25.11.2011
Qu'allons-nous faire de vous? 3/3
Bloc-Notes, 25 novembre / Les Saules
En guise de conclusion au livre de Edouard et Marie de Hennezel, je vous propose trois illustrations musicales qui, chacune à sa manière, aborde le thème de la vieillesse: Jacques Brel avec Les vieux, Barbara avec A mourir pour mourir et Daniel Guichard avec Mon vieux. Pour de nombreux témoins de Qu'allons-nous faire de vous?, Barbara exprime davantage qu'un voeu pieux. N'oublions pas, cependant, qu'elle chantait encore cette même chanson à 60 ans, tout comme votre fidèle serviteur qui la compte toujours parmi ses préférées... Alors... à vous de choisir, avec le sourire!
Marie et Edouard de Hennezel, Qu'allons-nous faire de vous? (Carnets Nord, 2011)
00:07 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Chansons inoubliables, Documents et témoignages, Le monde comme il va, Marie de Hennezel | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : musique; variété |
|
Facebook |
24.11.2011
Qu'allons-nous faire de vous? 2/3
Bloc-Notes, 24 novembre / Les Saules

Ce qui frappe dans les témoignages recueillis par Edouard et Marie de Hennezel face à la vieillesse et la dépendance, tient au constat que notre grand âge ne ressemblera pas à celui de nos parents. Non que les valeurs fondamentales s'en trouvent nécessairement changées, mais la génération montante connaîtra sans doute des années de vie active et professionnelle prolongées; la précarité du travail peut-être, l'emploi à accepter où qu'il se trouve, même à des milliers de kilomètres; des moyens financiers qui, compte tenu d'une longévité accrue, risquent de leur suffire pour eux-mêmes, à peine. Donc insuffisants pour nous entretenir. Et cela change tout.
Aujourd'hui on meurt loin de chez soi, et généralement seul, à l'hôpital, ou sur un brancard dans les services d'urgences. Certainement de moins en moins chez soi, dans son univers familier, entouré des siens, nous confie Marie de Hennezel et pourtant, tout ce que nous disent la plupart des participants à ce livre formidable converge dans une volonté à envisager toutes les solutions, afin de permettre à leurs aînés une fin de vie paisible, même si dans ces intentions généreuses et sincères, ils en oublient souvent l'incontournable conflit de priorités: leur propre vie, leur conjoint, leurs enfants, leur vie professionnelle ou leurs loisirs à ménager avec bienveillance et réalisme.
Edouard de Hennezel résume très bien ce que les quadras attendent de leurs parents ou de leurs familles en général: Faites du ménage dans vos vies. Vous vous allégerez et vous nous allégerez aussi. Ne baissez pas les bras. Vivez votre vieillissement le mieux possible, continuez à célébrer la vie. Ne nous faites pas porter les regrets, les rancunes ou les remords de votre passé. Prenez soin de vous, mais surtout prenez soin de la relation que vous avez avec nous. (...) Se faire léger, ce serait commencer par parler de ces questions taboues - l'avenir - pour qu'elles pèsent moins sur la pensée des enfants. Tout ce qui peut contribuer à une maturité heureuse.
Les plus belles pages traitent du bonheur de la vieillesse: Au fond, nous avons besoin que vous soyez heureux de vieillir et nous savons que vous ne le serez que si vous vous tournez vers le coeur et l'esprit. Vieillir, c'est un travail difficile qu'il faut mener joyeusement. L'essentiel pour une bougie n'est pas l'endroit où elle est posée, c'est la lumière qu'elle irradie jusqu'au bout.
La santé fragilisée n'empêche ni le charme ni la gaieté, ni l'intérêt pour ce qui nous entoure. Certains vieillards font moins vieux que des gens de cinquante ans. On grandit en sagesse, on a du recul, on est de bon conseil: Les personnes âgées et vulnérables peuvent donner et recevoir autre chose, et autrement. La vulnérabilité peut faire appel au meilleur chez l'autre, qui en est le témoin, ajoute Marie de Hennezel.
Il n'empêche que le souci de l'avenir de nos seniors - si nous ne sommes pas des monstres - peut légitimement nous déstabiliser et fondre sur nous à l'improviste, comme la foudre. Tous, dans notre voisinage, connaissons au moins un cas de personne âgée particulièrement difficile à gérer, quand le fil est rompu, comme c'est le cas avec une maladie de Alzheimer, par exemple. Saurons-nous, dans notre propre entourage, accueillir chez nous un parent dépendant? Pourrons-nous franchir la barrière des soins intimes à prodiguer? Accepterons-nous d'envisager d'autres solutions sans culpabiliser ni briser le lien? Parviendrons-nous à jouer la carte de l'apaisement, sans fuir le réel ni connaître l'épuisement?
Il n'est pas de réponse universelle à ces questions que chacun est amené - le plus tôt possible - à se poser, mais une certitude émane de tout ce qui est dit dans ce livre: la force de solidarité entre générations existe davantage qu'on l'imagine et finalement, comme concluent Edouard et Marie de Hennezel: Quand il y a l'amour, il y a des solutions.
Nous sommes indissolublement égoïstes et altruistes, soucieux comme jamais de notre bien-être individuel, et cependant convaincus qu'il y a parfois plus de joie à donner qu'à prendre, à partager qu'à accumuler. Luc Ferry
A suivre...
