13.02.2012
La prière du coeur
Madeleine Delbrêl

Pour être un bon danseur, avec vous comme ailleurs, il ne faut pas savoir où cela mène. Il faut suivre, être allègre, être léger, et surtout ne pas être raide. Il ne faut pas vous demander d’explications sur les pas qu’il vous plaît de faire. Il faut être comme un prolongement, agile et vivant de vous, et recevoir par vous la transmission du rythme de l’orchestre. Il ne faut pas vouloir à tout prix avancer, mais accepter de tourner, d’aller de côté. Il faut savoir s’arrêter et glisser au lieu de marcher. et cela ne serait que des pas imbéciles si la musique n’en faisait une harmonie. Mais nous oublions la musique de votre esprit, et nous faisons de notre vie un exercice de gymnastique; nous oublions que, dans vos bras, elle se danse, que votre Sainte Volonté est d’une inconcevable fantaisie, et qu’il n’est de monotonie et d’ennui que pour les vieilles âmes qui font tapisserie dans le bal joyeux de votre amour.
Seigneur, venez nous inviter. Nous sommes prêts à vous danser cette course à faire, ces comptes, le dîner à préparer, cette veillée où l’on aura sommeil. Nous sommes prêts à vous danser la danse du travail, celle de la chaleur, plus tard celle du froid. Si certains airs sont souvent en mineur, nous ne vous dirons pas qu’ils sont tristes; si d’autres nous essoufflent un peu, nous ne vous dirons pas qu’ils sont époumonants. Et si des gens nous bousculent, nous le prendrons en riant, sachant bien que cela arrive toujours en dansant. Seigneur, enseignez-nous la place que, dans ce roman éternel amorcé entre vous et nous, tient le bal singulier de notre obéissance. Révélez-nous le grand orchestre de vos desseins, où ce que vous permettez jette des notes étranges dans la sérénité de ce que vous voulez. Apprenez-nous à revêtir chaque jour notre condition humaine comme une robe de bal, qui nous fera aimer de vous, tous ses détails comme d’indispensables bijoux.
Faites-nous vivre notre vie, non comme un jeu d’échecs où tout est calculé, non comme un match où tout est difficile, non comme un théorème qui nous casse la tête, mais comme une fête sans fin où votre rencontre se renouvelle, comme un bal, comme une danse, entre les bras de votre grâce, dans la musique universelle de l’amour.
Seigneur, venez nous inviter.
Madeleine Delbrêl, Nous autres gens de rues (coll. Livres de vie/Seuil, 1995)
00:08 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans La prière du coeur, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : auteur; spiritualité; livres |
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31.01.2012
La prière du coeur
Augustin d'Hippone
Tard je Vous ai aimée, beauté si ancienne et nouvelle, tard je vous ai aimée; c'est que Vous étiez au-dedans de moi, et moi, j'étais en dehors de moi. Et c'est là que je Vous cherchais; ma laideur se jetait sur tout ce que Vous avez fait de beau; Vous étiez avec moi, et je n'étais pas avec Vous. Ce qui loin de Vous me retenait, c'étaient ces choses qui ne seraient pas, si elles n'étaient en Vous.
Vous m'avez appellé, Vous avez crié, et Vous êtes venu à bout de ma surdité; Vous avez étincelé, et Votre splendeur a mis en fuite ma cécité; Vous avez répandu Votre parfum, je l'ai respiré, et je soupire après Vous; je Vous ai goûté, et j'ai faim et soif de Vous; Vous m'avez touché, et je brûle du désir de Votre paix.
Saint Augustin, Les confessions (coll. Garnier-Flammarion, 1964)
image: Filippo Lippi / Madonna avec enfant, St Frediano et St Augustin (Musée du Louvre)
00:05 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans La prière du coeur, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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15.01.2012
La prière du coeur
Anonyme - Un chartreux de la Valsainte

Comment puis-je dire que je T'aime, moi, mon Dieu, qui T'ai tant offensé? Si je conçois ma vie comme une ligne, ce devrait être une ligne droite et continue d'amour pur pour Toi, mon Dieu, car Tu m'as créé pour T'aimer. Or, je ne vois que quelques points rares et espacés qui soient consacrés à Ton Amour. Et encore... Les actes les plus purs et les sentiments les plus généreux sont aux trois-quarts dévorés par la vanité et la recherche de moi-même. Quelle ingratitude envers Toi qui m'as poursuivi de Ton amour. Mais je me rends aujourd'hui même, mon Dieu, et je dois m'écrier à mon tour: Seigneur, tu as vaincu! Tu es mort par amour pour moi. Du moins, je vivrai par amour de Toi; et si je ne puis pas dire que je T'aime, du moins je veux T'aimer.
image: Chartreuse de la Valsainte, Charmey/Suisse (myswitzerland.com)
08:08 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans La prière du coeur, Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : la prière du coeur; spiritualité |
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14.01.2012
La scie rêveuse
Bloc-Notes, 14 janvier / Les Saules

La scie rêveuse va faire peau neuve: Désormais, outre les rubriques régulières que vous avez pu découvrir sur ce blog - La citation du jour, Le poème de la semaine, le Bloc-Notes, In Memoriam ou La musique sur FB - verront le jour dans un proche avenir, Au bar à Jules consacré aux humeurs du temps qui passe, Morceaux choisis qui présentera des extraits de livres - déjà actif sur Facebook depuis plusieurs mois - et La prière du coeur, une anthologie dévolue aux grandes figures de l'élévation spirituelle. Enfin, Musica présente s'efforcera de proposer - sans commentaire ainsi que La musique sur FB mais intégré dans les notes récentes au contraire de cette dernière - un florilège des interprètes du classique.
A ce jour, La citation du jour regroupe 75 évocations, Le poème de la semaine 116 titres, et La musique sur FB 300 extraits. La rubrique In memoriam - actuellement 8 chroniques - deviendra plus fréquente, alors que Les pièces de Shakespeare - 6 présentations - prendra un cours plus régulier.
En revanche, les nouveautés littéraires subiront peut-être une cure d'amaigrissement - ce qui n'est pas sûr! - car ma retraite professionnelle, fin février de cette année, modifiera sans doute sensiblement mon regard sur le livre, même si - cela est en revanche une certitude - la passion demeure, inchangée, fertile et légère...
J'appelais de mes voeux la parution du chef-d'oeuvre de l'écrivain véritable: un livre blanc, constitué de pages blanches, sans un seul mot. Au lecteur d'y lire ce qu'il voudrait, au gré de sa plus grande liberté. Driss Chraibi - Le monde à côté (coll. Folio/Gallimard, 2003)
photographie: Driss Chraïbi (maroculture.blog.ca)
00:36 Écrit par Claude Amstutz, libraire dans Au bar à Jules, Bloc-Notes, In memoriam, La citation du jour, La musique sur Facebook, La prière du coeur, Morceaux choisis, Musica présente, Musique classique, Quelques traces de craie dans le ciel - Anthologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité |
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