de Nicolas Sarkozy au premier tour et confrontation au second entre François Hollande et Marine Le Pen. Ce n’aurait pas été seulement un joli cadeau posthume de François Mitterrand à François Hollande. C’était le schéma idéal pour le candidat socialiste qui a dû se voir, en un éclair, déjà élu d’avance, avec une majorité massive, à la tête de l’Etat. Toutes ces illusions sont en train de se dissiper. François Bayrou marque le pas et Marine Le Pen a du mal à recueillir ses 500 signatures. Surtout après le retrait de Christine Boutin qui libère sans doute des voix mais aussi des soutiens, on prendrait volontiers un pari, à peine un peu risqué: Mme Le Pen aura ses 500 signatures et elle figurera donc au premier tour.

Si les choses prennent cette tournure, il faudra s’en réjouir. Il serait désastreux pour la démocratie de voir une candidate représentant un électeur sur cinq ou sur six empêchée de se présenter. Mais il semble bien, en cette fin de février, que Marine Le Pen soit assez loin des 20 % des voix espérés. Ce qui mène à un deuxième pari, beaucoup moins hasardeux que le premier: Marine Le Pen, qui sera probablement au premier tour, ne sera sûrement pas au second. Tout semble indiquer que ce second tour se jouera à guichets fermés, entre M. Hollande et M. Sarkozy.

C ’est une bonne nouvelle pour M. Hollande. La bipolarisation, un moment contestée, est de retour et le candidat socialiste apparaît, selon ses voeux, comme le meilleur opposant au président sortant. Et les sondages continuent à accorder une avance substantielle à Hollande sur Sarkozy.

Mais à cette double bonne nouvelle s’en ajoute aussitôt une moins bonne: un troisième pari, cette fois-ci décisif, s’impose avec très peu de risque: spectaculaire jusqu’à l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy, l’écart entre les deux concurrents ne cessera de se réduire lentement dans les semaines qui viennent.

Qu’est-ce qui autorise l’audace de ce troisième pari? Un ensemble de sentiments et de faits qui réclameraient des livres entiers plutôt qu’un bref article et qu’étudieront dans l’avenir historiens, sociologues, politologues. Contentonsnous de suggérer ici deux pistes rapides.

La première, du côté de Sarkozy. Pendant des mois et des mois, aucune insulte ne lui a été épargnée. Il a été accusé successivement de légèreté, de bassesse, de concussion, de trahison. Sa moralité et son équilibre mental ont été mis en doute. Largement relayée par la presse et les médias, la chasse au président des riches accusé de tous les maux, ennemi des pauvres, affameur du peuple, a été élevée à la hauteur d’un sport national. Il a été traité de malade, de vendu, de dictateur, de profiteur et parfois d’organisateur du chômage et du malheur des gens. Premier secrétaire de l’honorable Parti socialiste, Mme Aubry a établi un parallèle entre l’escroc Madoff et le chef de l’état. Trop, c’est trop. Le reflux était inévitable. Il est même surprenant que l’opposition n’ait pas compris que ses excès offraient à Sarkozy un statut idéal: celui de la victime injustement accablée. Les sondages encore mauvais n’empêchent déjà plus une curiosité toujours croissante pour les faits et gestes du réprouvé. Sarkozy, même détesté, intéresse plus que Hollande. De l’intérêt à l’adhésion, il n’y a pas très loin. Et le courage et le talent sont là.

La seconde, du côté de Hollande. Fin. Plutôt charmant, souvent spirituel – ce n’est pas nous qui allons adopter le style ordurier de l’opposition -, François Hollande ne parvient toujours pas à se hisser aux dimensions du destin qui lui est tombé sur le dos. L’habit du président est un peu grand pour lui. Personne n’y peut rien. Il n’est pas taillé pour ça. Les temps sont durs pour lui. Il n’a pas fait grand-chose, mais le peu qu’il a fait est loin d’être encourageant.

Ne parlons même pas de son programme financier, jugé sévèrement par un observateur au-dessus de tous soupçons, Michel Rocard. François Hollande a été trop faible et trop peu déterminé en face de Mme Joly à propos du nucléaire pour prétendre renégocier sur l’Europe avec Mme Merkel. Il ne pèse pas assez lourd en face de Jean-luc Mélenchon pour avoir la moindre chance de s’imposer en temps de crise en face des autres dirigeants de la planète. Le drame est que, pour vaincre et pour gouverner, il a besoin d’eva Joly et de Mélenchon qui lui sont, l’une et l’autre, foncièrement hostiles. Avant même d’accéder au pouvoir, la coalition des contraires autour d’un chef hésitant, d’un fédérateur incapable de fédérer est déjà condamnée. Hollande président, c’est une promesse de faiblesse.

Le troisième pari, qui risque, au premier abord, de passer pour provocateur, a toutes les chances d’être gagné. La question reste ouverte de savoir si les courbes des sondages, à force de se rapprocher, finiront par s’inverser. Ce sera pour les prochains feuilletons d’une campagne qui s’annonce intéressante et dure. La décision finale n’appartient ni aux politiques, ni aux commentateurs, ni aux sondeurs, ni aux médias. Elle appartient aux Français. Le peuple décidera. Et ce qu’il décidera sera bien.