Marie et Edouard de Hennezel, Qu'allons-nous faire de vous? (Carnets Nord, 2011)
image: Edouard et Marie de Hennezel
06:07 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Documents et témoignages, Le monde comme il va, Marie de Hennezel | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : document; témoignage; livres |
|
Facebook |
22.11.2011
Qu'allons-nous faire de vous? 1/3
Bloc-Notes, 22 novembre / Thonon-les-Bains

Parler de la vieillesse et davantage encore en tout ce qu'elle implique dans l'avenir de nos proches, demeure bien souvent un sujet tabou, mais curieusement, dans ma propre vie, elle a toujours fait partie d'un décor naturel ou mieux, d'un monde où elle tutoie certes la mort, mais dialogue de même avec les vivants. Quelques impressions douces et agréables - parmi d'autres, beaucoup moins paisibles à cette époque - me reviennent en mémoire au temps de mon adolescence: à dix-huit ans à peine, avec un groupe d'amis toujours les mêmes - cinq ou six - dans ma sphère professionnelle, une fois par mois, nous partions à la découverte de restaurants d'exception, dans la campagne genevoise. Prétexte à dévorer la vie à pleines dents, en bonne compagnie, sans arrière-pensées. Le plus jeune des membres de cette fratrie voisinait la cinquantaine. Un souvenir de bien-être où se mêlaient la nostalgie d'un temps révolu que je ne connaîtrais jamais, la légèreté de l'être, le rire malicieux et une certaine sagesse que je n'éprouvais pas auprès de mes contemporains. Quarante ans plus tard, mon regard n'a pas changé - auprès des hôtes de passage à la librairie ou mes liens familiaux - même si je fais désormais partie du club moi aussi, celui des aînés!
Le second exemple - déjà mentionné dans un autre article - me vient de ma grand-mère paternelle - qui venait habiter chez nous en famille, trois ou quatre fois par an, décidant par elle-même du moment choisi pour réintégrer son foyer, à près de 150 km de chez nous. Devenue dépendante avec une présence et des soins permanents nécessaires auxquels nous ne pouvions répondre durablement, elle a intégré un établissement médicalisé pour personnes âgées et mon père - qui occupait alors une haute fonction professionnelle - soutenu sans réserve par ma mère et accompagné de son fiston, lui rendait visite au moins tous les quinze jours, malgré un horaire de travail frisant les 70 heures par semaine. Un lien jamais interrompu donc, jusqu'à la fin du voyage.
Une dernière image enfin, beaucoup plus récente cette fois-ci - et plutôt négative - se trouve liée au thème de la vieillesse en littérature, reflet à bien des égards de notre société résolument tournée vers la performance, montrant du doigt avec une effarante régularité ce temps comme celui de la fin de la jeunesse, donc de la séduction et de l'espérance dans tous les domaines: la faillite en amour, la maladie qui submerge tout, la maltraitance, la précarité financière, les fractures familiales, la dignité perdue. Que de récits et de témoignages abondent dans ce sens! Rares sont les ouvrages qui, sans occulter une réalité parfois triste ou douloureuse, présentent à contre-courant ce grand âge comme une chance, une promesse tenue, un bonheur toujours possible. C'est le cas - heureusement - avec La grand-mère de Jade écrit par Frédérique Deghelt, Les bonnes dames de Jean-Louis Kuffer ou encore Grandir sous la plume de Sophie Fontanel. Trois auteurs qui pourraient être le fil rouge du livre écrit par Edouard et Marie de Hennezel, Qu'allons-nous faire de vous? consacré à la vulnérabilité et à la fragilité liées à la vieillesse.
A lire absolument, car derrière cette trentaine de témoignages - souvent poignants, sincères, empreints de tendresse et de culpabilité - recueillis par Edouard et Marie de Hennezel, c'est la question des parents qui est envisagée, mais aussi, par projection dans le futur, la nôtre. Vous savez bien: cette génération bénie des dieux qui a connu le plein-emploi, le boum économique, les frasques amoureuses sans le spectre du sida et qui, farouchement individualiste, s'est payé de luxe de faire comme si elle n'allait jamais ni vieillir ni mourir, et voudrait tout à coup donner de la voix quand se profile l'intolérable miroir de la dépendance, face aux quadras qui la juge parfois avec une certaine sévérité, voire de la rancoeur.
Injustes, les jeunes? Pas si sûr...
A suivre...
Marie et Edouard de Hennezel, Qu'allons-nous faire de vous? (Carnets Nord, 2011)
Frédérique Deghelt, La grand-mère de Jade (coll. J'ai Lu, 2011)
Jean-Louis Kuffer, Les bonnes dames (Campiche, 2006)
Sophie Fontanel, Grandir (Laffont, 2010)
image: Edouard et Marie de Hennezel
00:01 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Documents et témoignages, Jean-Louis Kuffer, Le monde comme il va, Marie de Hennezel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : document; témoignage; livres |
|
Facebook |
24.10.2011
Marie de Hennezel
Marie de Hennezel, La chaleur du coeur empêche nos corps de rouiller (Robert Laffont, 2008)
À contre-courant de la pensée commune glorifiant la seule jeunesse, Marie de Hennezel ouvre les fenêtres au monde de la vieillesse pour nous dire, avec beaucoup de sensibilité et de réalisme, que cette étape cruciale de la vie n’est pas nécessairement vouée à la souffrance, à la frustration ou à la déchéance. Sans occulter les interrogations incontournables – le défi de la solitude, la question du désir, la peur de mourir – l’auteur de La mort intime et du Souci de l’autre sonde, à travers de nombreux témoignages recueillis au cours de son expérience de psychothérapeute, l’énergie du cœur qui peut, lui, ne pas vieillir, riche de promesses, de sensations nouvelles et de libération. Un merveilleux livre de chevet, parole de sexagénaire!
Egalement disponible en coll. Pocket (Pocket, 2010)
06:19 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Documents et témoignages, Le monde comme il va, Marie de Hennezel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livres; sciences humaines |
|
Facebook |


